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Je vis le voyant de mon téléphone clignoter, mais je ne décrochais jamais pendant une consultation. Je tentai de faire abstraction, mais très vite un sentiment d’urgence me gagna.

— Qui c’est, la femme que j’ai croisée en arrivant ? Une autre dérangée comme moi ?

Mon nouvel emploi du temps m’avait contraint à resserrer mes rendez-vous et Anthony Demao se montrait toujours aussi irrévérencieux, ce qui ne me le rendait pas moins sympathique.

— Vous n’êtes ni l’un ni l’autre dérangés, répondis-je. Enfin, ça ne se voit pas trop en tout cas.

— Elle est peut-être folle, même si ça ne se voit pas trop, mais elle est canon. Elle m’a souri. Enfin, je crois que c’était un sourire. Elle est timide, hein ? On dirait qu’elle est timide.

Il parlait de Sandy Quinlan, ma chère institutrice. Elle avait beaucoup de charme, et c’était quelqu’un de bien. Légèrement fêlée, peut-être, mais qui ne l’était pas ?

Je changeai de sujet. Anthony n’était pas là pour parler de mes autres patients.

— La dernière fois, vous aviez commencé à me parler de l’avancée de votre unité sur Bassora. Peut-on évoquer le sujet aujourd’hui ?

— Bien sûr. (Haussement d’épaules.) Je suis ici pour ça, non ? Votre boulot, c’est de nous réparer le ciboulot.

Après le départ de Demao, je pus enfin écouter mes messages. Je réussis à joindre Bree sur son portable.

— Tu m’appelles juste au bon moment, me dit-elle. Je suis en voiture avec Sampson. On passe te prendre. Devine quoi ? Il semblerait que tu aies encore vu juste. Tu dois en avoir marre.

— À quel sujet ?

— La théorie de l’imitateur. Les deux gosses tués au-dessus de l’autoroute. C’est ce qu’affirme SW, en tout cas. Il revendique le double meurtre de FedExField, mais pas ceux de la passerelle.

— Il sait de quoi il parle.

Rendez-vous dans la Septième Rue. Je montai à l’arrière du Highlander de Bree. Elle démarra en trombe.

— Où allons-nous ?

Elle commença à tout m’expliquer, mais je dus l’interrompre :

— Attends, il a cité ton nom ? Il te connaît aussi ? Que peut-on faire ?

— Rien pour l’instant. Je dois tout de même avouer que, du coup, j’ai l’impression d’être une femme hors du commun. Et toi ? Tu t’estimes flatté ?

Sampson me regarda d’un air vaguement compatissant, comme pour me faire comprendre qu’il avait déjà eu le même échange avec Bree, avec le même résultat. Elle n’était pas du genre à exprimer sa peur, en tout cas pas devant moi.

— Au fait, ajouta-t-elle, il prétend s’être inspiré de modèles. Est-ce que des noms te viennent à l’esprit ?

— Kyle Craig, fis-je instinctivement. Il faut que je réfléchisse un peu.

Kitzmiller avait donné à Bree le nom de Braden Thompson, analyste-système de Captech Engineering. Nous nous garâmes en double file devant le siège de la société, un immeuble moderne sans le moindre charme.

L’accueil se trouvait au troisième étage.

— Braden Thompson ? demanda Bree en collant sa plaque et sa carte sous le nez de la réceptionniste.

La jeune femme décrocha son téléphone, le regard toujours braqué sur l’écusson d’acier.

— Je vais voir s’il est disponible.

— Non, non, il est disponible, faites-moi confiance. Dites-moi juste où est son bureau. On le trouvera. Enquêter, c’est notre spécialité.

Une certaine effervescence régnait à l’étage. Nous marchions tranquillement, sans faire de bruit, mais, à notre passage, les secrétaires tournaient la tête, les portes s’entrouvraient, les employés nous regardaient comme si nous apportions leur déjeuner.

À la porte d’un bureau, côté nord, une plaque en plastique blanc était gravée au nom de Thompson. Bree entra sans frapper.

— Puis-je vous aider ?

Braden Thompson avait la gueule de l’emploi. C’était un type d’une quarantaine d’années, blanc, avec un petit ventre, une chemisette et une cravate que j’imaginais du genre à élastique.

— Monsieur Thompson, nous aimerions vous parler. Nous sommes de la police de Washington.

Il nous regarda, moi et Sampson.

— Tous les trois ?

— Absolument, répondit Bree, impassible. Vous êtes quelqu’un d’important.

Et elle avait raison. Aucun de nous n’aurait voulu manquer ce petit entretien.

En votre honneur
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