103.
Voyant que son adversaire était à sa portée, Ari
lui décocha un direct du droit. Son poing fermé heurta la joue de
Borja, mais sans grande puissance. Celui-ci ne broncha pas et se
remit aussitôt à avancer, visiblement insensible à la
douleur.
En temps normal, Ari aurait foncé sur son ennemi et
l'aurait submergé de coups, mais le risque d'entrer directement en
contact avec le poison que celui-ci avait étalé sur ses gants
réduisait grandement sa liberté de mouvement. Il fallait frapper
vite et juste, tout en se maintenant à distance. Avec un adversaire
aussi grand, ce n'était pas chose aisée. Mackenzie, malgré sa
fatigue et sa blessure au bras, ne se laissa pas décourager. Il
envoya un coup de pied latéral, manqua sa cible, puis un second, de
front, qui fit mouche, un direct du gauche, un crochet du droit…
Ses frappes passaient aisément la garde de son adversaire, trop
basse, mais l'homme, impassible, ne semblait pas ressentir la
douleur. Chaque coup lui marquait davantage le visage, mais il ne
poussait pas le moindre grognement, et ses lèvres étaient toujours
figées en un même sourire étrange.
D'abord, Ari trouva la chose singulière, puis
rapidement très agaçante. Chaque fois qu'il parvenait à porter un
coup, la satisfaction d'avoir évité le contact avec les mains de
son adversaire était anéantie par la déception de voir celui-ci ne
témoigner aucune souffrance, aucun affaiblissement.
L'homme à la canne continuait d'avancer, encaissant
les coups les uns après les autres, et bientôt Ari se retrouverait
acculé. De rage, il donna un coup de pied plus violent, mais son
adversaire esquiva et profita du déséquilibre d'Ari pour le faucher
d'une balayette sur sa jambe d'appui.
Mackenzie tomba à la renverse.
Avec horreur, il vit l'homme à la canne se jeter
sur lui de tout son poids.