Cette fois-ci, ils ne comprendraient même pas ce qui allait leur arriver. Le tueur était déjà sur place, deux heures avant le coup d’envoi du premier match de football de la saison au FedExField de Landover, dans le Maryland. Il prit un soda et un hot-dog, puis flâna dans les allées de la boutique de souvenirs. N’étant ni fan des Redskins, ni originaire du coin, il n’avait nullement l’intention d’y faire des achats, mais voulait se mêler au public.
Enfin, au début.
Ensuite, il marquerait vraiment sa différence. Il ferait la démonstration de son talent. Il jouerait son rôle dans le quatrième scénario.
Du coin de l’œil, il voyait certains joueurs s’échauffer, taper des ballons de loin, très haut, pour essayer de marquer entre les poteaux. Le match s’était vendu à guichets fermés, comme toujours lorsque les Redskins jouaient à domicile. Impossible de s’abonner : il y avait une liste d’attente de trente ans.
Et lui, il adorait se produire devant une salle comble.
Des supporters particulièrement enthousiastes, membres du club des Hogettes, avaient entonné un Gloire aux Redskins un peu spécial, émaillé de fausses notes et surtout d’obscénités, ce qui était surprenant vu le nombre d’enfants présents dans la foule. Ils arboraient des perruques fluo, des blouses à pois et des groins de cochons. Certains fumaient d’immenses cigares, ce qui accentuait encore leur aspect porcin.
Sans aller aussi loin, il avait mis une casquette et un polo Redskins, et s’était peint le visage en rouge et blanc, les couleurs de l’équipe. Il jouait le rôle d’Al Jablonski, un supporter déçu. Du sérieux, du solide.
Quatre-vingt-onze mille amateurs de football américain se pressaient dans le stade. Tous attendaient Al Jablonski, mais ils ne le savaient pas encore.
Juste avant le début du match, les cheerleaders débarquèrent sur la pelouse vert Technicolor – les fameuses First Ladies of Football, avec leurs cheveux longs, leurs pompons, leurs petits hauts rouges et leurs mini-shorts blancs. Un divertissement familial on ne peut plus américain, songea le tueur.
— Alors, on est prêt à regarder du foot, du vrai ? hurla-t-il depuis les tribunes.
Autour de lui, quelques supporters firent chœur, ou se mirent à rire, ayant reconnu le lancement de Monday Night Football, la célèbre émission de télé. Al Jablonski connaissait son public, et ses classiques.
Le tueur savait comment accéder au poste de commande situé juste sous le panneau d’affichage. Il arriva au moment où une soprano du corps des Marines, venue de la base de Quantico, s’apprêtait à chanter l’hymne national.
Il frappa à la porte métallique.
— J’ai deux messages du bureau de M. Snyder. C’est Vanessa qui me les a envoyés.
Vanessa était le nom de l’une des assistantes du propriétaire de l’équipe. Il n’avait eu aucune difficulté à le trouver.
La porte s’ouvrit. Il y avait deux types à l’intérieur, des spécialistes de la statistique sportive, à en juger par leur look, de vrais dinosaures.
— Salut, je suis Al Jablonski.
Il les abattit tous les deux. L’hymne venait de s’achever, et la clameur de la foule couvrit les détonations.
Presque frustré de s’être ainsi fait voler son coup de tonnerre, il s’installa devant l’ordinateur et tapa un message que tout le stade allait pouvoir lire.
je suis de retour ! et je voulais que ce dimanche soit vraiment mortel pour tout le monde.
les deux gars qui d’habitude vous infligent messages et pubs sont morts à leur poste. profitez-en donc pour savourer cette rencontre sans être interrompus par la direction ou les sponsors officiels. surveillez bien vos arrières, et regardez aussi devant. je suis dans l’enceinte du stade, et je peux être n’importe où, n’importe qui.
c’est quand même mieux que le foot, vous ne trouvez pas ? allez les skins !