Je m’étais avancé. Je reconnaissais la moitié des personnes présentes dans la salle ; les autres, pour la plupart, avaient sans doute déjà entendu parler de moi. Durant des années, j’avais pris part à toutes les grandes enquêtes criminelles de la police de Washington, et voilà que je réapparaissais. En tant que bénévole ? Pour donner un coup de main à l’inspecteur Bree Stone ? Quel était mon véritable statut ?
— Une évidence s’impose, commençai-je. Il va commettre d’autres meurtres, ou en tout cas il va vouloir le faire. À première vue, sa signature est celle d’un terroriste, mais il y aussi des tendances répétitives. Je distingue déjà un schéma très net.
— Pourriez-vous être plus précis, Alex ? demanda quelqu’un.
Bree me fit signe de continuer.
— Disons qu’il a ouvert les enchères avec un homicide individuel. Il pourrait s’agir d’un simple échauffement, avant un coup plus important, mais je ne le crois pas. Il pourrait très bien ne s’attaquer chaque fois qu’à une seule personne.
— Pourquoi ?
— Excellente question, et je pense avoir la réponse. Selon moi, il ne tient pas à ce que ses activités lui fassent de l’ombre. Tout tourne autour de lui, pas de ses victimes. En dépit de ses déclarations, il est fondamentalement narcissique. Il veut absolument devenir célèbre, et peut-être est-ce pour cela qu’il m’a « invité », en quelque sorte, à participer à cette enquête. Peut-être est-ce lui qui a déposé les cartes de vœux anonymes retrouvées sur la scène de crime. Nous sommes en train de les analyser et nous verrons ce qu’il faut en déduire. Nous nous intéressons également aux romans publiés par Mme Olsen.
— Et ses motivations ? voulut savoir Richter. L’hypothèse de la piste politique est-elle toujours privilégiée ?
— Oui et non. Pour l’instant, nous partons du principe qu’il est né en Irak, ou est d’origine irakienne, qu’il a fait ses armes dans la police ou dans l’armée, voire les deux. Le FBI pense qu’il a passé plusieurs années, si ce n’est toute sa vie, aux États-Unis. D’une intelligence supérieure à la moyenne, extrêmement discipliné, il est sans doute, effectivement, anti-américain. Et, cependant, nous avons des raisons de croire que ses revendications politiques pourraient être un mode d’expression plus qu’un but en soi.
— Pour exprimer quoi ? lâcha sèchement Richter, qui savait pourtant très bien que nous possédions bien peu de réponses pour l’instant.
— Un besoin de tuer, peut-être. On a le sentiment qu’il aime ce qu’il fait. Et surtout, qu’il aime être sous le feu des projecteurs.
Tout comme vous, Thor.
Et comme moi, peut-être.