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Je me demandais pourquoi Kyle avait épargné George Wolff et les trois enfants. Peut-être ne voulait-il pas se disperser. Il avait prévu de s’attaquer au juge Nina Wolff, et à elle seule. Qu’allait-il faire ensuite ? Quand finirait-il par sonner à ma porte, par surgir dans ma maison ?

Ce matin-là, Sandy Quinlan avait rendez-vous à huit heures, mais elle ne vint pas. Cela ne fit qu’accroître mon malaise. Voilà que mon cabinet de psy commençait, lui aussi, à battre de l’aile.

J’étais un peu inquiet, car Sandy n’avait encore jamais manqué une consultation. J’attendis une bonne heure, puis Anthony Demao me fit faux bond à son tour. Qu’est-ce qu’ils trafiquaient, ces deux-là ? Que pouvait-il encore m’arriver aujourd’hui ?

Après avoir patienté aussi longtemps que je le pouvais, j’appelai Bree pour lui dire que je passais la prendre. En milieu d’après-midi, nous devions partir dans le Montana, via Denver, pour aller jeter un œil sur le chalet de Tyler Bell. Il nous paraissait indispensable de l’inspecter nous-mêmes.

En sortant de l’immeuble, je faillis bousculer Sandy Quinlan. Elle était sur le trottoir, juste devant la porte, entièrement vêtue de noir, le visage en sueur, haletante.

— Sandy, que se passe-t-il ? lui demandai-je en m’efforçant de rester calme. Où étiez-vous ?

— Oh, Dr Cross, j’avais peur de vous manquer. Excusez-moi de ne pas vous avoir appelé.

Elle me fit signe de me rapprocher de la rue.

— J’étais venue vous dire… que je partais.

— Vous partez ?

— Je retourne dans le Michigan. Je ne me sens pas à l’aise, ici, à Washington, et, entre nous, je suis venue pour les mauvaises raisons. Je veux dire, d’accord, j’ai rencontré quelqu’un, mais quel intérêt si je déteste la ville ?

— Sandy, pourrait-on caler une dernière consultation avant votre départ ? À la première heure, lundi matin ? Je dois m’absenter, sans quoi je vous aurais reçue ce week-end.

Elle sourit. Jamais je ne l’avais vue aussi confiante. Puis elle secoua la tête.

— Je suis juste venue vous dire au revoir, Dr Cross. J’ai bien réfléchi, je sais ce que je dois faire.

— Bon, d’accord.

Je voulus lui serrer la main, mais elle m’ouvrit les bras, et son geste me parut étrange, forcé, presque théâtral.

— Je vais vous dire un secret, me chuchota-t-elle à l’oreille. J’aurais bien aimé vous rencontrer ailleurs, mais pas en tant que psy.

Et elle se dressa sur la pointe des pieds pour m’embrasser sur la bouche. Ses yeux s’écarquillèrent, comme les miens, sans doute, et elle rougit, avant de lâcher, comme une ado :

— Je n’arrive pas à croire que j’aie fait ça.

— Oh, je pense qu’il y a début à tout.

J’aurais pu mal réagir, mais à quoi bon ? Elle retournait dans le Michigan, et c’était peut-être aussi bien ainsi.

Après un bref silence gêné, elle fit un signe du pouce, par-dessus l’épaule.

— Vous me raccompagnez jusqu’à ma voiture ?

— Je suis garé en face, répondis-je.

Elle inclina la tête avec un petit air timide.

— C’est moi qui vous raccompagne, alors ?

Je pris cela comme un compliment, en riant.

— Au revoir, Sandy. Et bonne chance dans le Michigan.

En guise d’adieu, elle agita les doigts et me lança un petit clin d’œil.

— Bonne chance à vous, Dr Cross.

En votre honneur
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