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Kyle changea trois fois de taxi pour rentrer à son hôtel, à deux pas de Michigan Avenue. Il se sentait fébrile pour de multiples raisons, entre autres de se retrouver à Chicago, en toute liberté. C’était l’une de ses villes préférées ; il la trouvait bien plus propre, bien plus branchée que New York, Los Angeles ou même Washington.

Dans le troisième taxi qui remontait l’avenue assez encombrée, il se fit la réflexion que la liberté était vraiment un concept formidable, surtout pour un homme ayant occupé l’une des minuscules cellules de l’ADX Florence. La vie du détenu, là-bas, s’apparentait à une étrange et cruelle punition, une lente agonie, une mort par suffocation, au fil des ans. Tel un organisme vivant, cette prison dite de très haute sécurité broyait littéralement ses occupants.

Mais aujourd’hui, il était libre.

Il avait des choses importantes à faire. Il devait notamment réaliser un projet des plus excitants : se venger de toutes les personnes qui lui avaient fait du mal. Toutes sans exception. La vengeance – faire mal, voire torturer ceux et celles qui l’avaient offensé – avait toujours joué un rôle primordial dans sa vie, et cela n’avait pas changé. Peut-être mettrait-il des années à accomplir son projet, mais c’était son chef-d’œuvre, après tout.

Kyle songea un instant à SW. Il avait en fait croisé son chemin la première fois alors qu’il était encore au FBI. Le tueur travaillait sur la côte Ouest. Comédien, il vivait de petits rôles et commettait un meurtre de temps à autre. Kyle avait fait le lien entre cet homme et différents crimes perpétrés à Sacramento, Seattle et Los Angeles. Il l’avait contacté deux fois, par mail. Puis, à sa grande surprise, il avait lui-même été arrêté. Paradoxalement, il lui avait fallu connaître la prison pour découvrir qu’il avait autant de fans… et d’imitateurs. Ce qui était, somme toute, assez logique. Une fois le Cerveau sous les verrous, sachant enfin où il se trouvait, les plus intelligents avaient trouvé le moyen de le contacter.

Mais ressasser le passé n’avait rien de passionnant, il en avait assez. Quelle foire aux zombies ! se dit-il en regardant les passants derrière la vitre de son taxi qui roulait à bonne vitesse. Il aurait bien aimé en tuer quelques-uns, mais il s’était fixé un programme et devait s’y tenir.

À l’hôtel, personne ne lui prêta la moindre attention. Ni respect ni manque de respect, ce qui était sans doute une bonne chose. Non ? Il s’était rasé le crâne et portait presque tout le temps l’une des six prothèses faciales qu’il transportait dans sa valise.

Il monta à sa chambre en pensant encore à SW et à ce qu’il lui préparait, glissa sa carte magnétique dans la serrure, et entendit quelqu’un à l’intérieur.

Comment ? De la visite ? Il avait pourtant laissé sur la porte le carton NE PAS DÉRANGER.

Il sortit son arme, un petit Beretta facile à dissimuler sous ses vêtements amples.

Oui, il y avait bien quelqu’un dans la chambre. Intéressant. Qui était-ce ? Alex Cross ? Non, ce n’était même pas envisageable. SW ? Ici, à Chicago ? Peu probable. La police de Chicago ? Voilà qui était plus vraisemblable.

Il entra dans la pièce et vit une femme de ménage, une jeune Noire, passer l’aspirateur tout en écoutant son iPod, coupée du monde. Qui le lui aurait reproché ? Elle était pas mal, en fait. Forte poitrine, jambes longues et minces, pieds nus sur la moquette. La peau bien lisse, une queue de cheval serrée. Ça lui avait tellement manqué, en prison, chaque jour, plusieurs fois par jour.

— Ex… excusez-moi, balbutia la jeune femme en le voyant.

Il avait glissé le Beretta dans sa ceinture, dans le dos. À quoi bon terroriser cette pauvre fille ?

— Oh, il n’y a pas de problème. Terminez ce que vous êtes en train de faire.

Il rengaina discrètement son arme dans l’étui, sous sa veste, et sortit son pic à glace. Le tripota comme Humphrey Bogart avec ses billes d’acier dans Ouragan sur le Caine.

— Vous êtes trop mignonne pour travailler ici comme ça, à faire le ménage. Excusez-moi si vous trouvez que c’est une insulte. J’oublie les bonnes manières, ces temps-ci.

Sans le regarder, la fille bredouilla :

— Je… je reviendrai plus tard.

— Eh non, vous ne reviendrez pas. Il n’y a pas de vie après la mort.

Et en murmurant : « En mon honneur », il lui frappa la poitrine une fois, deux fois, par souci de symétrie, pour la beauté du geste, pour le plaisir. Il se fit la réflexion qu’elle lui rappelait l’une des fiancées d’Alex Cross. Et il la poignarda encore.

Avant de quitter définitivement la chambre, il laissa même sur place un autre petit indice, une figurine, avec tête à ressort, du grand hors-la-loi Jesse James.

Jesse James ! Qui pourrait comprendre ?

À moins d’être complètement givré ?

En votre honneur
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