L’heure était venue de tirer profit de ma réputation et de mes lauriers, chose que je n’avais encore jamais faite. Je savais que le préfet de police, Terrence Hoover, me recevrait à ma demande, surtout si j’en parlais avant au chef des enquêteurs. J’avais davantage de doutes, en revanche, quant à son adhésion à l’idée ridicule que je m’apprêtais à lui soumettre. Nous verrions bien.
— Alex, entrez donc et asseyez-vous, me dit-il dès qu’il m’aperçut. Il y a longtemps que je n’avais pas eu de vos nouvelles.
Il me serra la main. Enfin, disons plutôt qu’il tenta de la broyer.
Il y avait, derrière lui, une photo où on le voyait disputant un tournoi de lutte à l’Université du Maryland. Ceci expliquait cela.
— Je vous remercie de me recevoir. Comme vous vous en doutez, je suis là pour une raison bien précise.
Hoover sourit.
— Bon, d’accord, on laisse tomber les bavardages et les politesses d’usage. Que voulez-vous, Alex ?
— Rien de bien compliqué. Un job.
Je vis ses paupières battre, son double menton s’affaisser.
— Un job ? Ça, pour une surprise ! Je croyais que vous veniez me demander quelque chose et, en fait, c’est vous qui venez me proposer quelque chose.
Je n’aurais pas pu espérer mieux.
— Je vous remercie. Je vais donc vous en dire un peu plus.
— Allez-y, je suis impatient d’entendre la suite.
C’était parti.
— On entend souvent des flics dire qu’ils veulent faire changer les choses. Je crois déjà être capable de faire plus de bien que de mal, et c’est un objectif raisonnable. Je voudrais réintégrer la police, mais de manière limitée. J’aimerais travailler avec la section criminelle, mais avec mes propres horaires, et en choisissant mes missions. J’interviens déjà en qualité de consultant dans les enquêtes sur les meurtres du Kennedy Center et de Connecticut Avenue, et, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, cela me permettrait de revenir en douceur. Je connais l’équipe, et je pense pouvoir lui être utile.
Le rire de Hoover résonna dans la pièce.
— J’ai déjà entendu de beaux discours, ici, mais vous, vous faites très fort.
Il pointa le doigt sur moi.
— Vous savez que vous pouvez vous permettre d’être arrogant parce que vous savez parfaitement que je dirai oui.
— Non, je voulais juste vous soumettre ma proposition. Je n’ai rien à perdre.
Il se leva. Je fis de même.
— Bon, la réponse est oui. Je vais demander à Arlene d’appeler le recrutement, et j’en parlerai directement au surintendant. On trouvera une solution.
Je savais que le surintendant Ramon Davies, le chef des enquêteurs, serait mon patron au MCS. Thor Richter était sous ses ordres ; si je parvenais à lui faire retirer la direction de l’enquête, nous pourrions avoir les coudées franches.
— Je crois que j’ai joué toutes mes cartes, conclus-je en serrant la main de Terrence Hoover.
— Votre aide nous sera précieuse dans cette enquête, me dit-il. Il paraît qu’on appelle votre homme le « tueur showman » ?
Étant donné que j’étais l’auteur de ce surnom, je faillis sourire, mais parvins à m’abstenir.
— Le « tueur showman » ? Je crois que ça le décrit bien.