Je devais rejoindre Bree et Sampson le soir même au Daly Building. On m’y avait déjà attribué un bureau qui ferait aussi office de PC de crise pour l’affaire du Showman. Nous allions nous retrouver entassés à trois là-dedans, façon chambrée d’étudiants…
Je n’avais encore jamais travaillé de cette manière, dans un tel esprit de coopération. Personne ne remettait en cause le rôle de l’autre, personne ne discutait sa façon d’envisager la mission. Seule comptait l’enquête. Et, bien sûr, la proximité des longues jambes de Bree, de certaines autres parties de son corps, de son petit air coquin, etc.
À mon arrivée, elle était en train de chercher quelque chose dans un tiroir et Sampson, debout derrière elle, regardait par-dessus son épaule un dossier posé sur le bureau.
— Jette un coup d’œil là-dessus.
Il tenait à la main une photo d’identité judiciaire.
— Je te présente Ashton Cooley.
— Quelle est sa spécialité ? demandai-je tout en essayant de déchiffrer le document posé sur le bureau, que je voyais à l’envers.
— Ashton, c’est son pseudo d’acteur, expliqua Sampson. Il voulait le rôle principal de la pièce de SF du Kennedy Center, mais il ne l’a pas eu. C’est Matthew Jay Walker qui a été choisi. Les producteurs ont préféré la grande star hollywoodienne à l’enfant du pays. Toujours la même histoire.
— Il y a de quoi péter les plombs, non ? fit Bree. Moi, je trouve.
Je pris la photo. C’était un homme de race blanche, aux cheveux châtains foncés, qui faisait un peu la moue. Je lui donnais un peu moins de trente ans.
— Je suis sûr que beaucoup d’acteurs auraient aimé décrocher ce rôle, dis-je. La pièce avait une chance d’être montée à Broadway.
— D’accord, rétorqua Sampson, mais combien sont-ils à avoir déjà été suspectés dans une affaire de meurtre ?