48

Il redescendit pour dire au revoir à sa maman, après s’être débarrassé du masque en silicone. Il l’avait porté pendant presque tout le trajet depuis la prison de Florence, mais mieux valait ne pas tenter le diable. Sans doute avait-il également pris quelques risques en venant ici, mais peu de gens savaient où séjournait sa mère et il avait besoin de l’argent, pour ses projets, pour faire en sorte que ses cauchemars deviennent réalité.

Sans faire de bruit, il se glissa jusqu’à Miriam qu’il avait ficelée sur le vieux fauteuil inclinable de son père, dans la pièce familiale, juste devant l’immense cheminée. Tant de souvenirs étaient liés à ce lieu. Son père, le général, qui hurlait, hurlait à s’en faire exploser les veines, et qui l’avait frappé combien de fois… Et Miriam qui ne disait jamais un mot, qui avait toujours fait semblant de ne rien savoir de ces insultes, de ces coups, de ces années de maltraitance constante.

— Bou, maman ! fit-il en surgissant derrière elle, comme pour lui faire peur.

Se souvenait-elle qu’il faisait exactement la même chose quand il était petit, quand il avait cinq ou six ans ? Bou, maman ! Tu veux bien t’intéresser un peu à moi ?

— Bon, j’ai fait le plus gros de ce que j’avais à faire dans le Colorado. On me recherche, tu sais, alors il vaudrait peut-être mieux que je reprenne la route. Oh, ma pauvre, tu trembles comme une feuille. Écoute, ma chérie, tu ne risques absolument rien ici, dans ta forteresse. Il y a des alarmes partout. Et même un système pour faire fondre la neige sur la façade et dans l’allée.

Il se pencha sur elle, sentit des effluves de lavande, et ce fut comme s’il revivait les cauchemars d’autrefois, les terribles injustices de son enfance.

— Je ne vais pas te tuer, Dieu du ciel, non. Est-ce à cela que tu pensais ? Non, non, non ! Je veux que tu regardes ce que je vais faire à partir de maintenant. Pour moi, tu es un témoin important. Je m’efforce de vous faire honneur, à toi et à papa. À ce propos, dis-moi une chose : savais-tu qu’il me battait presque tous les jours, quand j’étais petit ? Tu le savais ? Dis-le moi. Ça restera entre nous. Je ne vais pas aller le raconter sur un plateau de télé, je n’ai pas l’intention de publier mes mémoires. Je ne suis pas comme James Frey ou Augusten Burroughs, ces gens qui aiment tout déballer en public.

Elle mit une bonne minute à répondre.

— Kyle… je ne… je n’étais pas au courant. De quoi parles-tu ? Il a toujours fallu que tu inventes des choses.

Il la regarda avec un grand sourire.

— Ahhhh, me voilà soulagé.

Puis il sortit un Beretta, l’une des armes que Mason Wainwright avait pris soin de laisser dans sa voiture.

— J’ai changé d’avis, maman. Désolé. Il y a tellement longtemps que j’ai envie de faire ça. J’en crevais d’envie. Maintenant, regarde. Regarde bien le petit trou noir au bout du canon. Tu le vois ? Ce minuscule gouffre éternel ? Regarde le trou, regarde le trou, regarde le gouffre et…

Bang !

Il tira entre les deux yeux, puis pressa encore deux fois la détente, pour faire bonne mesure. Ensuite, il laissa sur place quelques indices à l’intention des enquêteurs qui, un jour ou l’autre, finiraient par débarquer.

Indice n° 1 : dans la cuisine, une bouteille à moitié pleine de sauce barbecue Arthur Bryant.

Indice n° 2 : sur la commode de la chambre, une carte de vœux Hallmark vierge.

Évidemment, ce n’était pas facile, mais ces indices pourraient malgré tout aider les limiers lancés à sa poursuite.

S’ils étaient doués.

Si Alex Cross faisait partie de l’équipe.

— Essayez donc de m’attraper, monsieur l’inspecteur. Si vous parvenez à résoudre toutes les énigmes, les crimes cesseront. Toutefois, j’en doute. Je peux me tromper, mais je ne crois pas que quiconque puisse me capturer à deux reprises.

En votre honneur
titlepage.xhtml
cover.html
ident1.html
ident1-1.html
ident1-2.html
ident1-3.html
p1.html
p1chap1.html
p1chap2.html
p2.html
p2chap1.html
p2chap2.html
p2chap3.html
p2chap4.html
p2chap5.html
p2chap6.html
p2chap7.html
p2chap8.html
p2chap9.html
p2chap10.html
p2chap11.html
p2chap12.html
p2chap13.html
p2chap14.html
p2chap15.html
p2chap16.html
p2chap17.html
p2chap18.html
p2chap19.html
p2chap20.html
p2chap21.html
p2chap22.html
p2chap23.html
p2chap24.html
p2chap25.html
p2chap26.html
p2chap27.html
p2chap28.html
p2chap29.html
p2chap30.html
p3.html
p3chap1.html
p3chap2.html
p3chap3.html
p3chap4.html
p3chap5.html
p3chap6.html
p3chap7.html
p3chap8.html
p3chap9.html
p3chap10.html
p3chap11.html
p3chap12.html
p3chap13.html
p3chap14.html
p3chap15.html
p3chap16.html
p3chap17.html
p3chap18.html
p3chap19.html
p3chap20.html
p3chap21.html
p3chap22.html
p3chap23.html
p3chap24.html
p3chap25.html
p3chap26.html
p3chap27.html
p3chap28.html
p3chap29.html
p3chap30.html
p3chap31.html
p3chap32.html
p3chap33.html
p3chap34.html
p3chap35.html
p3chap36.html
p3chap37.html
p3chap38.html
p3chap39.html
p3chap40.html
p4.html
p4chap1.html
p4chap2.html
p4chap3.html
p4chap4.html
p4chap5.html
p4chap6.html
p4chap7.html
p4chap8.html
p4chap9.html
p4chap10.html
p4chap11.html
p4chap12.html
p4chap13.html
p4chap14.html
p4chap15.html
p4chap16.html
p4chap17.html
p4chap18.html
p4chap19.html
p4chap20.html
p4chap21.html
p4chap22.html
p4chap23.html
p4chap24.html
p4chap25.html
p4chap26.html
p4chap27.html
p5.html
p5chap1.html
p5chap2.html
p5chap3.html
p5chap4.html
p5chap5.html
p5chap6.html
p5chap7.html
p5chap8.html
p5chap9.html
p5chap10.html
p5chap11.html
p5chap12.html
p5chap13.html
p5chap14.html
p5chap15.html
p5chap16.html
p5chap17.html
p5chap18.html
p5chap19.html
p5chap20.html
p5chap21.html
p5chap22.html
p5chap23.html
p5chap24.html
p5chap25.html
p5chap26.html
p5chap27.html
p5chap28.html
p5chap29.html
p6.html
p6chap1.html