1.
J’ai frappé à la porte vitrée du bureau de Stu Kirkwood, coupant court à son café et à son beignet du matin. J’ai balancé devant lui le cliché de surveillance du motard arborant le lion à queue de serpent.
— J’ai besoin de savoir à quoi ça rime. Et fissa, Stu.
J’ai fait suivre la photo de deux autres versions de la même image : l’autocollant à l’arrière de la fourgonnette blanche et un Polaroid du mur du sous-sol où l’on avait tué Estelle Chipman. Lion, chèvre, queue de serpent ou de lézard.
Kirkwood s’est raidi.
— Aucune idée, m’a-t-il dit en relevant la tête.
— C’est notre assassin, Stu. Alors, on fait comment pour le retrouver ? J’ai pensé que c’était ta spécialité.
— Je t’ai déjà dit que les tabassages de pédé, c’est davantage dans mes cordes. On pourrait envoyer ces photos par e-mail à Quantico.
— D’accord, ai-je acquiescé. Ça prendra longtemps ?
Kirkwood s’est redressé.
— Je connais un chef de recherche là-bas avec lequel j’ai fait un séminaire. Laisse-moi passer un coup de fil. — Fais vite, Stu. Tu finiras ton beignet après. Et mets-moi au courant dès que tu auras une réponse. À l’instant même.
En haut, j’ai poussé Jacobi et Cappy dans mon bureau. J’ai fait glisser vers eux le dossier Templiers de Kirkwood et une copie de la photo du motard.
— Vous reconnaissez l’artiste, les mecs ?
Cappy a examiné la photo et m’a lancé un coup d’œil.
— Tu crois que ces cloportes ont quelque chose à voir avec cette affaire ?
— Je veux savoir où sont ces types, ai-je répondu. Et je veux que vous soyez prudents. Cette bande a trempé dans des trucs à côté desquels ce qui s’est passé à La Salle Heights n’est qu’une partie de paintball. Trafic d’armes, coups et blessures, meurtres commandités. Selon le dossier, ils opèrent à partir d’un bar, là-bas, à Vallejo, du nom de Perroquet Bleu. Je ne veux pas que vous y fassiez une descente comme s’il s’agissait d’interpeller un maquereau sur Geary. Et ne l’oubliez pas, ce n’est pas notre secteur.
— On a pigé, lieutenant, m’a fait Cappy. Pas de vagues. Rien qu’une journée à la cool. Ça va être sympa de quitter la ville.
Il a ramassé le dossier et tapé sur l’épaule de Jacobi.
— Tes matraques sont dans le coffre ?
— Attention, les mecs, leur ai-je rappelé. Notre tueur est un as de la gâchette.
Une fois Jacobi et Cappy partis, j’ai feuilleté une poignée de messages et j’ai ouvert le Chronicle du matin sur mon bureau. Il y avait un article signé Cindy, avec ce gros titre :
du nouveau dans l’enquête sur la fusillade de l’église, la police songerait à y rattacher la morte d’oakland.
Citant « des sources proches de l’enquête » et des « contacts anonymes avec la police », elle soulignait dans son texte la possibilité que nous ayons étendu notre champ d’investigation, en faisant allusion au meurtre d’Oakland. Je lui avais donné le feu vert, donc permis d’aller jusque-là.
J’ai appelé Cindy en appuyant sur la touche mémoire de mon téléphone.
— La source proche de l’enquête à l’appareil, me suis-je annoncée.
— Impossible. Tu es mon contact anonyme. La source etc., c’est Jacobi.
— Ah merde, ai-je fait en pouffant.
— Tu me vois ravie que tu le prennes avec humour. Écoute, j’ai quelque chose d’important à te montrer. Tu vas à l’enterrement de Tasha Catchings ?
J’ai regardé ma montre. Il était prévu dans moins d’une heure.
— Ouais. J’y serai.
— On se retrouve là-bas, m’a dit Cindy.