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Ça commençait par un plan flou : il y avait quelqu’un juste devant l’objectif. Lorsqu’il recula, nous vîmes qu’il s’agissait du même homme, mais qu’il portait maintenant une combinaison de travail verte et une casquette de base-ball noire sur laquelle on lisait MO.

La scène se déroulait dans le séjour de Tess Olsen. Elle avait donc été tournée le jour même. En arrière-plan, nue, à quatre pattes, Mme Olsen tremblait. Bâillonnée à l’aide de ruban adhésif, elle portait autour du cou la fameuse laisse rouge.

Il avait tout enregistré, il avait interprété son rôle en sachant qu’il aurait un public.

Je sentis l’atmosphère se glacer encore davantage. Le tueur – ou le terroriste, comme je commençais à l’imaginer – s’approcha de Tess Olsen et tira violemment sur la laisse pour la forcer à se relever. Elle sanglotait sans retenue, sachant peut-être ce qui l’attendait. Cela signifiait-il qu’elle connaissait son agresseur ? Comment ? À cause d’un livre qu’elle était en train d’écrire ? Quel était le dernier projet auquel elle s’était attelée ?

Quelques secondes plus tard, il la faisait sortir sur la terrasse. Il lui enleva son bâillon, d’abord doucement, puis d’un coup sec. À cette distance, nous n’entendions rien. Jusqu’au moment où il saisit Mme Olsen pour la pousser au-dessus de la balustrade. Là, le micro de la caméra, qui devait se trouver à sept ou huit mètres, capta les cris perçants de la malheureuse.

Tout le temps que durait l’enregistrement, le tueur ne restait jamais plus de quelques secondes sans jeter de brefs coups d’œil en direction de l’objectif.

— Vous avez vu ? s’écria Bree. Il recule pour rentrer dans le plan. Sa mise en scène n’est pas destinée qu’aux passants, elle s’adresse aussi à nous, enfin, à ceux qui auront trouvé cette cassette. Regardez la tête de ce salopard.

Voilà qu’il souriait, maintenant. Même de loin, on ne pouvait se méprendre sur la nature de ce rictus inquiétant.

L’instant suivant parut durer une éternité. La victime avait dû avoir le même sentiment. Son bourreau la ramena à l’intérieur et la déposa sur le sol. S’imaginait-elle qu’il lui accordait un sursis ? Qu’il allait l’épargner ? Elle respira un grand coup, puis se remit à pleurer. Et une ou deux minutes après, il la tira de nouveau sur la terrasse.

— On y arrive, fit gravement Bree. Je ne veux pas regarder ça.

Mais elle le fit, comme chacun de nous.

Le tueur était un homme fort, bien bâti et de grande taille – sans doute plus d’un mètre quatre-vingt. Ébahi, je le vis soulever Tess Olsen comme des haltères, au-dessus de sa tête, et se retourner une fois de plus vers la caméra – oui, espèce d’enfoiré, on te regarde. Un clin d’œil, puis il jeta sa victime dans le vide.

— Mon Dieu, murmura Bree. Il nous a fait un clin d’œil, c’est ça ?

Son geste monstrueux accompli, il resta pourtant sur la terrasse, sans sortir du plan. À l’inclinaison de sa tête, je compris qu’il ne regardait pas l’endroit où Tess Olsen était tombée. Il regardait son public, les badauds attroupés dans la rue. Il prenait des risques inutiles.

En toute logique, c’était plutôt bon pour nous. Ce salaud n’hésitait pas à s’exposer, il fanfaronnait devant un auditoire improvisé ; c’est peut-être grâce à cela que nous parviendrions à le localiser et à l’arrêter.

Et je me fis la réflexion que j’étais déjà en train de m’associer à l’enquête. Je ne pensais pas eux, je pensais nous.

Puis le tueur s’adressa à la caméra, et là, j’eus du mal à en croire mes oreilles :

« Vous pouvez essayer de me capturer, mais vous échouerez… Dr Cross. »

Nous échangeâmes des regards.

Ni John ni moi ne pûmes articuler un mot. Seule Bree laissa échapper un « oh, putain, Alex ».

Prêt ou pas, j’étais de nouveau en piste.

En votre honneur
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