21

En chemin, comme l’avait suggéré Wendy Timmerman, nous fîmes une halte dans une épicerie. Nous ne pûmes résister au besoin d’échanger quelques baisers frustrés dans la boutique, puis dans la voiture, mais déjà le devoir nous rappelait à lui. Maudite soit la vie de flic. Question âge, Jeffery Antrim me parut plus proche de Damon que de moi, mais il se montra assez sympa et nous laissa entrer dès qu’il vit les bières. Sa réputation de « petit génie » me laissait perplexe, mais quand je vis son minuscule appartement, un véritable laboratoire où il n’y avait pratiquement pas de place pour les meubles, mes doutes se dissipèrent. Le matériel électronique empilé un peu partout devait valoir une fortune. L’avait-il piqué dans les locaux du FBI ?

Nous passâmes quelques heures sur des chaises dépareillées, le temps de régler son compte au deuxième pack de bières que j’avais apporté, pendant que Jeffery analysait la cassette dans la pièce d’à côté. Et il nous appela plus tôt que je ne le prévoyais pour nous montrer ce qu’il avait trouvé.

— Et voilà le travail ! Sur la piste déjà effacée, il n’y a presque que des ombres, alors j’ai capturé tout ce que je pouvais et je l’ai numérisé. Ça ne vous embête pas, je suppose, un composite d’images désentrelacées ?

— Je crois que ça dépend, répondit Bree.

— De quoi ?

— De ce que vous venez de dire. C’est quoi, ce charabia ? Vous parlez anglais ? Espagnol, peut-être ? Je me débrouille, en espagnol.

Jeffery sourit.

— Bon, c’est parti. Regardez ça. Je peux toujours revenir en arrière si vous voulez.

Il pianota encore quelques lignes de commande.

— Je suis en train de vous faire des tirages, mais vous pouvez tout voir là-dessus. Ouvrez bien l’œil.

Nous nous penchâmes sur l’un des petits écrans du mur d’appareils électroniques qui occupait la moitié de son bureau.

L’image était effectivement très sombre, mais on en distinguait malgré tout les détails. Et, immédiatement, nous reconnûmes la scène.

— Oh, merde, souffla Bree. Là, je n’y comprends plus rien.

— Ce ne serait pas Abou Ghraib ? fit Jeffery, posté derrière nous. C’est ça, hein ?

Le scandale de la prison d’Abou Ghraib, en Irak, remontait à plusieurs années. Il avait laissé des traces à Washington et dans le monde entier. Apparemment, le tueur du Riverwalk l’avait toujours en mémoire, lui aussi.

Il était difficile de savoir si l’image affichée sur l’écran était une photo ou l’extrait d’un journal télévisé, mais, à ce stade, cela n’avait guère d’importance. Et si certains détails demeuraient flous, je pouvais compléter de mémoire. Une femme de l’armée américaine, en treillis, dans un grand couloir desservant des cellules. À ses pieds, à même le sol, un prisonnier irakien nu, la tête cagoulée.

Il était à quatre pattes. La posture que Tess Olsen avait dû prendre, sous la menace de son agresseur.

Et sa geôlière le tenait en laisse, comme un chien.

Bree, incrédule, ne quittait plus l’écran des yeux.

— Dites-moi, Jeffery, vous avez du café dans votre cuisine miniature, ou je vais en chercher maintenant ?

En votre honneur
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