Et comme prévu, à seize heures trente-quatre, la porte de l’entrée de service s’ouvrit. Un employé noir, un type immense affublé d’une coiffure afro argentée et dont la combinaison verte était maculée de taches, accrocha le battant au mur extérieur à l’aide d’une chaîne. Son chariot surchargé d’énormes sacs-poubelles ne passait pas.
Sans trop se presser, le larbin transporta les sacs, deux par deux, jusqu’aux bennes situées au bout du quai de chargement, qui était couvert.
Cet homme est toujours l’esclave des Blancs, songea Qasim. Regardez-moi ça : il traîne les pieds, il garde les yeux baissés. Il a conscience de sa situation. Il déteste son boulot, il déteste les pourritures qui vivent dans cette tour.
Qasim l’observa, et compta. Douze pas depuis la porte, neuf secondes pour jeter les sacs-poubelles.
Qasim profita de son troisième aller-retour pour s’introduire discrètement à l’intérieur de l’immeuble. Une casquette sur le crâne, il portait lui aussi une combinaison verte. Si cela ne suffisait pas pour tromper les caméras de surveillance, tant pis. Il se serait volatilisé bien avant que quiconque ne s’intéresse à cette intrusion.
Il n’eut aucun mal à trouver l’escalier de service, à peine éclairé. Il monta prudemment jusqu’au premier étage, puis gravit les marches quatre à quatre. Courir était un bon moyen de transformer son adrénaline, pour l’aider à rester concentré.
Au quatrième étage se trouvait un placard de service inutilisé. Qasim y déposa son sac de vêtements, puis il monta au douzième.
Moins de trois minutes et demie après être entré dans la tour, il était devant la porte de l’appartement 12F. Il calcula son emplacement par rapport au judas, approcha son index du bouton de sonnette, un bouton blanc enchâssé dans la brique peinte.
Il s’en tint là, il n’appuya pas.
Sans un bruit, il fit demi-tour et redescendit. En un instant, il retrouva le vacarme de Connecticut Avenue.
La répétition s’était parfaitement déroulée, sans problème, sans surprise. Qasim avait rejoint la foule à l’heure où les bureaux se vidaient. Un homme invisible parmi d’autres, au milieu du troupeau. Juste ce qu’il lui fallait.
Il n’était nullement impatient de procéder à l’exécution du douzième étage. Patience et impatience lui étaient étrangères. Ce qui comptait, c’était la préparation, le timing, le bouclage et la réussite de l’opération.
Le moment venu, Yousef Qasim serait prêt à entrer en scène.
Et il jouerait son rôle.
Un Américain après l’autre…