L’heure était venue de lancer le deuxième scénario.
Ce soir-là, au Kennedy Center, neuf cent cinquante-cinq personnes se dirigeaient sagement vers leurs confortables fauteuils. Pareils à des stalactites, dix-huit lustres de cristal d’une tonne chacun illuminaient le grand foyer, une salle immense, longue de près de deux cents mètres, au centre de laquelle trônait un gigantesque buste de bronze du grand président Kennedy, qui jamais, de son vivant, n’avait paru aussi sévère.
Trente-sept machinos s’activaient dans les coulisses. Une équipe impressionnante. Et coûteuse.
Pas moins de dix-sept comédiens se partageaient les planches.
Et sous la scène, tout seul, un personnage attendait tranquillement.
Le Dr Xander Swift.
Dans l’après-midi, à quinze heures, il était arrivé par l’entrée des artistes. Il lui avait suffi d’exhiber une grosse boîte à outils et d’ânonner quelques phrases au sujet de la chaudière. La boîte renfermait ses accessoires.
Un pistolet.
Un pic à glace, au cas où.
Un chalumeau à gaz butane.
De l’éthanol.
Plus de cinq heures s’étaient écoulées, et le grand acte allait bientôt commencer. Au-dessus de sa tête, la pièce suivait son cours, devant une salle comble. Amateurs de théâtre, fans de comédies dramatiques et de suspense, ils étaient tous là.
Dans la scène en cours, Matthew Jay Walker s’adressait, en parlant un peu comme un robot, à un autre personnage, par écrans interposés. Walker était vraiment très beau, c’est certain, mais pas aussi grand qu’on aurait pu le croire. Et il avait tout de l’enfant gâté. Son agent avait exigé une corbeille de fruits frais exotiques, des bouteilles d’Évian et une maquilleuse personnelle. Mais Walker allait enfin faire la connaissance de l’autre vedette du spectacle.
— Bonsoir, Matthew Jay ! lança le Dr Swift. Je suis là… juste derrière toi.
L’acteur se retourna et, incrédule, ou plutôt effaré, vit la trappe qui ne devait servir qu’au deuxième acte s’ouvrir brutalement.
— Mais…
— Mesdames et messieurs, veuillez pardonner cette interruption, déclama le Dr Xander Swift d’une voix impérieuse qu’on entendit jusqu’au fond de la salle. Pouvez-vous m’accorder votre attention, toute votre attention, votre totale et entière attention ? C’est une question de vie ou de mort.