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— Il nous faut une échelle ! hurla Bree à l’adresse des hommes restés en bas. Et vite !

Je distinguais des traces de frottement noires sur le mur, à l’endroit où devait normalement se trouver l’échelle permettant d’accéder au toit. Quelqu’un l’avait visiblement enlevée.

Impossible d’atteindre la lucarne, même en montant sur les épaules de quelqu’un.

Je me ruai au-dehors avec Bree, car il n’était plus question de cacher la situation à la presse. Deux autres hélicoptères s’étaient joints au premier pour tournoyer au-dessus de nous comme des charognards. Le trottoir et la rue étaient noirs de monde : des voisins, des passants, et d’innombrables journalistes. Tout cela commençait à tourner au cirque, alors que nous ne savions toujours pas le fin mot de l’histoire.

— Faites-moi dégager tout le secteur, ordonnai-je à l’agent le plus proche. Je ne plaisante pas. SW est venu ici !

Laissant Bree sur place, je me frayai un chemin jusqu’au premier fourgon télé équipé d’une antenne satellite. En l’occurrence celui de Channel Four, garé juste en face, devant l’ancienne fabrique d’armes.

Une journaliste était déjà en train de débiter son texte. Je l’interrompis en pleine phrase et pointai le doigt vers le ciel.

— Un de ces hélicos est à vous ?

Elle était belle, elle avait des cheveux blond cendré, elle ne devait pas avoir trente ans. Elle s’étrangla d’indignation.

— Et vous, vous êtes qui ?

Son caméraman, lui, se fichait pas mal de savoir qui j’étais. Il braqua son objectif sur moi.

Sans attendre la réponse, j’ouvris la porte coulissante du van de Channel Four et je brandis ma plaque sous les yeux ébahis du technicien qui sirotait son café devant la console.

— Police de Washington ! Je veux voir exactement ce que voit votre hélico.

Il lâcha sa paille et, sans un mot, désigna l’un des écrans. Sur l’étiquette bleu métallisé, je lus DIRECT.

Voilà où était le public.

Je m’étais demandé de quelle manière SW allait procéder lors de sa prochaine exhibition, et j’avais maintenant la réponse. Tous les téléspectateurs verraient son spectacle. Ce fumier avait tout prévu.

À ma montre, il était un peu plus de dix-huit heures. L’heure des infos. Voilà pourquoi le tueur avait attendu avant de nous envoyer le second mail…

La caméra de l’hélicoptère était trop éloignée pour saisir tous les détails, mais il y avait bien un corps, là-haut. J’aurais presque juré que c’était celui d’un homme. Un pantalon foncé, une chemise claire, et une petite flaque de sang, semblait-il, au niveau du cou. Le visage avait quelque chose de bizarre. Il paraissait déformé, pour une raison que je ne m’expliquais pas encore.

Il y avait une échelle rétractable posée non loin.

— Dites à votre type, là-haut, de balayer le toit. Tout de suite.

— Il n’a pas à te donner d’ordres !

La jeune journaliste avait pointé son casque d’or à l’intérieur du fourgon, et je commençais à me sentir un peu à l’étroit.

— Si vous ne voulez pas être arrêtés, vous faites ce que je vous dis. Je n’hésiterai pas à vous boucler. Tous les deux.

Le technicien acquiesça et parla dans son micro.

« Bruce, tu veux bien me faire un pano du toit ? Rapproche-toi si tu peux. C’est une demande de la police. »

D’après ce que la caméra me permettait de voir, il n’y avait apparemment personne sur le toit. À part ce corps…

— OK, c’est bon.

Derrière moi, la journaliste aboya :

— Reviens sur le corps ! On est en direct !

— Alex !

C’était Bree, sur le trottoir d’en face.

— On a récupéré une échelle. On va monter.

J’eus le temps de jeter un dernier coup d’œil vers l’écran, et à cet instant précis, je vis la victime bouger le bras. Un léger mouvement, mais un mouvement tout de même. Je sortis du van si vite que Miss Channel Four faillit en perdre ses talons hauts.

— Bree ! Il est encore en vie, celui-là !

En votre honneur
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