Je n’avais plus de nouvelles de Kyle Craig, ce qui ne me surprenait pas tellement. Il avait proféré des menaces terribles, mais aurait déjà pu me tuer s’il l’avait voulu. Il en avait eu l’occasion, dans cette ruelle. Les jours suivants passèrent donc très vite. Beaucoup moins vite, sans doute, pour Damon, qui quittait la maison.
Vint le moment de charger la voiture pour le conduire à la Cushing Academy où il allait vivre son premier semestre. Depuis un certain temps, il exprimait plus facilement ses émotions. Oublié, le Damon cool qui ne laissait jamais rien paraître.
Le trajet jusqu’au Massachussetts nous prit les deux derniers jours. Nous fîmes halte au Red Hat, à Irvington, pour dire bonjour à mon cousin Jimmy et écouter un peu de jazz autour d’une bonne table, puis nous poursuivîmes notre route. J’avais remarqué que moi aussi, j’avais moins peur de montrer mes émotions, et je me disais que c’était peut-être une bonne chose, que j’avais peut-être évolué. Mais ma vie m’inquiétait. Je commençais à me demander si j’avais encore une âme, avec tous ces meurtres, tous ces tueurs que j’essayais de comprendre…
— Tu as bien noté le week-end où toutes les familles sont invitées ? me demanda Damon alors que nous approchions de Sturbridge, Massachussetts.
— Ne t’en fais pas, je l’ai déjà inscrit dans mon agenda. Je débarquerai en fanfare.
— En même temps, si tu es sur une enquête ou quelque chose, je comprendrai.
— Damon.
J’attendis qu’il se tourne vers moi.
— Je serai là quoi qu’il arrive.
— Papa, me dit-il avec un regard très adulte et un petit froncement de sourcils hérité de Nana Mama. Pas de problème, je sais que tu viendras si tu peux.
J’avais presque l’impression de me voir sur le siège passager.
— Tu vas passer une super année, Damon. En classe et sur le terrain de basket. Je suis vraiment fier de toi, à cent pour cent.
— Merci. Je crois que toi aussi, tu vas passer une super année. Occupe-toi de Bree. Elle est bien pour toi. Tout le monde le pense. Mais c’est toi qui décides, bien sûr.
À cet instant, mon portable sonna. Quoi encore ? Et il me vint une idée folle : si je jetais ce maudit téléphone ?
C’est exactement ce que je fis.
Damon m’applaudit, et ce fut le fou-rire, comme si je n’avais jamais rien fait d’aussi drôle. Peut-être était-ce le cas.
Nous arrivâmes à Ashburnham, Massachussetts. L’école était si belle, si somptueuse que, sur le moment, j’eus envie d’y passer moi aussi les quatre prochaines années, histoire de revivre ma jeunesse ou je ne sais quoi.
Un message m’attendait au secrétariat. Il émanait du surintendant Davies. Alex, mauvaise nouvelle. Il y a eu une série de meurtres à Georgetown.
Mais ceci est une autre histoire, que je relaterai un autre jour.