73.
À la troisième tentative, Marie Lynch poussa un
juron et, furieuse, jeta le téléphone sur le lit de la chambre
d'hôtel.
Elle en était sûre : Mackenzie faisait exprès
de ne pas répondre. Il lui avait laissé un SMS et ne dirait rien de
plus. Il fallait bien se rendre à l'évidence : elle ne
signifiait rien pour lui. Au fond, peut-être s'était-il servi
d'elle pour son enquête. Et pour la sauter, au passage. L'arroseur
arrosé.
Quelle idiote elle faisait ! Elle qui avait
cru un instant qu'il ressentait la même chose qu'elle. Elle ne
s'était même pas posé la question, d'ailleurs, elle avait
simplement pensé qu'il ne pouvait en être autrement. Mais à bien y
réfléchir, tout lui paraissait tellement flagrant. Ari était encore
amoureux de cette libraire dont il avait parlé. Comment
s'appelait-elle, déjà ? Lola. Il avait vaguement mentionné son
nom et, dans un bref élan de confidence, laissé entendre que cette
histoire d'amour s'était mal finie et l'avait dévasté. Marie aurait
dû immédiatement comprendre que le cœur de cet homme était pris,
qu'il le serait encore longtemps, et qu'il n'y aurait de place dans
sa vie que pour des aventures sans lendemain.
Pourtant, elle n'avait pas attendu grand-chose de
Mackenzie. Elle ne s'était pas projetée. Diable ! Comment le
faire, quand on n'attendait rien d'autre de la vie qu'une mort
prématurée ? Mais elle avait quand même imaginé pouvoir
profiter de l'instant, et que cet instant durât plus que
vingt-quatre heures… Ils étaient bien, ensemble, et elle n'avait
rien espéré d'autre qu'être bien encore un temps. L'avenir
n'existait pas, mais le plaisir…
Elle secoua la tête. Après tout, c'était bien fait
pour elle. Elle payait pour tous les pauvres types qui, après lui
avoir fait l'amour, s'était imaginé que leur chance au loto allait
devenir un abonnement et qu'elle n'avait jamais rappelés. Pour une
fois, la désillusion serait dans son camp.
Elle poussa un soupir, prit son téléphone et
composa le numéro de l'agent du SitCen.
— Mackenzie vient de prendre un avion pour
Oulan-Bator, annonça-t-elle avec dépit.
— Il vous a dit précisément où il
allait ?
— Non. Il m'a laissé un SMS. Tout ce qu'il m'a
dit, c'est qu'il prenait un avion pour Oulan-Bator parce qu'il
devait aller dans le désert de Gobi. Maintenant, démerdez-vous.
J'ai rempli ma part du contrat. J'espère que vous tiendrez votre
parole, bande d'enfoirés.
Elle raccrocha sans attendre de réponse.
Elle roula sur le bord du lit et tendit la main
vers le minibar. Une par une, elle sortit toutes les petites
bouteilles d'alcool qu'elle trouva dans la porte.
La nuit allait être longue.