— Tu t’occupes du feu, proposa Bree. Et moi, je m’occupe de l’aménagement de la suite royale.
Je lui fis un clin d’œil.
— Je suis déjà en feu, si tu vois ce que je veux dire…
— Patience. Ça en vaut la peine. J’en vaux la peine, Alex. Pour l’instant, n’oublions pas la devise du chef scout : rien de grand ne s’improvise.
— Je n’ai jamais été scout, rétorquai-je. Et je suis trop excité pour être scout maintenant.
— Patience. Pour ne rien te cacher, moi aussi, je suis excitée.
Tandis que j’allais chercher du petit bois, Bree vida le coffre. À côté de son équipement, le matériel que j’avais récupéré au grenier avait l’air de sortir d’un magasin d’antiquités. Il ne lui fallut que quelques minutes pour monter une tente ultralégère dans laquelle elle installa un matelas gonflable, une couverture polaire et deux lampes à gaz. Elle avait même emporté un système de filtration, au cas où nous aurions envie de boire l’eau d’un torrent. Pour finir, elle accrocha sous l’auvent de la tente un joli petit carillon tibétain.
Pour ma part, j’avais prévu dans ma glacière, prêtes à griller, deux queues de langouste et deux belles entrecôtes bien persillées, dans leur marinade. Certes, nous risquions d’attirer des ours noirs, mais pour nous, pas question d’aliments déshydratés.
— Tu as besoin d’un coup de main ?
Mon feu était bien parti, et les étincelles fusaient vers le ciel. Bree venait de sortir de la voiture une bâche en nylon, sans doute pour nous procurer un peu d’ombre.
— Oui, je veux bien que tu ouvres la bouteille de cabernet. On y est presque.
Il ne lui fallut qu’un instant pour suspendre la toile à trois branches avec des nœuds coulissants, de manière à pouvoir régler la hauteur de notre parasol improvisé.
— Il faudra être prudent avec les provisions, me dit-elle. À cause des pumas et des ours, tu sais. Il y a des ours, dans le coin.
— C’est ce qu’on dit.
Je lui tendis un verre de vin.
— Tu sais que tu fais une parfaite maîtresse de maison.
— Et je suis sûr que toi, tu cuisines très bien.
Il m’arrivait de ne pas saisir tout ce que Bree me disait quand j’étais sous le charme de ses yeux noisette. C’était la première chose que j’avais remarquée chez elle. Certaines personnes ont des yeux extraordinaires. Évidemment, en ce moment, il n’y avait pas que les yeux qui me déconcentraient. Bree avait déjà envoyé balader ses chaussures, elle était en train de déboutonner ses manches. Puis la chemise. Elle était là, en slip et en soutien-gorge bleu ciel et moi, j’avais déjà oublié ses yeux, pourtant si beaux.
Elle me rendit le verre.
— Tu sais ce qui est génial, ici ?
— Non, pas vraiment, mais je pense que je vais bientôt être fixé. C’est ça ?
— C’est exactement ça.