Dans les heures qui suivirent, je visionnai sans relâche les enregistrements des premiers rendez-vous entre Kyle et Mason Wainwright. L’avocat avait attendu la troisième semaine pour exiger la confidentialité des entretiens avec son client, comme la loi l’y autorisait. Curieux. Parce que Kyle tenait à nous montrer quelque chose ? Ou était-ce une volonté de Wainwright ?
Qu’y avait-il à voir, d’ailleurs ? Les enregistrements étaient en tous points similaires.
Wainwright entrait dans la salle de visite, vêtu d’un accoutrement qui l’avait sans aucun doute aidé à organiser l’évasion de son client : des bottes et un chapeau de cowboy, une veste en daim et des lunettes à montures de corne qui juraient avec tout le reste.
Aussitôt, Kyle et lui se donnaient l’accolade, et Craig en profitait pour chuchoter quelque chose que le micro ne captait pas.
Puis Kyle lui posait huit questions – toujours les mêmes, à peu de choses près.
S’agissait-il d’un code ? D’un jeu ? Ou étaient-ils tous les deux fous, simplement fous ? Difficile à dire, à ce stade. Tout ce que je pouvais affirmer, c’était que Kyle Craig était la première personne à s’être évadée de l’ADX Florence. Le Cerveau avait réussi l’impossible.
L’entretien terminé, les deux hommes se donnaient de nouveau l’accolade et, cette fois-ci, c’était Wainwright qui soufflait à son client quelques mots inaudibles. Était-ce ainsi qu’ils échangeaient des informations, sous l’œil des caméras ou non ?
Cette hypothèse me semblait crédible. Nous finirions bien par tout savoir…
Je me rendis ensuite dans la cellule de Kyle. Que pouvais-je y trouver ? Elle était quasi vide. Les détenus de l’ADX n’avaient droit qu’à quelques objets personnels. La petite pièce était propre et bien rangée, à l’image de son occupant.
C’est alors que je vis le message laissé par Kyle.
Une carte de vœux ouverte sur la petite table de chevet, près du lit.
Une carte Hallmark vierge, comme celles que j’avais découvertes dans l’appartement de Tess Olsen.
Quelques instants plus tard, j’étais dans le bureau du directeur, impatient d’obtenir la réponse aux questions qui commençaient à me trotter dans la tête.
— A-t-il eu des visites ? demandai-je à Krock. Hormis celles de son avocat, bien sûr, même si nous ignorons la nature exacte de ses rapports avec Craig. A-t-il eu d’autres visites ? Quelqu’un est-il venu le voir à plusieurs reprises ?
Le directeur n’eut nul besoin de consulter ses archives pour répondre.
— La première année, un journaliste du Los Angeles Times du nom de Joseph Wizan voulait absolument le rencontrer, mais Craig a toujours refusé de le voir. D’autres ont contacté Craig par l’intermédiaire de mon bureau, mais aucun d’entre eux n’a fait le déplacement : il disait non chaque fois. La seule personne qui lui ait rendu visite, et cela remonte à quelques mois à peine, c’est Tess Olsen. Vous savez, cette femme qui écrivait des polars et qui a été tuée à Washington il n’y a pas longtemps ? Kyle nous a étonnés. Il a accepté de la rencontrer. Elle est venue ici trois fois. Elle voulait écrire un bouquin sur lui, le nouveau De sang froid, à l’entendre.
— Vous lui avez donc parlé ?
— Oui, systématiquement. La première fois, on a dû discuter une bonne demi-heure.
— Comment l’avez-vous trouvée ? Quelle impression vous a-t-elle faite ?
Le directeur dodelina de la tête, comme s’il pesait ses mots. Puis, enfin, il lâcha :
— On aurait dit l’une de ses fans. Pour ne rien vous cacher, je me suis demandé s’il n’y avait pas eu quelque chose entre eux avant qu’il ne se fasse arrêter.