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Bleu ferma les yeux. La lumière était éblouissante. Elle mit un moment avant de s’y habituer.
Apparemment, elle avait débarqué dans un petit espace clos – un jardin minuscule, à première vue. Vite, elle toucha ses omoplates. Elle n’avait pas d’ailes. Ouf ! Cette fois, le filtre avait fonctionné. Quand il tombait en panne pendant la translation, on rétrécissait et on se retrouvait avec des ailes dans le dos. C’est ce qui était arrivé à Pyrgus lorsque le portail de la Maison d’Iris avait été saboté.
Pour l’instant, Bleu avait du mal à savoir si elle avait rétréci ou pas. Tous les textes insistaient là-dessus : lorsqu’on arrive dans un nouvel environnement, il faut rester prudent sur sa taille réelle, car les échelles sont relatives. Mais, au moins, Bleu était certaine qu’elle n’avait pas d’excroissances ridicules dans le dos. Ça faisait toujours une catastrophe d’évitée !
Elle jeta un coup d’œil derrière elle. Elle ne vit pas de piliers ; seul un brasier discret brûlait. Suffisant pour la rassurer : le portail était resté ouvert. Elle n’avait pas envie de penser que, bientôt, elle devrait repasser par cet enfer bleu. Cependant, elle se sentait soulagée à l’idée que le chemin de retour restait accessible.
Elle pouvait passer à de nouveaux sujets d’inquiétude. Était-elle arrivée au bon endroit ? En général, les portails ne réservaient pas de surprise. On entrait les coordonnées du Monde analogue, et hop ! on se retrouvait à l’endroit désiré. Sauf si quelqu’un avait saboté l’appareil. Ou si l’ingénieur s’était trompé. Le sabotage était improbable. Les mesures de sécurité étaient draconiennes. Mais l’erreur est humaine. Bref, Bleu était-elle vraiment arrivée chez M. Fogarty ?
La maigre pelouse qui entourait la maison n’avait rien à voir avec les vertes étendues bordant le Palais pourpre. Et la maison elle-même était peu engageante. Le bas des fenêtres était recouvert de papier kraft. Bizarre, donc bon signe : Pyrgus et son père avaient souvent évoqué la manière curieuse dont vivait M. Fogarty, dans le Monde analogue.
Soudain, Bleu sursauta. Quelque chose de chaud et de poilu venait de se frotter contre ses chevilles. Elle fit un bond en arrière… et aperçut un matou presque obèse qui l’observait avec de grands yeux lumineux.
La Princesse se détendit. À coup sûr, elle était à la bonne adresse : ce gros chat devait être le fameux Hodge !
— Salut, toi ! chuchota-t-elle.
Elle se pencha pour le caresser. L’animal ronronna.
— Tu veux bien me montrer où se cache ton maître ? lui susurra-t-elle.
L’animal parut comprendre ce que Bleu lui demandait. Il trotta vers l’arrière de la maison. La jeune fille le suivit, un petit sourire sur le visage.
— Wouh-ouh, monsieur Fogarty ! lança-t-elle en poussant le battant. Vous êtes là ?
L’instant d’après, Bleu se figea. Il y avait quelqu’un dans la maison.
Mais ce n’était pas M. Fogarty.