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Alerte ! Une de plus. J’eus le choc de ma carrière de psy, encore relativement jeune, dès le lendemain matin. Avant même ma première consultation. Une annulation de rendez-vous m’avait permis d’arriver au bureau un peu plus tard que d’habitude, peu après sept heures trente. Je sirotais mon café Starbucks, et je pensais encore à ma nuit avec Bree, en espérant qu’il y en aurait bien d’autres.

Ma première patiente, Sandy Quinlan, devait venir à huit heures. Ensuite, je recevais Anthony Demao, le vétéran du Golfe, puis Tanya Pitts, une employée du Pentagone qui souffrait de pensées suicidaires récurrentes. Il aurait fallu qu’elle me voie cinq jours par semaine, voire sept, mais comme elle ne pouvait se payer qu’une seule consultation, j’avais décidé de lui faire cadeau de la seconde.

En entrant dans le hall d’attente, j’eus la surprise de voir que Sandy Quinlan était déjà là.

Ainsi qu’Anthony. Il portait un maillot de corps noir et une grande chemise à manches longues.

Que se passait-il ici ?

Avant qu’ils ne se rendent compte de ma présence, j’eus le temps de voir que la main de Sandy s’agitait sous la chemise d’Anthony.

Elle était en train de le masturber, dans le hall !

Je les interrompis en pleine action.

— Hé, hé, on s’arrête ! Qu’est-ce qui vous prend !

— Oh, mon Dieu ! s’écria Sandy, qui se leva brusquement en se couvrant les yeux. Je suis vraiment désolée. Oh, j’ai tellement honte ! Il faut que j’y aille. Il faut que je m’en aille, Dr Cross.

— Non, vous ne bougez pas. Vous non plus, Anthony. Personne ne va nulle part. Il faut qu’on parle.

Anthony, dont le visage ne laissait rien paraître, marmonna dans son bouc : « Euh, désolé. »

— Sandy, vous voulez bien venir dans mon bureau ? Anthony, je vous verrai quand j’en aurai fini avec Sandy.

Je la fis entrer. Il nous fallut un certain temps pour reprendre nos esprits.

— Sandy, je ne sais même pas quoi vous dire. Vous saviez que j’allais arriver et que je vous surprendrais tous les deux, non ?

— Je sais, balbutia-t-elle. Évidemment. Je suis tellement désolée, Dr Cross.

J’eus presque envie de la plaindre. Presque.

— Avez-vous une explication à me donner ? Ça ne vous ressemble pas.

— Non, ça ne me ressemble pas du tout.

Elle leva les yeux au ciel.

— Je sais que ça a l’air bête, Dr Cross, mais il est… pas mal. Je vous ai dit que j’étais frustrée, sur le plan sexuel. Oh, la, la…

Ses yeux s’embuèrent.

— Je suis vraiment une imbécile. Il faut toujours que je fasse quelque chose pour attirer l’attention.

Je décidai d’essayer une autre approche et me levai pour prendre le deuxième gobelet de café dans mon sac.

— J’ai une question à vous poser. Qu’est-ce que vous en retiriez, vous ?

— Ce que j’en retirais ?

— Je crois voir où était l’intérêt d’Anthony dans cette situation, expliquai-je en me rasseyant. Mais le vôtre ?

Sandy baissa la tête en regardant ailleurs. La question était peut-être trop intime. Curieusement, elle était capable de faire une gâterie à Anthony dans la salle d’attente, mais se sentait maintenant trop gênée pour en parler.

— Rien ne vous oblige à répondre, mais en tout cas vous n’avez pas à vous sentir gênée.

— Non, ça va, je vais vous répondre. C’est juste que ce que vous me dites me fait réfléchir. C’est sûr, dit comme ça, ça a l’air tellement évident, mais… je crois que je ne voyais pas les choses sous cet angle.

Elle se redressa, finit par sourire. Bizarre, me dis-je. Ça ne ressemblait pas à la Sandy que je connaissais.

La suite des événements m’inquiétait davantage encore. En effet, j’avais le sentiment que Sandy et Anthony n’étaient absolument pas faits l’un pour l’autre, mais je ne pouvais rien faire.

Il n’était que huit heures dix, et la journée s’annonçait déjà mauvaise.

Et pis encore à neuf heures.

Anthony avait disparu du hall d’attente. Il m’avait fait faux bond, et je me demandais si je le reverrais un jour.

En votre honneur
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