C’était bien le mot de passe de Kitz, du moins sur cet ordinateur, et tandis que Sampson pianotait fébrilement sur le clavier, je m’intéressai aux tiroirs du bureau.
Je tombai rapidement sur une grosse pile de dossiers d’enquêtes en cours, concernant pour la plupart des tueurs en série. Il s’agissait de photocopies des documents originaux. Je soupçonnais Kitz d’avoir effectué ces reproductions sans l’autorisation de ses supérieurs. Après tout, en vrai fan, il collectionnait tout ce qui touchait à ce domaine, et si sa passion virait parfois à l’obsession, c’était aussi ce qui faisait de lui un homme aussi compétent. Au fond de moi-même, je ne pouvais m’empêcher de faire le rapprochement avec Kyle Craig, qui lui aussi avait fait partie du FBI. Malheureusement, à ce compte-là, je devenais moi aussi suspect.
Le premier dossier que j’ouvris concernait une affaire dont j’avais entendu parler. Dans les banlieues chic du Maryland, plusieurs femmes avaient été étranglées dans leur lit. Chaque fois, l’auteur des crimes était entré par effraction, sans rien voler ni saccager. On comptabilisait pour l’instant trois meurtres en l’espace de cinq mois, soit un toutes les sept semaines.
Le dossier suivant, dont le nom de code était « Cartographe », détaillait une série de meurtres par balles, commis avec la même arme chaque fois. Les victimes semblaient choisies au hasard, elles n’avaient en commun que l’endroit où elles se trouvaient. Quatre avaient déjà été tuées, à des coins de rue différents, mais tous situés sur une ligne droite traversant le nord-ouest de Washington.
Puis je découvris un dossier sur Kyle Craig. Il renfermait même des détails sur son arrestation, dont j’étais l’auteur. Kitz avait en outre repris les notes de Kyle sur les différentes enquêtes en cours au moment de son interpellation.
Le dossier SW, lui, contenait essentiellement des renseignements déjà anciens sur les meurtres commis dans la région de Washington : copies de rapports, plans de rues détaillés, résultats d’analyse, interrogatoires – des centaines de pièces relatives aux homicides répertoriés, mais rien de nouveau ni de très utile. Et aucun élément permettant d’établir un lien direct entre SW et Kyle Craig.
— Et de ton côté, qu’est-ce que ça donne ? demandai-je à Sampson. Du nouveau, en bien ou en mal ?
— Il y a énormément de choses à voir. Il a installé Technorati, Blogdex, PubSub… Ce sont des programmes de dépistage. Une fois qu’on les a bien calibrés, on peut retrouver qui a laissé un commentaire sur un blog ou visité tel ou tel site.
—Et qu’est ce qu’on peut faire avec ça ? Tu penses qu’il aurait pu enregistrer quelque part ce qu’il avait découvert ?
Sampson tambourina sur le bureau.
— Je veux regarder l’historique de ses connexions, voir s’il y avait des sites qu’il fréquentait régulièrement. Je crois que je vais commencer par là.
Quelques minutes plus tard, il se redressa brutalement et laissa échapper un sifflement.
— Nom de Dieu. Viens voir ça, Alex.
Je vins regarder par-dessus son épaule.
— Ça te rappelle quelque chose ? me dit-il. Ça devrait, en tout cas.
Sur l’écran s’affichait une liste immense. Des noms de sites. Certains m’étaient familiers, car j’avais moi-même déjà passé un certain temps à enquêter sur la Toile, mais un autre détail retint mon attention. La liste comprenait, outre ces noms de sites, des dizaines de suites de chiffres. Et en y regardant de plus près, je vis qu’il s’agissait toujours de la même combinaison, seulement agencée différemment avec des points de séparation et des slash.
344.19.204.411
34.41.920.441/1
34.419.20.44/11
344.192.04.411
Plus bas, la liste des noms reprenait, mais nous venions de trouver notre numéro mystère. C’était celui du sac postal retrouvé au musée de l’Air et de l’Espace.
— C’est une adresse IP, Alex. Celle d’un site Internet. Du moins, Kitz le pensait.
— Pourquoi ne nous a-t-il rien dit ? Qu’est-ce ça cache ?
— Il n’avait peut-être pas encore trouvé la bonne combinaison. Ou peut-être qu’il n’avait pas encore eu le temps de voir ce que c’était. Ou bien le site était inactif.
— Il y a un moyen très simple de vérifier. On les fait tous, dans l’ordre.