Quand nous quittâmes le musée de l’Air et de l’Espace, il était déjà cinq heures, et nous n’avions pas fini notre journée. Après avoir renvoyé Sampson chez lui – sa femme et son petit l’attendaient – Bree et moi reprîmes la route de Baltimore. Nous avions encore des tonnes de papiers à remplir, et une situation pour le moins confuse à évaluer.
Pendant le trajet, nous eûmes largement le temps d’évoquer la complice de SW, la conductrice de la voiture de sport bleue. Avait-elle été engagée pour la soirée, ou accompagnait-elle l’équipée sanglante depuis le début ? Nous envisagions toutes les hypothèses, sans écarter l’éventualité d’un lien avec l’évasion de Kyle Craig.
Retour au Best Western, où on nous attendait. Nous avions tout juste eu le temps d’échanger un petit câlin et un baiser. J’aurais voulu téléphoner à la maison, mais il était encore trop tôt. Et quand je finis par appeler, en milieu de matinée, je tombai sur le répondeur.
Je décidai de laisser un message plutôt guilleret, qui ne reflétait en rien mon état d’esprit.
« Salut, mes petits poulets, c’est votre papa. Bon, écoutez, il faut que je travaille toute la matinée, mais je rentre cet après-midi. Promis, juré. Ce soir, j’irais bien au ciné. Enfin, si j’arrive à convaincre quelqu’un de m’accompagner. »
Et si j’arrive à garder les yeux ouverts…
En pleine corvée de paperasse, les traits tirés, Bree leva les yeux et trouva encore la force de sourire.
— Toi aussi, tu dois être crevé. Tu es vraiment un bon papa.
— J’essaie. Je suis un papa qui culpabilise, en tout cas.
— Non, tu es un bon papa. Je sais de quoi je parle, le mien était nul.
Quand je finis par rentrer chez moi, complètement lessivé, il était déjà plus de quinze heures. Une douche, un petit en-cas, et je serais prêt à redémarrer. Enfin, peut-être après une ou deux heures de sieste.
En sortant de la voiture, je vis la mine de Jannie. Elle me regardait arriver, depuis la terrasse, le visage figé. Quand nos regards se croisèrent, elle resta immobile et silencieuse.
— Que se passe-t-il ? Il est arrivé quelque chose.
— Oui, papa, tu peux le dire. Damon s’est sauvé.
J’eus un mouvement de recul involontaire. Pardon ? J’étais peut-être encore dans un état second et j’avais mal entendu.
— Sauvé ? De quoi parles-tu ? Où est-il ?
— Il est sorti il y a environ cinq heures, et il n’est pas revenu. Il n’a pas dit où il allait. Rien, à personne. Nana est folle d’inquiétude.
Cela n’avait pas de sens. Je n’imaginais pas Damon en train de fuguer.
— Cinq heures ? Jannie, dis-moi ce qui se passe.
Elle me regarda froidement.
— L’entraîneur de l’équipe de basket de Cushing est venu, aujourd’hui. Il devait te voir, mais tu n’étais pas là. Le coach de l’école préparatoire, dans le Massachussetts, tu te souviens ?
— Merci, Janelle, je sais ce que c’est, Cushing.
À cet instant, Nana apparut sur la terrasse, talonnée par le petit Ali.
— J’ai parlé à ses copains, j’ai essayé de joindre des parents, personne ne l’a vu.
Je sortis mon mobile.
— Je vais appeler Sampson. On peut…
— Je l’ai déjà prévenu, m’interrompit Nana. Il est en train de ratisser le quartier.
Mon téléphone se mit à vibrer, et je me rendis compte que j’étais resté injoignable pendant des heures. Je vis s’afficher le nom de Sampson.
— John ?
— Alex, je suis avec Damon.