Le pire est encore à venir ! C’était une phrase qu’il avait entendue bien avant d’être capturé par Alex Cross. Il venait de tuer un journaliste du Washington Post spécialisé dans les affaires criminelles, qui lui avait honteusement manqué de respect, ainsi que la femme de ce connard arrogant. Il avait prévu de faire mieux que les grands esprits de son temps, les Gary Soneji, les Geoffrey Shafer, les Casanova, dont il avait été le coauteur, pour ainsi dire. Mais le plus important, pour lui, était de se surpasser lui-même, de croître, d’évoluer, d’atteindre les sommets de son art, de suivre son rêve.
Soudain, il se rappela autre chose. C’était un souvenir très douloureux, remontant à son arrestation. Au moment de l’interpellation, Alex Cross lui avait cassé deux incisives ! On l’avait vu dans cet état sur les photos publiées par les journaux et magazines de toute la planète, dans tous les journaux télévisés.
Édenté.
Comme un imbécile.
Comme un SDF, comme une épave.
Et cette femme, qui s’était publiquement moquée de lui ! Qui avait osé lui hurler en pleine face qu’il ne reverrait jamais le soleil. Qui s’en était vantée, ensuite, devant toutes sortes de témoins. Qui avait même écrit un livre prétentieux que le Washington Post, toujours aussi peu inspiré, avait qualifié de « tableau saisissant de la justice criminelle ».
C’était donc ici que vivait le juge Nina Wolff, dans cette sinistre maison d’époque en brique rouge, dans le quartier de la Cité de Fairfax ? Décidément, les cours de morale, ça ne payait pas.
Kyle se dirigea vers la maison, emportant une petite bombe de peinture qu’il secoua violemment. Car il était furieux, et à juste titre. Le juge Nina Wolff lui avait volé quatre années de sa vie.
Maintenant, Kyle savait que son heure avait enfin sonné.
SW appartenait déjà au passé.
À partir.
De.
Cet instant.
C’était lui le chef.
Comme avant.
Il braqua sa bombe et inscrivit le message.