116
Sulfurique contemplait la porte d’entrée de son ancienne résidence, dans la voie Bouillonnante. Quelqu’un avait fait sauter les gonds avec un sortilège d’explosion sans doute pourvu d’un silencieux pour éviter d’attirer l’attention des voisins.
Le vieillard donna un coup de pied furieux dans le battant désormais inutile. En son absence, alarmes et pièges magiques avaient probablement protégé le domicile des visiteurs indésirables. N’empêche, une porte explosée était une invitation ouverte à entrer. Et à piller.
Il inspecta le rez-de-chaussée. Ses sortilèges d’illusion étaient intacts. L’endroit avait l’apparence d’un salon poussiéreux, encombré de meubles bancals. Près de la cheminée, un fauteuil plus qu’à moitié défoncé. À côté, une tasse vide. De quoi démoraliser les cambrioleurs. Du moins ceux qui ignoraient qui habitait ici. Car les autres se seraient doutés que quelque chose clochait. Un sorcier – qui plus est un sorcier capable d’invoquer les démons – ne se laisserait pas mourir dans la misère. Par chance, les gens sont bêtes. Ils se fient aux apparences. Ils croient que la masure fait le pauvre. C’est ce qui sauve le riche quand il sait se montrer prudent.
Sulfurique attaqua l’escalier. Sa garde de gobelins l’attendait, toute gesticulante, dans la bibliothèque. Le vieillard les immobilisa d’un geste, puis il examina la pièce du sol au plafond. Il s’assura que rien ne manquait – ni objet ni amorces de piège – puis monta encore un étage, gagna la garde-robe de sa chambre, ferma la porte du placard derrière lui.
Un globe lumineux sentit sa présence et diffusa automatiquement une lumière tamisée sur des escaliers secrets qui descendaient. Sulfurique appuya sur un bouton, et le fond du placard s’effaça. D’autres escaliers apparurent. Eux montaient vers son grenier caché. Ceux qui descendaient n’étaient que des hologrammes. Quiconque aurait voulu les emprunter aurait fait une chute de plusieurs mètres de haut. Assez pour se briser la nuque sur un sol constellé de piques acérées.
Le vieillard se dirigea vers son grenier. Les mesures de protection exceptionnelles qu’il avait employées avaient préservé sa maison. C’était déjà ça. Mais sa rage croissait de minute en minute. Il avait un furieux besoin de vengeance. Et il était bien décidé à l’assouvir.