Le lendemain matin, de bonne heure, le grand Kyle Craig franchit les portes de l’université de Chicago. Il avait adopté ce qui était, selon lui, la tenue d’un prof de fac dans l’exercice de ses fonctions : pantalon mou, tennis, chemise en jean, veste en laine grise, cravate assortie. Craig trouvait l’idée plutôt drôle : lui, en train d’éduquer la jeunesse de ce pays ! Au moins, il s’amusait, contrairement à bien d’autres.
Ayant déjà soigneusement étudié le site Web de l’école, il se rendit directement à la bibliothèque, l’immense Regenstein. Il consulta quelques dossiers de référence et trois minutes plus tard, s’installa dans une salle de lecture attenante pour envoyer un nouveau message à SW. Cette fois-ci, il prit la précaution de dissimuler le texte à l’intérieur d’une photo. En prison, il avait eu tout le loisir de s’initier à l’art de la stéganographie pour préparer son avenir.
Nous nous retrouvons une nouvelle fois, cher ami. J’espère être bientôt dans votre région, ce qui me rappellera d’agréables souvenirs et me permettra, en outre, d’être un peu mieux placé pour apprécier votre œuvre. Vos exploits feront date, après tout, comme les miens. Tout se passe à merveille. Si vous souhaitez que nous nous rencontrions, je serai chez X, à minuit, samedi de la semaine prochaine.
Je comprendrais parfaitement que vous ne soyez pas au rendez-vous. Vous êtes extrêmement occupé. Et quel artiste ! Votre talent m’impressionne et j’attends votre prochaine prestation avec impatience.
Kyle Craig s’arrêta, relut son texte et appuya sur la touche « envoyer », en murmurant : « S’il est incapable de deviner ce que j’entends par chez X, c’est qu’il ne mérite pas de me rencontrer en chair et en os. »