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Grâce à la piste du Montana, l’enquête progressait enfin. Les renseignements sur Tyler Bell affluaient. C’était le frère de Michael Bell, décédé. Et, paradoxalement, le plus énigmatique des deux. Pendant que Michael faisait une petite carrière à Hollywood, Tyler gagnait sa vie comme guide de rivière et homme à tout faire. Il avait lui-même construit son petit chalet dans les Rocheuses. À Babb, Montana, une localité de cinq cent soixante âmes, il avait la réputation d’un homme tranquille, relativement sympa, mais plutôt solitaire. Il n’avait jamais eu de compagne, semblait-il.

Il y avait plus intéressant. À la mort de son frère, Tyler avait hérité de près d’un million de dollars. Il n’avait pas touché à cette somme durant six mois puis, un beau jour, il avait clôturé son compte et s’était fait établir des dizaines de chèques de banque, encaissables n’importe où. Personne ne l’avait revu depuis. Étrange. Où se trouvait-il aujourd’hui ?

Il fut décidé d’organiser une réunion par téléphone, à laquelle participeraient Bree, Sampson, Anjali, moi, le bureau du shérif de Glacier County, un agent senior du FBI du bureau de Salt Lake City, et John Abate, un agent senior chargé du dossier SW, ici, à Washington.

— Où en est l’enquête sur cette disparition ? demanda Abate.

— Elle est toujours officiellement ouverte, mais inactive, je dirais.

Steve Mills, l’adjoint du shérif, avait un curieux accent anglais. Voilà qui était exotique, pour le Montana.

— Et de votre côté, Forrest ?

Abate, un peu sec, voulait sans doute faire comprendre qu’il était le patron, sur cette affaire.

— Dites-nous tout ce que vous savez.

— D’après les éléments qu’on a recueillis, il était plutôt coupé du monde. Son abonnement de téléphone mobile est prépayé jusqu’en décembre, et il n’a pas utilisé tout son temps. Il a aussi une carte de crédit, une VISA, mais elle n’a jamais été utilisée.

— Il faut dire qu’il avait un million de dollars à sa disposition, observa Sampson.

— Il n’a presque rien emporté, signala Mills. Son téléphone, son portefeuille, quelques vêtements, c’est tout. Cela dit, il n’avait pas grand-chose. Il vivait de manière plutôt spartiate, c’était un adepte de l’auto-dépendance.

— Je le vois mal avec un téléphone mobile, dis-je.

— Sauf quand la seule alternative consiste à faire passer des fils sur sa propriété, répondit Mills. D’ailleurs, je pense qu’il ne s’en est pas servi souvent, de son cellulaire.

— En tout cas, quelqu’un s’en est servi.

Patel avait un relevé de communications sous les yeux.

— Hier, à quatorze heures dix très précisément.

— Quelqu’un ? s’étonna Christopher Forrest. Vous avez des raisons de penser que ce n’était pas lui ?

— Absolument pas, mais nous n’avons aucune preuve tangible que c’était lui.

— Si ce n’était pas lui, ce serait une sacrée coïncidence, vous ne trouvez pas ?

— Sûrement.

Patel me parut un peu à cran. Les autres ne suivaient pas, et elle aussi, elle faisait des journées à rallonge.

— Quoi d’autre sur Bell ? demanda Bree. Quand pourrons-nous avoir une photo ?

— C’est fait, lui répondit Forrest. Je viens de vous l’envoyer.

Patel eut vite fait de récupérer la reproduction du permis de conduire de Tyler Bell. Elle la fit basculer sur l’écran de la salle de réunion.

Lors de notre première rencontre, à Los Angeles, son frère m’avait fait l’impression d’un bûcheron, mais version rock californien, un peu comme un membre égaré des Eagles. Tyler, lui, c’était de l’authentique. Il avait une tignasse brune et une grosse barbe désordonnées, mais pas négligées. D’après le permis, il pesait cent kilos pour un mètre quatre-vingt-dix.

— Qu’en penses-tu, Bree ? Tu le reconnais ? Est-ce qu’il pourrait être ton reporter de l’AP ?

Elle scruta longuement l’image, prit son temps.

— Sachant qu’il sait se déguiser, oui, c’est possible. Le photographe était grand. Il pouvait faire un mètre quatre-vingt-dix.

— Et que te dit ton instinct ?

Cette fois, elle ne réfléchit pas.

— Il me dit qu’on vient de trouver notre psychopathe. Et maintenant, comme prévu, on va le coincer.

En votre honneur
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