14

Nous étions désormais trois.

Mon ami Sampson venait de débarquer, avec ses deux mètres et ses cent dix kilos. Je l’imaginais surpris de me voir, mais il fit comme si de rien n’était et me demanda, toujours aussi pince-sans-rire :

— Tu cherches à louer ? Il paraît que l’appart est libre. Le loyer devrait même baisser à partir de demain.

— Je ne fais que passer. Le quartier n’est pas trop dans mes moyens.

— Passer, ça ne paie pas autant que donner des consultations, ma poule. Il faut que tu te trouves un meilleur business plan.

— Alors, John, vous avez du nouveau ?

Bree l’appelait John et moi, je l’appelais Sampson depuis que nous étions gamins. Les deux usages semblaient lui convenir.

— Personne ne semble avoir vu notre type entrer ou sortir de l’immeuble. Des collègues sont en train de visionner les enregistrements des caméras de surveillance. Côté sécurité, le Riverwalk est extrêmement bien équipé. Sauf s’il est capable de traverser les murs, le client devrait apparaître sur une des bandes.

— Si tu veux mon avis, celui-là n’a rien contre le fait qu’on puisse voir sa gueule.

À cet instant, un flic en tenue apparut à l’entrée de la pièce.

— Excusez-moi, inspecteur ?

Instinctivement, chacun de nous se retourna.

— Euh, madame ? Inspecteur Stone ? Quelqu’un a une question à vous poser. Les collègues du labo, dans la pièce du fond.

Nous le suivîmes. Au bout d’un couloir étroit, il y avait un bureau. Des livres, encore des livres, des lithographies françaises, des encadrements coûteux, des photos de vacances. Tout, dans cet appartement, respirait le luxe, tout était lustré, huilé, molletonné. Près de la porte, je remarquai un carton de bouteilles d’alcool livré par Cleveland Park. L’homme que nous recherchions était-il le livreur ? Était-ce ainsi qu’il avait réussi à entrer ?

Dans un coin de la pièce, un canapé tapissier deux places faisait face à un téléviseur posé sur un meuble dont les portes ouvertes laissaient entrevoir un combiné lecteur DVD-magnétoscope.

Sur une étagère, j’aperçus une autre carte de vœux. Celle-ci non plus n’était pas signée.

— Il faudrait peut-être faire analyser ces cartes, Bree. Elles ne sont pas signées. Cela ne signifie pas forcément quelque chose, mais il y en avait déjà une dans le séjour.

Une jeune femme au coupe-vent siglé SCÈNE DE CRIME nous attendait près du téléviseur.

— Par ici, inspecteur.

— Qu’avez-vous trouvé ?

— Ce n’est peut-être rien… mais il y a une cassette dans le magnétoscope. C’est la seule qu’on ait vue dans la pièce. Vous voulez que je la passe, que je l’éjecte, ou quoi ?

Manifestement, la technicienne se sentait incapable de prendre la moindre initiative.

Gentiment, Bree lui demanda si tous les relevés d’empreintes avaient été effectués.

— Oui, madame.

— Les portes du meuble télé étaient ouvertes ou fermées à votre arrivée ? voulus-je savoir.

— On les a trouvées ouvertes, comme maintenant. Vous êtes le Dr Cross, c’est bien ça ?

La jeune femme était sur la défensive, mais Bree parut ne rien remarquer. Elle alluma la télévision, puis le magnétoscope.

Au début, il n’y eut que de la neige, puis un écran bleu apparut subitement. Nous y voilà, me dis-je.

Une image surgit. Des plus dérangeantes.

Un plan moyen. Un mur bleu foncé surplombé d’un drapeau, une chaise en bois, toute simple.

— Quelqu’un reconnaît ce drapeau ? demanda Bree.

Trois bandes rouge, blanc, noir, et trois étoiles vertes au milieu.

— Le drapeau irakien, fis-je.

Ce fut comme si une masse d’une tonne venait de s’abattre dans la pièce.

Bree eut la présence d’esprit d’arrêter immédiatement la bande.

— Tout le monde dehors. Maintenant.

D’autres flics s’étaient regroupés près de la porte pour voir ce qui se passait.

— Inspecteur, fit l’un d’eux, je suis en position deux sur l’enquête.

— C’est exact, Gabe. Vous savez donc que nous avons peut-être affaire à un document hautement sensible. Je veux que vous alliez voir toutes les personnes qui étaient présentes dans cette pièce. Faites en sorte que l’info ne sorte pas d’ici.

Elle referma la porte sans attendre la réponse de son collègue.

— Tu veux que je m’en aille ? lui demandai-je.

— Non, je veux que tu restes. John aussi.

Et elle remit la cassette en marche.

En votre honneur
titlepage.xhtml
cover.html
ident1.html
ident1-1.html
ident1-2.html
ident1-3.html
p1.html
p1chap1.html
p1chap2.html
p2.html
p2chap1.html
p2chap2.html
p2chap3.html
p2chap4.html
p2chap5.html
p2chap6.html
p2chap7.html
p2chap8.html
p2chap9.html
p2chap10.html
p2chap11.html
p2chap12.html
p2chap13.html
p2chap14.html
p2chap15.html
p2chap16.html
p2chap17.html
p2chap18.html
p2chap19.html
p2chap20.html
p2chap21.html
p2chap22.html
p2chap23.html
p2chap24.html
p2chap25.html
p2chap26.html
p2chap27.html
p2chap28.html
p2chap29.html
p2chap30.html
p3.html
p3chap1.html
p3chap2.html
p3chap3.html
p3chap4.html
p3chap5.html
p3chap6.html
p3chap7.html
p3chap8.html
p3chap9.html
p3chap10.html
p3chap11.html
p3chap12.html
p3chap13.html
p3chap14.html
p3chap15.html
p3chap16.html
p3chap17.html
p3chap18.html
p3chap19.html
p3chap20.html
p3chap21.html
p3chap22.html
p3chap23.html
p3chap24.html
p3chap25.html
p3chap26.html
p3chap27.html
p3chap28.html
p3chap29.html
p3chap30.html
p3chap31.html
p3chap32.html
p3chap33.html
p3chap34.html
p3chap35.html
p3chap36.html
p3chap37.html
p3chap38.html
p3chap39.html
p3chap40.html
p4.html
p4chap1.html
p4chap2.html
p4chap3.html
p4chap4.html
p4chap5.html
p4chap6.html
p4chap7.html
p4chap8.html
p4chap9.html
p4chap10.html
p4chap11.html
p4chap12.html
p4chap13.html
p4chap14.html
p4chap15.html
p4chap16.html
p4chap17.html
p4chap18.html
p4chap19.html
p4chap20.html
p4chap21.html
p4chap22.html
p4chap23.html
p4chap24.html
p4chap25.html
p4chap26.html
p4chap27.html
p5.html
p5chap1.html
p5chap2.html
p5chap3.html
p5chap4.html
p5chap5.html
p5chap6.html
p5chap7.html
p5chap8.html
p5chap9.html
p5chap10.html
p5chap11.html
p5chap12.html
p5chap13.html
p5chap14.html
p5chap15.html
p5chap16.html
p5chap17.html
p5chap18.html
p5chap19.html
p5chap20.html
p5chap21.html
p5chap22.html
p5chap23.html
p5chap24.html
p5chap25.html
p5chap26.html
p5chap27.html
p5chap28.html
p5chap29.html
p6.html
p6chap1.html