— Brady, tout va bien ? couina une voix de femme derrière nous.
— Oui, oui, mademoiselle Blanco. Pas de problème. Merci, Barbara.
Il nous fit signe d’entrer.
— Veuillez fermer la porte, s’il vous plaît.
Dès que nous fûmes seuls, son ton monta d’un cran.
— Qu’est-ce qui vous prend ? C’est mon lieu de travail.
— Savez-vous pourquoi nous sommes là ? lui demanda Bree.
— Je sais très bien pourquoi vous êtes là. Parce que j’ai exercé mes droits au premier amendement. Je n’ai enfreint aucune loi, et je vous demanderai de partir. Tout de suite. Vous retrouverez votre chemin ?
Sampson s’avança.
— Brady, c’est ça ?
Il regarda ce qu’il y avait sur le bureau.
— Je me demandais ce que vos patrons pourraient penser de votre charmant petit site Web. Vous croyez que ça va leur plaire ?
Thompson pointa le doigt sur lui.
— Je n’ai rien fait d’illégal. Je suis totalement dans mon droit.
— Ouais, mais là n’est pas la question. Je me demandais simplement ce que votre employeur pouvait penser de SerialTimes.net.
— Vous n’avez pas le droit d’utiliser cette information si je n’ai pas enfreint la loi.
— En réalité, si, intervins-je, mais on suppose que ce ne sera pas nécessaire, parce qu’on suppose que vous allez nous dire d’où vient ce message.
— Premièrement, inspecteur, je serais incapable de vous répondre, quand bien même je le voudrais. SW n’est pas un idiot, d’accord ? Vous ne vous en êtes pas encore rendu compte ? Deuxièmement, je n’ai pas quinze ans. Il va falloir que vous vous y preniez beaucoup mieux.
— Vous voulez dire que nous devrions, par exemple, débarquer chez vous avec une commission rogatoire et embarquer votre matériel ? C’est faisable.
Thompson ajusta ses lunettes et se cala dans son fauteuil. Il commençait à la position dans laquelle il était, et je comprenais pourquoi. Je n’étais pas certain que nous puissions saisir son équipement informatique, et a fortiori l’arrêter.
— Pas vraiment. En présumant que vous n’avez pas encore votre commission rogatoire – sans doute parce que vous étiez trop pressés de venir me voir – je peux faire en sorte que vous ne trouviez plus que des dessins animés des Peanuts sur mon serveur une fois que vous serez chez moi. Et tout ça sans même avoir à me lever de mon fauteuil.
Il nous regarda, impavide.
— Visiblement, vous ne connaissez pas grand-chose au transfert de l’information.
— Avez-vous la moindre idée de ce qui se passe dans le monde réel ? éclatai-je, à bout. Vous tenez vraiment à ce que ce tueur puisse rester en liberté, ou quoi ?
— Bien sûr que non, rétorqua-t-il sèchement. Arrêtez de me prendre pour un imbécile et réfléchissez une seconde. Si vous regardez les choses dans leur ensemble, les droits constitutionnels – les vôtres, les miens – reposent sur des principes très précis. J’ai le droit de faire ce que j’ai fait, et je ne parle pas uniquement de morale. Votre devoir, messieurs les inspecteurs, madame, est de respecter la Constitution ; et le nôtre, en tant que citoyens, est de veiller à ce que vous la respectiez. Vous avez compris le système ?
— Et ce système-là, vous en pensez quoi ? éructa Sampson en se jetant sur lui.
Nous réussîmes à le rattraper, mais il avait déjà balayé la moitié du bureau.
Brady se leva, sans se démonter.
— Je crois que nous en avons fini.
Sampson ne l’entendait pas de cette oreille.
— Vous savez quoi…
— Oui, coupa Bree. Nous en avons fini, Brady. Pour l’instant, en tout cas. On s’en va.
Nous nous apprêtions à partir quand Thompson revint à la charge, d’un ton cette fois plus conciliant.
— Excusez-moi, mais manifestement, vous pensez que ce que j’ai mis en ligne est authentique, sans quoi vous ne seriez pas là. Pourriez-vous juste me dire si c’est dû en partie à l’iconographie ?
Ce type était un pur amateur d’abjections, un vrai tordu. C’était plus fort que lui.
Bree ne put résister, elle non plus. La porte entrouverte, alors qu’un petit groupe s’était formé derrière elle, elle se retourna vers Braden Thompson.
— Je ne peux vous répondre dans l’immédiat, monsieur. Mais soyez assuré que nous ne ferons pas état de votre site Web, SerialTimes.net, en dehors de ce bureau, sauf absolue nécessité.
Elle lui décocha un large sourire et rajouta, à mi-voix :
— Profite de la vie, enfoiré.