13.
Sandrine Monney se retourna et vit l'homme derrière elle accélérer le pas. Cette fois, elle ne rêvait pas : cet inconnu en avait après elle. Et elle était certaine de l'avoir aperçu dans le tramway : elle reconnaissait la canne qu'il tenait à présent des deux mains.
Son sang ne fit qu'un tour. Marcher vite ne suffisait plus. Elle se mit à courir.
Ses talons claquaient sur la surface luisante du trottoir. La maison n'était plus qu'à quelques minutes, mais au pas de course, c'était déjà beaucoup. Bien assez en tout cas pour que l'homme aux cheveux blancs la rattrape. D'ailleurs, il gagnait du terrain, elle l'entendait approcher. Elle tenta d'augmenter sa cadence, mais ses chaussures trop hautes l'en empêchèrent et elle se tordit la cheville gauche. Elle poussa un cri de douleur et jeta un nouveau coup d'œil derrière elle. L'homme était à quelques pas. Et il semblait sourire d'un air vicieux.
Tout en maintenant le rythme de sa course, Sandrine attrapa son téléphone portable dans la poche de sa veste. Il fallait qu'elle tente d'appeler Antoine au secours. Mais en essayant d'ouvrir le cellulaire, elle lâcha le dossier qu'elle ne tenait plus que d'une main. La chemise cartonnée rebondit sur son genou, fut projetée devant elle, glissa sur le sol et s'immobilisa au milieu de la rue. La femme poussa un juron. Elle ne pouvait pas l'abandonner là. Ce qu'elle contenait était bien trop important. L'homme était juste derrière elle. Pas le temps de réfléchir. Elle n'avait pas le choix. Elle sauta du trottoir et se pencha pour ramasser la pochette. Et ce qui devait arriver arriva.
L'homme aux cheveux blancs se jeta sur elle et la saisit aux épaules. Sous la violence du choc, Sandrine Monney perdit l'équilibre et s'écroula la tête la première au milieu de la chaussée. Son agresseur ne lui laissa pas le temps de se défendre ou de hurler : assis sur son dos, il lui maintenait les bras au sol à l'aide de ses deux genoux et avait passé sa main droite devant sa bouche pour la bâillonner.
Les lèvres plaquées sous le gant de cuir noir, la jeune femme ne parvint qu'à pousser un grognement étouffé. Tétanisée par la peur, écrasée sous le poids de son assaillant, elle ne put que sentir le souffle de l'homme sur sa nuque.
Elle vit alors une ombre grandir à côté de son visage, sur la surface rugueuse de l'asphalte. Puis elle entendit un murmure à son oreille, la voix grave et essoufflée de son tortionnaire.
« Curiosity killed the cat[1] ».
Elle sentit alors un baiser sur sa nuque. Tout son corps se tendit. Elle imagina le pire.
Pourtant, lentement, la main gantée de son agresseur se retira de sa bouche. Elle l'entendit se lever derrière elle.
Elle n'osa bouger. Ni hurler au secours. Seules ses épaules se soulevaient, au rythme de sa respiration. Les yeux écarquillés, elle fixait le sol devant elle, incapable du moindre geste.
Et puis, soudain, l'homme s'enfuit.
Elle resta un long moment allongée au beau milieu de la rue, face contre terre, incrédule. Elle peinait à comprendre ce qui venait de se passer. Persuadée que l'homme avait été sur le point de la tuer, ou au moins de la blesser, elle se demandait pourquoi il avait lâché prise. Avait-il eu peur ? Ou bien n'était-ce qu'un avertissement ?
Le corps tremblant, elle se retourna lentement sur le côté et comprit.
Son dossier avait disparu.
1-
La curiosité est un vilain défaut, littéralement : « La curiosité à tué le chat ».
Les cathédrales du vide
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