LES pREmiERS cOnTAcTS

C’est d’europe que vient la catastrophe que connaissent les peuples des amériques. À l’exception des brefs établissements scandinaves au Groenland et à terre-neuve, en général, les peuples européens ne sont pas au courant de l’existence des amériques jusqu’à la toute fin du quinzième siècle. et voilà que soudain, en 1492, selon une rumeur en provenance de la cour espagnole, une expédition espagnole dirigée par un marin génois, Christophe Colomb, a découvert des terres loin à l’ouest. Colomb croit avoir trouvé l’asie et, avec elle, l’itinéraire maritime vers les richesses de la Chine et de l’inde.

en réalité, en octobre 1492, Colomb débarque aux Bahamas. Les prenant pour des autochtones de l’inde, les espagnols appellent indiens les habitants de l’archipel. Cette méprise classique perdurera bien que les habitants autochtones des amériques n’aient évidemment rien à voir, sur le plan ethnique, culturel ou linguistique, avec les habitants de l’inde.

si les indigènes des amériques constituent une grande surprise pour les européens, ceux qu’ils viennent de baptiser indiens n’en reviennent pas de cette présence. C’est la rencontre entre l’âge de la pierre et celui du fer, la juxtaposition de deux cultures tellement différentes qu’à certains endroits on pense que les européens sont surnaturels. Cette impression ne dure pas.

À l’origine, les européens sont peu nombreux. tout d’abord, les ressources nécessaires pour lancer un vaisseau et son équipage de l’autre côté de l’atlantique sont considérables, tout autant que l’est la force mentale nécessaire pour entreprendre un voyage vers le parfait inconnu. Cela vaut à tout le moins pour les voyages officiels de Colomb et de ses successeurs espagnols. de façon moins officielle, il existe de nombreuses preuves GROUpES DE LAnGUES AUTOcHTOnES, 1600

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à l’effet que certains européens – des marins provenant des provinces basques de l’espagne et des pêcheurs de l’ouest de l’angleterre – traversent alors l’atlantique depuis un certain temps. ils partent à la recherche de la morue, d’abord autour de la norvège, puis au large de l’islande (au grand déplaisir des rois danois) et enfin à l’ouest de l’islande. La pêche est une industrie bien enracinée avec un marché bien établi dans les villes et les métropoles de l’europe occidentale. Cette industrie s’étend désormais dans tout l’atlantique en quête d’un approvisionnement fiable.

Le grand port de la côte ouest de l’angleterre est alors Bristol et c’est de Bristol que part, en mai 1497, un autre Génois, Giovanni Caboto, que ses hôtes anglais appellent John Cabot et les Français, Jean Cabot. il est commandité par le roi d’angleterre, Henry vii, un monarque prudent et avare de risques. À ce moment, Colomb a fait non pas un mais deux voyages vers le nouveau Monde et il est évident qu’un marin muni d’une bonne boussole et d’une certain compétence peut voguer vers l’ouest et trouver des terres – la Chine, peut-être, ou encore l’inde – que Colomb n’a pas encore découvertes.

Cabot ne trouve pas la Chine, mais il trouve des terres, vraisemblablement la nouvelle-écosse et terre-neuve, dont il prend possession au nom de son commanditaire, le roi Henry. Pourtant, les terres qu’il découvre revêtent pour l’instant beaucoup moins d’importance que les découvertes qu’il fait en mer. Comme l’ambassadeur du duc de Milan le rapporte, les compagnons anglais de Cabot décrivent un océan grouillant de poisson, la morue du nord, et prétendent qu’ils rapporteront « […] tant de poisson en angleterre que nous n’aurons plus besoin de l’islande, avec laquelle il y a d’énormes échanges commerciaux de poisson qu’on appelle la morue ».

néanmoins, c’est l’espoir de trouver l’inde ou la Chine et non du poisson qui stimule des monarques comme Henry vii. en 1498, ce dernier équipe une deuxième expédition confiée à Cabot, mais celui-ci sombre ensuite dans l’oubli et sort de l’histoire, emportant avec lui toute possibilité pour Henry vii d’imiter ses rivaux espagnol et portugais et de trouver un empire au-delà des mers.

et de fait, l’expédition suivante est portugaise et dirigée par Gaspar Corte real, originaire des açores. Ce dernier longe terre-neuve et le Labrador en 1500 et 1501, on ignore toutefois précisément où. son destin est tout aussi obscur : comme Cabot, il disparaît de l’histoire à ce moment.

avec Corte real, cependant, le Portugal renonce officiellement à tout intérêt envers une entreprise marquée par le froid et le brouillard – et bien sûr la présence de poisson.

 

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Le poisson demeure cependant, ainsi que des flottes entières de pêcheurs pour exploiter cette ressource. Les conditions sur le plateau continental au large de terre-neuve sont presque idéales pour la morue du nord et de nombreuses autres espèces de poisson, soit près du rivage, soit sur les Grands Bancs, un vaste plateau océanique peu profond – souvent moins de cent mètres de profondeur – au sud et au sud-est de terre-neuve, dominé par les eaux glaciales du courant du Labrador. nulle part ailleurs n’est-il plus facile de récolter le poisson, surtout un poisson aussi utile que la morue. Celui-ci est facile à sécher et à saler ; une fois salé, il est assez léger et, donc, facile à transporter.

Une fois son emplacement attesté, la zone de pêche à la morue de terre-neuve exerce un puissant attrait sur les pêcheurs d’europe occidentale, venus d’abord du Portugal et des provinces basques du nord de l’espagne, puis de la côte ouest de la France, surtout de Bretagne. Curieusement, les anglais semblent surtout se tenir plus près de leurs côtes et continuent à pêcher au large de l’islande jusqu’à ce qu’un décret du roi du danemark, suzerain de l’islande, hausse le coût des permis de pêche au point où terre-neuve apparaît comme une solution de rechange intéressante.

il faudra cependant attendre de nombreuses années pour cela.

entre-temps, ce sont d’autres pays qui se chargent d’explorer la côte est de l’amérique du nord. Ce continent porte désormais le nom d’amérique, qui lui vient d’un autre navigateur italien, amerigo vespucci, dont les descriptions des voyages connaissent une telle popularité en europe que c’est son nom, et non celui de Colomb, que retiendra l’usage. en 1523, le roi de France François ier retient les services d’un navigateur florentin, Giovanni da verrazzano, pour tâcher de trouver la route de l’asie.

verrazzano ne la trouve pas, mais il découvre new York et son havre très sûr, en plus d’explorer la côte plus au nord jusqu’aussi loin que terre-neuve. À l’évidence, il n’est guère facile de trouver la route de l’asie : d’après les observations de verrazzano, il faudrait chercher plus au nord.

il apprécie cependant ce qu’il découvre et compare le territoire à l’agréable ancienne région grecque de l’arcadie. Une fois adapté et déplacé vers le nord à partir de delaware, où verrazzano l’a situé, le nom « l’acadie »

deviendra l’appellation courante de ce qu’on connaîtra plus tard sous le nom de provinces maritimes du Canada.

verrazzano compte peut-être parmi les membres de son équipage un marin français du port breton de saint-Malo, Jacques Cartier. C’est de saint-Malo que partent bon nombre de pêcheurs français faisant voile vers terre-neuve, de sorte qu’il est possible que Jacques Cartier ait déjà vogué vers l’ouest quand il propose à François ier de prendre la direction d’une nouvelle expédition à la recherche du passage vers l’asie. Cette proposition est alléchante, non seulement en raison des possibilités de commercer avec 14

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la Chine, mais aussi parce que les espagnols ont déjà conquis et pillé les empires aztèque et inca du Mexique et du Pérou, d’une fabuleuse richesse.

Un explorateur espagnol a quant à lui découvert qu’il y a un autre océan, le Pacifique, au-delà de l’amérique ; en 1520, une expédition espagnole parvient à franchir le Pacifique et à faire le tour du globe, traversant au passage les marchés opulents et culturellement avancés de l’asie. il est dès lors tout naturel pour François ier de donner l’ordre à Cartier de chercher et de rapporter « grant quantité d’or et autres riches choses ».

Cartier fait trois voyages vers le nouveau-Monde, en 1534, 1535-1536 et 1541-1542. il contribue ainsi à définir la carte de l’est de l’amérique du nord, révèle que terre-neuve est une île et découvre l’immense fleuve saint-Laurent, qu’il remonte aussi loin que ses navires peuvent le faire, soit jusqu’aux rapides qui ceinturent l’île de Montréal. À la haute montagne trônant au milieu de cette île, il donne le nom de « Mont royal », nom qu’elle gardera et qui inspirera celui de la colonie qui s’y établira plus tard.

Cartier établit aussi les premiers contacts suivis entre un européen et les habitants du continent, ceux qui vivent le long du saint-Laurent entre la Gaspésie à l’est et Montréal à l’ouest. Les récits venus d’espagne indiquent clairement que les indigènes de l’amérique sont très nettement différents, non seulement des européens mais aussi les uns des autres.

Ces récits établissent un autre point absolument essentiel : les habitants du nouveau Monde ne sont pas chrétiens.

Les européens catholiques romains ont déjà eu affaire à des non-chrétiens auparavant. À une époque ancienne, des païens ont persécuté les chrétiens qui, une fois arrivés au pouvoir, leur ont rendu la monnaie de leur pièce. On suppose les non-chrétiens hostiles, bien que leur sort varie selon le degré de pouvoir des chrétiens. Ces derniers sont parvenus à en convertir certains, dont les propres ancêtres romains ou germains de Cartier, les vikings de scandinavie et d’islande, et les slaves de Pologne et de Bohème. d’autres ont été conquis avant d’être convertis ; c’est le cas des tribus païennes de l’allemagne de l’est et de la mer Baltique. ils en ont asservis d’autres, comme les malheureux habitants des îles Canaries dans l’atlantique. et ils en ont combattu certains, comme les puissances musulmanes d’asie et d’afrique du nord – un combat épique, au cours duquel la puissance musulmane la plus dynamique, la turquie, a conquis et converti les peuples chrétiens du sud de l’europe et est arrivée aux portes de vienne ; on ne rencontre pas de si vive opposition dans les amériques –

de sorte que les espagnols sont portés à appliquer les leçons tirées de l’expérience acquise aux Canaries, dans les indes occidentales d’abord, puis au Mexique et en amérique du sud.

 

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La première hypothèse posée par les chrétiens européens (mais non par les européens ou les chrétiens seulement) est que leur propre religion et leurs propres pratiques ont préséance sur celles des non-chrétiens (jusqu’à nier ces dernières). théologiens et politiciens ne s’entendent pas sur la façon de traiter les non-chrétiens – mais les questions philosophiques et de retenue digne d’hommes d’état ne sont pas caractéristiques des explorateurs et de leurs commanditaires, des êtres assoiffés de profits qui spéculent sur l’avenir du nouveau Monde. La résistance face à l’envahissement européen permet à ces derniers de partir en guerre – guerre d’autodéfense, bien sûr –

et, une fois l’ennemi vaincu, de l’asservir.

Le christianisme s’est développé dans un univers caractérisé par la menace, celle des païens, des juifs et des musulmans, et poursuit dans cette même voie. au seizième siècle, le christianisme est assailli par des peuples venus de l’extérieur – les turcs – et divisé à l’intérieur. Lorsque Cartier fait voile vers l’amérique, le christianisme est divisé entre catholiques romains et protestants, et les princes d’europe se rangent d’un côté ou de l’autre. déjà, dans les années 1530, éclatent des guerres entre protestants et catholiques, et elles vont se poursuivre, presque sans arrêt, pendant plus de cent ans. Comme l’a dit l’historien J.r. Miller, c’est « une coïncidence importante sur le plan historique que la période initiale d’exploration et de pénétration européennes en amérique du nord ait été une période d’animosité religieuse intense7. »

Le sentiment de menaces religieuses donne une perception d’urgence renouvelée à la notion de conversion et au mépris des droits abstraits de ceux qui ignorent, de leur plein gré ou non, la doctrine chrétienne. et il faut ajouter à cela la perception que les sociétés nées des villages de l’amérique du nord ne sont pas des entités politiques au sens que leur donnent les européens. elles n’ont pas de véritables monarques et leurs instances dirigeantes sont très peu développées. il est facile (et rentable) de soutenir que l’amérique est une « terra nullius », un territoire sans maître. elle peut donc être revendiquée par les explorateurs du simple fait qu’ils l’ont découverte et, bien sûr, revendiquée au nom du monarque qui a autorisé le voyage de l’explorateur jusqu’en amérique et en a payé les frais. Quand Cartier dresse une croix pour indiquer le lieu de son premier débarquement sur le continent américain, à Gaspé en 1534, il revendique le territoire au nom du Christ, mais aussi du roi François. La terre elle-même s’appelle nouvelle-France, comme le Mexique a été baptisé nouvelle-espagne par ses conquérants. Cela ne signifie nullement que les autochtones comprennent ou acceptent les actes posés par Cartier, en dépit du fait que leurs conséquences, comme celles des actes posés auparavant par les espagnols plus au sud, peuvent être énormes.

 

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On peut dire que, contrairement aux espagnols au Mexique en 1520

et au Pérou en 1532, Cartier ne dispose pas de la force du pouvoir. Cela peut paraître curieux car les membres des expéditions françaises dans le saint-Laurent ne sont pas moins nombreux que ceux de certains aventuriers espagnols aux épopées fructueuses (en réalité, lors de son troisième voyage, en 1541, Cartier peut compter sur quinze cents hommes, beaucoup plus que les armées espagnoles qui ont conquis le Mexique et le Pérou). de surcroît, les espagnols ont été confrontés à des sociétés opulentes et très organisées, ce qui n’est pas le cas des Français. Mais Cartier, tout aussi avide et impitoyable qu’il soit, demeure essentiellement un navigateur, et son équipage est constitué d’hommes aux antécédents semblables. il ne possède pas beaucoup d’armes et ses marins ne constituent pas une armée disciplinée. de leur côté, les dirigeants espagnols étaient des militaires et leur équipage était constitué de soldats, rompus à la discipline. ils ont emmené avec eux des chevaux, des armures de fer et des fusils, même des canons, et ont ainsi bénéficié d’un net avantage technologique sur leurs adversaires autochtones. Leurs dirigeants avaient une bonne motivation – l’or – et ne s’en privaient pas le moment venu. Les avantages étaient à la fois énormes et évidents.

La situation dans la vallée du saint-Laurent en 1534 et 1535

est tout autre. Cartier rencontre des amérindiens lors de son premier voyage et en capture deux pour ramener en France des preuves tangibles de ses exploits. il n’a pas grand-chose d’autre à montrer. il y a bien sûr des fourrures mais, comparées à l’or, elles ne suscitent que peu d’intérêt.

Pourtant, c’est mieux que rien. il y a aussi des pierres, mais elles sont sans valeur. Le saint empereur romain, Charles v, qui est aussi roi d’espagne, ne ressent nullement le besoin de s’opposer à la colonisation française du saint-Laurent. Certainement pas, affirme Charles, car le territoire n’a

« aucune valeur et, si les Français s’en emparent, ils seront bien obligés un jour de l’abandonner ».

de ce point de vue, les deuxième et troisième expéditions de Cartier témoignent du triomphe de l’espoir sur l’expérience. Cartier est à tout le moins parvenu à survivre et à rentrer en France, ce qui n’est pas rien. Bien sûr, il n’aurait pu survivre sans aide. Heureusement pour lui, il est tombé sur deux villages iroquois : stadacona, à l’emplacement actuel de Québec, et Hochelaga, là où se trouve aujourd’hui Montréal. Cartier et ses hommes sont des visiteurs et, point essentiel, des invités. Pendant l’hiver 1535-1536, ils doivent compter sur leurs hôtes iroquois. L’autre issue, dans l’hiver canadien, est la détresse et une mort probable. Privés de légumes frais et atteints de scorbut, les Français doivent suivre le conseil de faire bouillir du bouleau pour ingérer les anti-scorbutiques nécessaires à leur 1 • Terre auTochTone

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rétablissement. Même dans ces conditions, Cartier perd vingt-cinq hommes (sur 110).

si Cartier croit avoir trouvé une société stable et permanente –

quoique barbare – à Hochelaga et stadacona, tel n’est pas le cas. À une certaine époque antérieure à 1580, les établissements iroquois disparaissent, sans doute pour aller faire la guerre à un autre peuple iroquoiens plus à l’ouest.

Ce sont leurs conquérants, les Hurons, qui accueilleront les successeurs de Cartier de nombreuses années plus tard. selon ce que Cartier a rapporté, le saint-Laurent n’a pas grand-chose à offrir, sinon du mauvais temps, des indigènes peu portés à la coopération et un leurre à la place d’or véritable.

La pêche, par contre, représente une entreprise commerciale intéressante, à tout le moins, dans son ensemble car ses participants font cavaliers seuls et il leur suffit d’investir tout juste assez pour construire un navire et engager son équipage. Pourtant, vers la fin du seizième siècle, on compte quatre cents navires et environ douze mille pêcheurs, surtout anglais et français.

Les anglais pêchent le long des côtes et font sécher leurs prises – de la morue – sur des claies installées sur le rivage. Bénéficiant d’un accès plus facile au sel chez eux, les Français pêchent sur les Grands Bancs, ramènent leurs prises à bord pour les saler et les entreposent dans des tonneaux. sur le plan du territoire, les anglais jouissent donc d’un certain avantage puisque leur méthode de pêche fait d’eux des utilisateurs saisonniers des rives, de mai à septembre chaque année.

Le poisson n’est pas la seule marchandise suscitant l’attrait dans les eaux nord-américaines. Les pêcheurs découvrent le morse, en abondance le long des rives du golfe du saint-Laurent. ils peuvent exploiter l’ivoire de ses défenses, l’huile de son lard et le cuir de sa peau. et, pour compléter les fruits de la chasse au morse, il y a les fourrures que les tribus algonquines locales apportent sur le rivage pour les échanger contre des marchandises européennes. La récolte de morses sera suffisante pour soutenir près de trois siècles d’exploitation, mais celle-ci finira par se traduire par une extermination : c’est aux alentours de l’an 1800 que le dernier morse sera aperçu dans le golfe.

si l’on peut déceler une tendance systématique dans l’exploration de la côte est de l’amérique du nord, c’est un déplacement constant vers le nord. Cela est dû à l’attrait de l’itinéraire présumé vers la Chine. verrazzano et Cartier ont démontré que, s’il existait une telle route, elle devait se trouver au nord du saint-Laurent, quelque part au-delà du Labrador.

appelée détroit d’anian et passage du nord-Ouest, cette route attirera les explorateurs jusque tard au vingtième siècle et demeurera un élément 18

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important de la collecte de fonds et de la recherche d’appuis officiels pour l’exploration.

L’autre condition préalable aux expéditions nordiques est l’ignorance. Les européens connaissent très peu le nord. Ce que leurs cartes en disent est souvent, voire généralement, fantasque : des terres imaginaires disséminées de manière presque décorative autour de mers regorgeant de monstres aussi hypothétiques qu’effrayants. ils ne peuvent non plus se fier à leur expérience, puisque même les contrées de l’europe septentrionale sont relativement tempérées comparées au continent de glace et de neige qui se dessine au-delà du Labrador.

savants et spéculateurs se retrouvent donc devant un champ virtuellement libre, une combinaison fatale pour des investisseurs crédules, qui semblent être légion. Le cœur du ferment qui en découle est l’angleterre, dont les commerçants souhaitent vivement établir un lien stable et rentable avec la cible habituelle, les richesses de l’asie. se fiant à des cartes imprécises et des textes douteux, les savants « prouvent » l’existence d’un passage du nord-Ouest. Les spéculateurs prennent alors le mors aux dents et suscitent autant d’espoirs qu’ils récoltent des fonds.

À la fin du seizième siècle, l’angleterre est dirigée par une reine intelligente et plutôt prudente. étant protestante, elizabeth ire est destinée à entrer en guerre avec les diverses puissances et principautés catholiques qui entourent son royaume insulaire. elle compte aussi un nombre excédentaire de gentilshommes aventureux trop pressés de partir sur les mers en quête de profit : des trésors espagnols pour les pirates ou l’or de l’amérique et, après l’amérique, la Chine, par la voie de l’exploration et de la découverte.

dans les années 1570 et 1580, toute une série d’anglais montent des expéditions destinées à affirmer les intérêts de l’angleterre dans tout l’atlantique nord (en plus d’un voyage spectaculaire vers le Pacifique dirigé par l’intrépide sir Francis drake ; ce dernier s’approche des côtes occidentales du Canada, sans toutefois vraisemblablement les atteindre).

On relève deux tentatives de colonisation, à terre-neuve et en virginie, la seconde sera baptisée en l’honneur de la « reine vierge » d’angleterre. il y a aussi des voyages directement consacrés à la recherche du passage du nord-Ouest (quoique même l’expédition de virginie n’est que chimère).

Ces projets ne mènent à rien et ne laissent guère qu’un ensemble de noms de lieux : la baie de Frobisher, le détroit de davis, etc. il y a bien, semble-t-il, un nord trop lointain, car le climat sévère de l’arctique et la brièveté de la saison de navigation se révèlent des obstacles insurmontables à la découverte d’un passage vers le Pacifique. C’est décourageant, mais le découragement ne durera pas éternellement.

 

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Le souci causé par les guerres de religion en europe fait le reste.

L’angleterre et l’espagne s’affrontent pendant près de vingt ans, sur terre comme sur mer. L’irlande est perpétuellement en état de révolte. La France et les Pays-Bas sont bouleversés par les rébellions et les guerres civiles.

L’europe concentre ses énergies chez elle et le peu qui en reste est consacré à la pêche dans l’atlantique nord, que l’on connaît et maîtrise bien, et à des échanges commerciaux sans grande importance avec les peuples algonquins autour du golfe du saint-Laurent.

d’un point de vue objectif, les peuples autochtones du Canada sont peu touchés par les activités périphériques des explorateurs et spéculateurs du seizième siècle. ils ignorent que, dans l’esprit des rois et reines d’angleterre et de France, ils sont devenus des « sujets », les habitants de terres revendiquées par un royaume ou l’autre. au seizième siècle, aucun des deux pays ne peut tenir ses revendications concernant les régions sauvages de l’amérique du nord, ce qui a pour effet secondaire bénéfique qu’aucun n’est encore prêt à se lancer dans une guerre pour se les approprier. et l’amérique du nord est encore considérée comme trop pénible, trop indésirable, trop dépourvue de profit pour qu’on consente à un effort soutenu et coûteux en vue de sa possession et de sa colonisation. Pour le moment, c’est à l’irlande que l’on réserve ce sort, ce pays où elizabeth ire et ses successeurs s’efforcent « d’implanter » des colons. L’expérience amère de l’irlande constituera un modèle malheureux pour le nouveau Monde.

 

Une histoire du Canada
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