112.
Vlaeminck arriva une vingtaine de minutes plus tard
avec quatre Indiens et le médecin de Sucúa. À leur tour, ils durent
traverser le lac à la nage pour rejoindre Ari et Krysztov, lequel
était toujours inconscient.
— Mackenzie ! Vous êtes blessé ?
demanda le Belge en courant vers eux, affolé.
— Rien de grave. Occupez-vous de lui.
— Un hélicoptère est en route pour le
rapatrier à l'hôpital de Macas. Il ne devrait pas tarder.
— Parfait, répondit Ari avec
soulagement.
— Avec cette tempête qui ne cesse de grossir,
j'espère qu'il va pouvoir se poser au fond du canyon…
Le médecin, de son côté, ne perdit pas un seul
instant. À peine arrivé, il s'accroupit près du corps de Zalewski,
déballa sa trousse de secours et commença des premiers soins.
— C'est la deuxième fois que votre ami frôle
la mort, lâcha l'homme d'un ton réprobateur. Vous cherchez à vous
tuer, ou quoi ? Je vous avais recommandé de le laisser se
reposer.
— Pas le choix, se contenta de répondre
Mackenzie. Il va s'en tirer ?
— Comment voulez-vous que je
sache ?
Ari regarda le médecin prodiguer les gestes
d'urgence, puis il se releva et se tourna vers Vlaeminck.
— Weldon nous a échappé. Mais je pense savoir
où il est parti. Je dois y aller tout de suite.
— Vous plaisantez ? Vous êtes en sang et
à bout de force. Vous croyez pas que…
— Hors de question qu'il nous échappe, le
coupa Mackenzie. Restez ici en attendant l'hélicoptère. Moi, j'y
vais.
— Vous serez plus utile auprès de votre ami.
Nous nous occuperons de Weldon plus tard.
— Non. Si Krysztov était conscient, il me
dirait d'aller chercher cette ordure.
L'agent du SitCen secoua la tête, devinant qu'il ne
servait à rien de résister, puis il vérifia l'arme dans son
holster.
— OK. Dans ce cas, je vous accompagne.
Ari hocha la tête. Il était épuisé. L'aide du Belge
ne serait pas superflue. Il adressa toutefois un regard au
médecin.
— Vous pouvez vous débrouiller sans
nous ?
— Vous ne vous arrêtez jamais ?
— Jamais.
— Je vois, lâcha le médecin, consterné. Eh
bien, faites ce que vous avez à faire. Je m'occupe de votre ami en
attendant l'hélico.
— Merci infiniment.
— Je vous préviens, ne comptez pas sur moi
pour revenir vous chercher dans la jungle ou je ne sais où. J'ai
plein de blessés qui m'attendent à Sucúa. L'incendie a fait des
ravages. Je ne peux pas m'occuper de tout le monde !
Ari se contenta d'acquiescer. Il fit signe à
Vlaeminck de le suivre et ils traversèrent à nouveau le lac en sens
inverse. Le vent soufflait encore plus fort qu'à l'aller, il
soulevait des vagues sur la surface noire du lac.
— Vous êtes quand même bien amoché, fit
remarquer l'agent du SitCen comme ils sortaient enfin de
l'eau.
— Une balle m'a effleuré le bras dans le
temple et je viens de me faire une chute de vingt mètres… Je ne
m'en tire pas si mal.
— En effet.
— Krysztov et moi avons la peau dure. On en a
vu d'autres.
Ils commencèrent à gravir la falaise et sombrèrent
alors dans un long silence, essoufflés par leur ascension. Par
moments, Ari se retournait pour regarder, au loin, les silhouettes
des Indiens et du médecin qui s'affairaient auprès de Zalewski. Il
espérait que le Polonais n'aurait pas de séquelles trop graves, que
sa colonne n'avait pas été touchée. Il refusa d'imaginer le pire et
se focalisa sur sa quête. Attraper Weldon.
Une fois en haut, comme il l'avait deviné, Ari vit
que le 4x4 du Docteur était toujours là. Ils montèrent dans le
leur, garé juste à côté, et Mackenzie s'installa derrière le volant
en poussant un long soupir. Il n'était pas mécontent de s'asseoir
enfin à l'abri du vent. Tout son corps le faisait souffrir et ses
jambes avaient du mal à le porter. Il aperçut son visage dans le
rétroviseur. Blafard, les yeux cernés, le regard sombre, il avait
une mine épouvantable.
— Alors, où on va ? demanda le
Belge.
Ari sortit la photocopie de sa poche et posa le
plan sur le tableau de bord.
— Là, dit-il en indiquant le point sur la
carte qui, selon lui, pouvait correspondre au centre du glyphe de
John Dee.
— Pourquoi là ?
— Pas le temps de vous expliquer. Mais je suis
certain que le Docteur cherche quelque chose à cet endroit
précis.
L'agent du SitCen n'en demanda pas plus et Ari fit
demi-tour pour s'engager sur le petit sentier.
Le matin approchait déjà et Mackenzie n'osait
calculer depuis combien de temps il était debout, combien de
kilomètres il avait couru, combien de coups il avait reçus… Il en
était sûr, c'était la dernière ligne droite. Il lutta contre la
fatigue et se concentra sur le chemin à suivre.
La tempête gagnait encore du terrain ; par
endroits, le ciel était complètement noir et les arbres étaient
secoués de toutes parts sous les assauts des tourbillons
sonores.
Ils foncèrent vers le sud-est, contournant une
première colline envahie par la forêt équatorienne, puis le sommet
qu'ils visaient se dessina peu à peu dans la pénombre. Ce n'était
pas une montagne au sommet aiguisé, mais qui se terminait par un
plateau, lui-même parsemé de hauts rochers noirs.
— Il faut qu'on monte là-haut, expliqua
Ari.
— Vous croyez qu'il y
est déjà ?
— Je ne sais pas. Il a plus d'une demi-heure
d'avance sur nous, mais il est à pied.
— Cela m'étonnerait qu'on puisse monter
jusque-là en 4x4.
En effet, après une dizaine de minutes, ils
constatèrent que la forêt était devenue trop dense pour espérer
continuer en voiture. Il allait falloir marcher. Ils abandonnèrent
leur véhicule et, luttant contre le vent, ils avancèrent
péniblement vers le plateau surélevé.
— Qu'est-ce qu'il serait venu faire ici ?
insista Vlaeminck après de longues minutes de silence. Et pourquoi
maintenant ?
Le vacarme de la tempête les obligeait à parler
fort.
— Je ne sais pas. Ce type est un illuminé, il
faut s'attendre à tout ! Il a un plan, ça, c'est sûr. Il
cherchait quelque chose de précis sur les documents que j'ai
brûlés. Pour lui, il ne s'agit pas seulement de l'extraction d'un
minerai, j'en suis convaincu à présent. Et j'ai toutes les raisons
de croire qu'il espère trouver une réponse ici. Je crois que, pour
lui, cette montagne est la véritable Summa
Perfectionis, l'authentique sommet de la
perfection !
— Par moments, je me demande si c'est pas
vous, l'illuminé, suggéra l'agent du SitCen.
Après quelques minutes de marche à travers la
forêt, ils arrivèrent sur le flanc de la montagne, là où la
végétation commençait à se clairsemer. Exposés à la violence des
alizés, ils maintinrent malgré tout un rythme soutenu. Puis,
soudain, Ari s'immobilisa.
— Qu'est-ce qui vous arrive ? souffla le
Belge, courbé par la fatigue.
Ari tendit le doigt vers le haut de la
montagne.
— Ce ne serait pas lui, là-bas ?
Vlaeminck chercha du regard dans la direction
indiquée. Puis il se retourna vers Ari avec un sourire
satisfait.
— Essayons de ne pas nous faire repérer.
Reprenant espoir, ils se glissèrent dans les ombres
et accélérèrent le pas sur le sentier qui serpentait le long du
flanc nord. Plus ils montaient, plus le vent sec et chaud leur
fouettait le visage. Il en devenait presque assourdissant. Le
chemin, quant à lui, était de plus en plus pentu et semblait ne
jamais vouloir se finir. Rapidement, la silhouette du Docteur
disparut au milieu des immenses rochers.
La montée, épuisante, s'avéra bien plus longue
qu'ils ne l'auraient imaginé. À chaque nouveau lacet, ils pensaient
être tout proches du sommet et, pourtant, c'était comme si la
distance ne cessait de grandir.
Quand enfin ils arrivèrent, fourbus, à hauteur du
plateau, le ciel, malgré les nuages encore nombreux, commença à se
teinter de rayons orangés. Le soleil, bientôt, allait apparaître
sur l'horizon crénelé de la jungle.
L'immense terrasse que formait ici la montagne
était parsemée de rochers de tailles diverses, dressés vers les
cieux. On eut dit une armée de géants difformes et Ari ne put
s'empêcher de songer aux alignements de pierres que l'on trouvait
sur les anciennes terres celtiques. Carnac, Stonehenge… Il n'était
d'ailleurs pas certain que cela ne fût point les vestiges d'une
œuvre précolombienne. Difficile de ne pas voir la main de l'homme
dans cette forêt de roches.
— Il va falloir le retrouver dans ce
labyrinthe ! cria Mackenzie pour couvrir le bruit du
vent.
Vlaeminck, plutôt que de répondre, fit un geste de
la tête vers l'un des blocs gris. Ari comprit et acquiesça. Prendre
de la hauteur était en effet la meilleure solution. L'un derrière
l'autre, ils escaladèrent le rocher. Déséquilibrés par les
bourrasques, ils se tinrent laborieusement debout tout en
haut.
Le plateau leur apparut alors dans son ensemble et
ils découvrirent, perplexes, la structure circulaire qui occupait
tout son centre. Un véritable cirque, incontestablement construit
par l'homme. Surélevés, les rochers ne laissaient pas apparaître
l'espace qu'ils entouraient ; on ne voyait pas au-delà.
— Il est sûrement là-dedans, lança le
Belge.
Mackenzie en fut convaincu lui aussi. Et il fut
certain, également, que ce cercle figurait le point central du
glyphe de John Dee. Mais il se demandait ce qu'ils allaient trouver
à l'intérieur. Le Docteur serait-il seul au centre de ce plateau
abandonné, ou avait-il rejoint d'autres personnes ? Y avait-il
un bâtiment dissimulé derrière l'enceinte des monolithes ? Un
autre temple ?
— On y va ?
— Oui. Mais on va contourner par la droite en
espérant qu'il ne nous voie pas arriver !
Le Belge hocha la tête et ils redescendirent
rapidement de leur promontoire. Ari passa le premier, longeant les
rochers successifs pour rester à l'abri, et ils firent un long
détour vers l'ouest. Le ciel nuageux, en face d'eux, continuait de
se colorer lentement d'une variété de tons vermeils, et les cimes
des arbres ployaient sous la pression continue des rafales.
Enfin, ils arrivèrent aux pieds du cercle de
pierres.
Ari sentit son cœur battre. Son intuition lui
disait que tout allait se terminer ici, dans quelques instants. Ou
peut-être s'en laissait-il convaincre, pour se rassurer. Car il
n'était pas sûr d'avoir la force d'aller plus loin, si ce n'était
pas le cas. Et l'échec, maintenant, était exclu. Pas après tout ce
qu'ils avaient vécu.
Tout se termine ici.
Les images des dernières semaines lui revinrent une
à une. Le corps de Paul Cazo, mort, ligoté sur une table, son crâne
entièrement vidé. Puis celui des autres victimes. Les six pages
cachées des carnets de Villard de Honnecourt. La descente dans le
puits miraculeux. La clôture prématurée de l'enquête. La séparation
d'avec Lola. Les trois appartements cambriolés. Le meurtre de
Sandrine Monney. La rencontre avec Marie Lynch. La nuit qu'il avait
passée avec elle. Et maintenant, l'Équateur… La dernière image,
enfin, fut celle de Krysztov, évanoui au pied d'une falaise, entre
la vie et la mort.
Non, décidemment, l'échec était inenvisageable.
Cette histoire lui avait trop coûté.
Il fit un signe au Belge qui ne laissait pas le
moindre doute. Ils dégainèrent tous deux leurs armes, avancèrent
sur le monticule de terre et grimpèrent au-dessus d'un large bloc
de granit.
Le spectacle qui s'offrit à eux dépassait ce qu'ils
avaient imaginé.
La terre, au centre du cercle de pierres, était
creusée en concavité, de telle sorte qu'on avait le sentiment
d'être au cœur d'un vieux volcan éteint. Des milliers de cailloux,
disposés les uns contre les autres, dessinaient sur le sol une
succession d'anneaux concentriques jusqu'à un large autel de
pierre, devant lequel se tenait, torse nu, les bras en croix,
l'énigmatique Weldon.
Cadavérique, la tête levée vers le ciel, ses
cheveux ébouriffés par le vent, l'homme semblait en pleine transe
mystique. On eut dit une scène tirée d'une gravure biblique,
totalement anachronique.
Accroupis en haut du rocher, Vlaeminck et Mackenzie
échangèrent des regards stupéfaits.
— Qu'est-ce qu'il fout ? balbutia l'agent
du SitCen, perplexe.
Ari haussa les épaules. Il se redressa pour
descendre à l'intérieur du cercle de pierres, mais il fut
interrompu dans son élan par une suite d'événements dont
l'étrangeté grandissante les plongea l'un et l'autre dans une
confusion hébétée.
D'abord, il y eut la voix du Docteur qui s'éleva au
centre de cette arène insolite. Si grave et si puissante qu'elle
semblait amplifiée, transformée, plus forte même que le grondement
assourdissant du vent.
— N'approchez pas, Mackenzie ! hurla le
Docteur sans changer de position.
De dos, les yeux fermés, comment avait-il pu
deviner leur présence ? Les avait-il repérés depuis
longtemps ? Dans ce vacarme, comment aurait-il pu les entendre
approcher ?
— Faites demi-tour ! Croyez-moi, vous
n'avez plus rien à gagner ici, Ari.
Tandis que Weldon prononçait ces dernières paroles,
ce fut comme si, par magie, le soleil avait attendu ce moment pour
chasser les nuages et projeter ses premiers rayons sur le
sommet.
L'instant fut aussi spectaculaire qu'irréel.
Une à une, les hautes stèles noires s'allumèrent
sous les assauts de l'astre matinal et leur surface brillante parut
se transformer en or, tel du plomb dans les rêves les plus fous
d'un apprenti alchimiste. Par un mystérieux effet de miroir, la
lumière se décupla au centre des hautes pierres, si bien que
Mackenzie et Vlaeminck furent aveuglés et contraints de se masquer
les yeux.
Ari, la mâchoire serrée, parvint à résister, mais
l'agent belge, dans un réflexe de survie, fit demi-tour pour se
protéger de l'autre côté du monolithe.
Soudain, Mackenzie reçut un coup violent en plein
front. Une pierre projetée par la tempête. Un instant, il crut
perdre connaissance. Ses jambes cédèrent et il s'écroula. Ses mains
s'agrippèrent alors aux aspérités de la pierre sous ses pieds. La
tête se mit à lui tourner et le monde à vaciller autour de lui.
Fébrile, il finit par se lever dans ce cyclone d'air et de lumière
et, les paupières mi-closes, se laissa glisser le long de la paroi
vers la terre ferme, pour tenter de rejoindre le Docteur.
Ne pas le laisser fuir.
Ses pieds heurtèrent violemment le sol. Du sang
poisseux coulait sur ses tempes. Il éprouva une nausée brutale.
Malgré tout, il essaya de marcher, de reprendre ses esprits, mais
c'était encore impossible.
La scène qui continuait de se dérouler, à quelques
pas, lui parvint alors comme un songe flou et chimérique, une
succession de tableaux elliptiques inondés par la splendeur dorée
du soleil.
Il vit Weldon, luttant contre le vent, lever les
bras au-dessus de sa tête dans un geste majestueux. L'instant
d'après, un éclat rouge scintilla au creux de ses mains. Le cristal
de Rubedo. La pierre brillait comme une ampoule, de plus en plus
vive. Elle semblait se remplir de toute la lumière environnante, se
nourrir des rayons éblouissants que projetait la surface des
roches.
Ari, titubant, fit un pas en avant en protégeant
son visage. Puis un autre. Il crut entendre des cris. Une
incantation. Quelques mots lui parvinrent plus clairement :
« Tu auras par ce moyen la gloire de tout
le monde, et pour cela toute obscurité s'enfuira de
toi ! ». Il fut certain de les avoir déjà
entendus. La voix du Docteur, hystérique, s'élevait au milieu du
vacarme. « Il monte de la terre au ciel,
et derechef il descend en terre, et il reçoit la force des choses
supérieures et inférieures ! ». Ari reconnut alors
le texte de la Table d'Émeraude…
La tête enfoncée dans les épaules, il se battit
contre les éléments et continua d'avancer. Il n'était plus qu'à
quelques mètres du Docteur quand l'impensable se déroula sous ses
yeux, et il ne fut plus tout à fait sûr d'avoir encore toute sa
raison.
La lumière qui irradiait du cristal sembla se
libérer dans une grande explosion, un gigantesque éclat rouge et
or. Dans un réflexe de défense, Ari ferma les yeux et se
recroquevilla.
Quand il ouvrit à nouveau les paupières, le corps
de Weldon tout entier s'était embrasé.
Mackenzie, tétanisé, demeura immobile quelques
secondes, incapable d'analyser, de comprendre cette vision
extraordinaire. Il ne parvenait à s'expliquer le phénomène dont il
était le seul témoin direct, et son esprit cartésien se heurta aux
seules interprétations surnaturelles qu'il aurait pu envisager.
Pourtant, il ne rêvait pas : Weldon, encore debout devant
l'autel de pierre, était en train de prendre feu et semblait
attendre la mort, résigné.
Quand Ari sortit de sa torpeur, il se précipita
vers le Docteur, conscient cependant qu'il ne pourrait rien faire,
et quand il fut à sa hauteur, il ne put que regarder le vieil homme
tomber, sans un cri, le corps noirci et mangé par les
flammes.
L'analyste s'écroula sur les genoux, abasourdi. Il
n'aurait su dire combien de temps il resta ainsi, assommé par
l'image de cette scène apocalyptique. Le temps, tout simplement,
avait cessé de lui paraître tangible.
Quand Vlaeminck le rejoignit enfin, le soleil
s'était légèrement levé à l'horizon et l'angle de ses rayons avait
cessé de faire briller le grand cercle de pierres. La montagne
avait retrouvé une couleur normale.
L'agent du SitCen se précipita auprès de Mackenzie.
Devant eux, le cadavre calciné de Weldon était encore parcouru de
petites flammes, comme des feux follets qui lui dansaient sur le
corps.
— Que… Que s'est-il passé ? balbutia le
Belge.
— Je ne sais pas, avoua Mackenzie, le regard
sidéré.
— Il s'est immolé ?
— Je ne sais pas, répéta Ari d'une voix
monocorde.
Le vent, lentement, commençait à s'adoucir. C'était
comme si la dépression était passée, emportant avec elle l'âme du
vieil homme. Pour toujours.