117.
Chemise blanche ouverte, jean délavé, cheveux en
bataille, Ari remonta, les mains dans les poches, la rue des
Tournelles. L'après-midi touchait à sa fin. L'air était doux, les
gens, partout, souriaient, un peu trop à son goût.
Comme chaque fois, il s'arrêta sur le trottoir, en
face de la petite librairie à la devanture verte. À travers la
vitrine, il aperçut aussitôt la silhouette de Lola. Sa chevelure
brune, ses épaules fines.
Il resta de longues minutes à la regarder évoluer,
parler avec des clients, ranger des livres dans les rayonnages.
Elle était dans son monde à elle. Et lui n'était pas tout à fait
dans le sien.
Il hésita à entrer. Parler avec Lola. Lui dire tout
ce qu'il avait sur le cœur, sans réserve. Puis il se ravisa.
L'heure n'était pas encore venue.
Un jour, il le savait, il franchirait cette porte,
et il n'y aurait plus rien, plus personne pour le retenir. Aucun
dandy caméraman, aucune angoisse, aucune peur de l'avenir. Mais
seulement l'abandon. Et alors il l'enlèverait. Il l'emmènerait avec
lui. Loin. Loin d'ici et de ce qu'ils avaient été. Parce que rien
d'autre n'aurait d'importance, et qu'il savait que c'était elle.
C'était eux.
Mais l'heure, à ce jour, n'était pas encore
venue.