29

Après cette éprouvante journée, j’avais fini par rentrer chez moi en emportant mes dossiers, alors qu’il ne s’agissait même pas de mon enquête. Pas encore.

Il était deux heures du matin, et j’avais étalé sur la table de la cuisine tous les éléments dont je disposais pour refaire mon profil. Le Showman, comme nous l’appelions désormais, m’obsédait. Kyle Craig aussi. Que me voulait ce salopard ? Pourquoi avoir repris contact avec moi ?

Voyant tout à coup de la lumière sous la porte de la chambre de Nana, je retournai instinctivement mes documents, comme si une manœuvre aussi grossière avait la moindre chance de leurrer une vieille chouette dans son genre…

Sa première question fut : « Tu as faim ? »

Elle ne me demandait plus depuis longtemps ce que je trafiquais au beau milieu de la nuit.

Quelques minutes plus tard, elle était déjà en train de faire griller deux sandwiches aux pommes et au fromage fondu – un demi pour elle, un et demi pour moi. J’ouvris une bière et je lui en versai un peu dans un verre à jus de fruit.

— Dis-moi, c’est quoi, ces pages que tu ne veux pas me montrer ? me demanda-t-elle, alors qu’elle me tournait encore le dos. S’agirait-il de ton testament, de tes dernières volontés ?

— Je suis censé trouver ça drôle ?

— Pas du tout, mon garçon. Ça n’a rien de drôle, c’est juste triste, extrêmement triste.

Elle posa les assiettes et s’assit en face de moi. Comme d’habitude.

— Il faut que je t’annonce quelque chose, lui dis-je, et je crois que tu ne vas pas aimer.

— Ça ne t’a jamais gêné, que je sache.

— Il y a déjà un moment que j’ai ouvert mon cabinet de psychologue. Ça m’a fait du bien, ce changement. La plupart du temps, j’adore.

Nana baissa la tête en gloussant.

— Oh, Alex. Je ne vais pas aimer, mais alors pas du tout. Peut-être qu’il vaudrait mieux que je remonte me coucher.

— Mais – enfin, disons plutôt : et pourtant – il y a quelque chose qui me manque.

— Hum. Tu m’étonnes. Qu’on te tire dessus et qu’on te loupe. Qu’on te tire dessus et qu’on te touche.

Je voyais mal ce qu’elle aurait pu faire pour me faciliter la tâche, mais, manifestement, elle n’essayait même pas.

— J’avais de bonnes raisons de ne plus travailler pour la police ou le FBI.

— Oui, effectivement, Alex. Trois bonnes raisons, en train de dormir à poings fermés à l’étage.

— Nana, j’ai toujours travaillé, mais jamais pour toucher un salaire. Mon boulot, qu’on le veuille ou non, fait partie de moi. Et, ces temps-ci, je ressens comme un manque. C’est comme ça.

— Je te mentirais en te disant que je ne l’ai pas remarqué, mais je vais te dire autre chose. Il y a plein d’autres choses qui manquent depuis un certain temps. Les coups de fil en pleine nuit, par exemple. Les heures passées à broyer du noir, en me demandant quand tu vas rentrer, si tu vas rentrer.

L’échange se poursuivit ainsi durant un certain temps, mais curieusement, au fil de la discussion, ma détermination ne cessait de se renforcer.

Finalement, je m’écartai de la table et m’essuyai les mains avec une serviette en papier.

— Tu sais quoi, Nana ? Je t’aime beaucoup. J’ai essayé de maintenir la paix, j’ai essayé d’aller dans ton sens, et quoi qu’on puisse en dire, ça ne marche pas. Je vais donc vivre ma vie comme je dois la vivre.

— Bon sang ! fit-elle en levant les bras. Qu’est-ce que tu entends par là ?

Je me levai, le cœur battant.

— Ce que j’entends par là, je te le dirai quand ce sera fait. Désolé, mais c’est tout ce que je peux te proposer pour l’instant. Bonne nuit.

Je rassemblai mes papiers et quittai la pièce.

Le rire de Nana me stoppa net. Au début, je n’entendis qu’un petit gloussement, qui n’avait toutefois rien d’anodin. Je me retournai, et quelque chose dans mon expression la fit se plier en deux. Je n’y comprenais plus rien.

— Quoi ?

Elle parvint à se reprendre et fit claquer ses mains sur la table.

— Devinez qui vient de revenir du royaume des morts ? Alex Cross.

En votre honneur
titlepage.xhtml
cover.html
ident1.html
ident1-1.html
ident1-2.html
ident1-3.html
p1.html
p1chap1.html
p1chap2.html
p2.html
p2chap1.html
p2chap2.html
p2chap3.html
p2chap4.html
p2chap5.html
p2chap6.html
p2chap7.html
p2chap8.html
p2chap9.html
p2chap10.html
p2chap11.html
p2chap12.html
p2chap13.html
p2chap14.html
p2chap15.html
p2chap16.html
p2chap17.html
p2chap18.html
p2chap19.html
p2chap20.html
p2chap21.html
p2chap22.html
p2chap23.html
p2chap24.html
p2chap25.html
p2chap26.html
p2chap27.html
p2chap28.html
p2chap29.html
p2chap30.html
p3.html
p3chap1.html
p3chap2.html
p3chap3.html
p3chap4.html
p3chap5.html
p3chap6.html
p3chap7.html
p3chap8.html
p3chap9.html
p3chap10.html
p3chap11.html
p3chap12.html
p3chap13.html
p3chap14.html
p3chap15.html
p3chap16.html
p3chap17.html
p3chap18.html
p3chap19.html
p3chap20.html
p3chap21.html
p3chap22.html
p3chap23.html
p3chap24.html
p3chap25.html
p3chap26.html
p3chap27.html
p3chap28.html
p3chap29.html
p3chap30.html
p3chap31.html
p3chap32.html
p3chap33.html
p3chap34.html
p3chap35.html
p3chap36.html
p3chap37.html
p3chap38.html
p3chap39.html
p3chap40.html
p4.html
p4chap1.html
p4chap2.html
p4chap3.html
p4chap4.html
p4chap5.html
p4chap6.html
p4chap7.html
p4chap8.html
p4chap9.html
p4chap10.html
p4chap11.html
p4chap12.html
p4chap13.html
p4chap14.html
p4chap15.html
p4chap16.html
p4chap17.html
p4chap18.html
p4chap19.html
p4chap20.html
p4chap21.html
p4chap22.html
p4chap23.html
p4chap24.html
p4chap25.html
p4chap26.html
p4chap27.html
p5.html
p5chap1.html
p5chap2.html
p5chap3.html
p5chap4.html
p5chap5.html
p5chap6.html
p5chap7.html
p5chap8.html
p5chap9.html
p5chap10.html
p5chap11.html
p5chap12.html
p5chap13.html
p5chap14.html
p5chap15.html
p5chap16.html
p5chap17.html
p5chap18.html
p5chap19.html
p5chap20.html
p5chap21.html
p5chap22.html
p5chap23.html
p5chap24.html
p5chap25.html
p5chap26.html
p5chap27.html
p5chap28.html
p5chap29.html
p6.html
p6chap1.html