109.
Ari, le souffle court, resta quelques instants à
genoux devant le cadavre de Borja, comme pour s'assurer qu'il était
bien mort. Il éprouva un étrange sentiment de délivrance et de
tristesse à la fois. De vide. L'impression d'avoir déjà vécu cette
scène, quelques semaines plus tôt, en Italie. Un autre tueur. Une
autre lutte pour la survie. Un autre mort. Combien de temps encore
devrait-il courir ainsi ? Affronter ce genre d'ennemis ?
Et pour quoi ? La vérité ou la vengeance ? Avait-il
quelque chose à prouver, ou quelque chose à fuir ? Pourrait-il
donner toute sa vie un sens à ces enquêtes successives ? Une
seule image venait à son esprit, maintenant. Celle de Lola. Il
savait, au fond, que, encore aujourd'hui, tout le ramènerait
là : à cet échec, à ce manque, à cette douleur.
Soudain, la voix de Zalewski résonna dans le
récepteur à sa ceinture et le ramena à la réalité.
— Ari, tu me reçois ?
— Cinq sur cinq.
— Tout va bien ?
— Ça peut aller. J'ai neutralisé Borja. Vous
avez Weldon ?
— Non. Il s'est échappé en voiture. Impossible
de le suivre. On se rejoint tous dans la cabane où Iris a retrouvé
son frère.
Mackenzie hésita un moment. Il y avait peut-être
des questions auxquelles il ne pouvait pas encore répondre. Mais
une chose était sûre : il voulait en finir avec cette affaire.
Maintenant.
— Allez-y sans moi. Je retourne au 4x4.
Terminé.
— Tu plaisantes ?
Ari, le bras en sang, se releva en grimaçant. Non,
il ne plaisantait pas du tout. Il n'avait jamais été aussi
sérieux.
— Il est hors de question qu'on laisse filer
cette ordure.
— Fais pas le con, Ari. Tu le rattraperas pas,
il a trop d'avance. Vlaeminck va lui mettre un mandat d'arrêt
international et…
— Non. Si on le chope pas maintenant, on le
chopera jamais. Ces types trouvent toujours le moyen de se
planquer. Il va disparaître quelque part en Amérique du sud avec
les autres fachos de son espèce. Cette histoire s'arrête ici.
Sans un mot de plus il coupa son talkie et le
rangea dans sa poche. Le corps endolori, il se remit en route dans
le couloir obscur. D'un pas rapide, il fit le trajet inverse pour
sortir du tombeau. Tout en marchant, il déchira un bout de sa
chemise et s'en fit un bandage sur le bras. La blessure, quoique
superficielle, saignait abondamment. S'il ne la stabilisait pas, il
allait perdre encore beaucoup de force.
Il arriva enfin à l'extérieur, sous le ciel étoilé
et fut aussitôt frappé par la force du vent sec et chaud qui
s'était levé. Il redescendit les escaliers en boitant. Tous ses
muscles le faisaient souffrir, mais il n'y pensait pas vraiment.
Une image, dans son esprit, avait chassé le visage de Lola. Jean
Laloup, hirsute, semblait le défier par-delà le temps et
l'espace.
Sous le manteau de la nuit, il traversa le village
antique, quitta les ruines et pénétra dans la jungle. Après
quelques hésitations, il retrouva le sentier et finit par
apercevoir le 4x4 au milieu des arbres. Il accéléra le pas et put
bientôt se hisser derrière le volant.
Il démarra le véhicule et enclencha la marche
arrière. Mais alors qu'il allait effectuer son demi-tour, un grand
claquement sourd se fit entendre sur la carrosserie, côté
passager.
Ari sursauta. Il tourna la tête vers la droite et,
derrière la fenêtre, aperçut le visage de Krysztov.
— Ouvre, imbécile !
Une fois la frayeur passée, le visage de Mackenzie
s'illumina. Il se pencha et déverrouilla la portière.
— Tu croyais quand même pas que j'allais te
laisser y aller tout seul ? lâcha le Polonais.
— Non. Je me disais juste que t'étais un peu
long.
— T'es la pire tête de mule que j'aie jamais
vue. Allez, dépêche-toi, il faut contourner le site et remonter
vers le nord.