WASHINGTON, DC.
Son premier scénario, un thriller, mettait en scène un soldat irakien et un auteur de romans policiers. Le soldat était devant une luxueuse résidence d’une douzaine d’étages, et songeait : c’est donc ainsi que vivent les gens riches et célèbres. Bêtement, pour le moins, et en tout cas, très dangereusement…
S’il voulait s’introduire dans les lieux, plusieurs possibilités s’offraient à lui.
À l’arrière de la très chic tour Riverwalk se trouvait une entrée de service que les résidents, et même leurs sinistres larbins, n’utilisaient quasiment jamais. Moins exposée aux regards que l’entrée principale ou le parking souterrain, elle était plus vulnérable.
C’était une simple porte blindée, nue, dont le châssis était sous tension.
Toute tentative d’effraction aurait déclenché un signal d’alarme à la conciergerie de l’immeuble, ainsi qu’au siège d’une société de gardiennage, quelques rues plus loin.
Les livraisons, entrées et sorties se faisaient sous l’œil de plusieurs caméras fixes.
À partir de dix-neuf heures, l’utilisation de l’entrée de service était interdite, et on activait les détecteurs de mouvement.
Rien de tout cela ne serait un obstacle, songeait le soldat. Au contraire, il allait en tirer parti.
Yousef Qasim avait été douze ans capitaine dans les services de renseignement de Saddam, le fameux Moukhabarat. Il avait comme un sixième sens dans ce domaine, pour tout ce qui concernait l’illusion de la sécurité. Qasim voyait ce que les Américains étaient incapables de voir : l’amour de la technologie les avait rendus complaisants et aveugles au danger. Le meilleur moyen de pénétrer à l’intérieur du Riverwalk était aussi le plus facile.
La solution, c’était les ordures. Qasim savait que le camion passait les lundi, mercredi et vendredi après-midi, sans exception. L’efficacité, si prisée aux États-Unis, était aussi l’un des points faibles de la résidence.
Efficacité rimait avec régularité.
Et régularité avec vulnérabilité.