Je fus le premier à arriver sur le toit. Bree me talonnait, suivie de deux secouristes très nerveux. Après s’être brièvement assurés qu’ils ne risquaient rien, ils se précipitèrent auprès de la victime. Nous l’espérions toujours en vie.
Il y avait un deck en bois près de la lucarne. Au-delà, le revêtement goudronné du toit fumait littéralement sous le soleil. Je voyais également des vapeurs de chaleur ondoyer autour du corps. La flaque de sang s’était considérablement élargie.
— Ça se présente mal, maugréa Bree.
— Effectivement.
Nous eûmes un choc en voyant le visage de la victime. Il était recouvert d’un masque, et je comprenais mieux, à présent, pourquoi je l’avais trouvé étrange à l’image. C’était un masque à l’effigie de Richard Nixon, semblable à celui utilisé lors du double meurtre de l’autoroute.
— Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai pas l’impression que ce soit l’imitateur, hurlai-je dans l’oreille de Bree pour couvrir le vacarme des hélicos. Si tant est qu’il y en ait eu un…
— Je crois que tu as raison.
Nous pensions de nouveau la même chose. Les crimes prétendument commis par un imitateur étaient en réalité un hommage à sa propre personne. Et nous devions nous en rendre compte maintenant, sous l’œil des caméras. Pendant que le monde entier regardait, ce salaud nous roulait une fois de plus dans la farine.
— Il est vivant ? criai-je au sauveteur le plus proche.
Je n’avais pas vu la victime bouger depuis que nous étions sur le toit.
— Je n’ai pas de pouls. Rythme cardiaque cent vingt.
Son collègue était en train de réclamer une civière.
— Enlevez-lui ce masque ! hurla Bree.
Plus facile à dire qu’à faire, car à l’arrière du crâne, le latex avait fondu au contact du toit brûlant. Il fallut finalement découper le devant du masque.
Et, quand on le retira enfin, un visage familier nous apparut.
Bree retint un cri, et je lui pris le bras comme pour me soutenir.
C’était Kitz !
Livide, l’agent du FBI qui nous avait tellement aidés grâce à ses connaissances en informatique avait les yeux clos. De grosses perles de sueur roulaient sur son visage.
Je m’agenouillai à son côté. Les compresses ne suffisaient pas à arrêter l’hémorragie, et ce spectacle tragique me révoltait.
— Kitz !
Je lui pris la main et pressai légèrement sa paume.
— C’est Alex. Les secours arrivent.
Ses doigts s’agitèrent sans vraiment réussir à serrer les miens, mais, au moins, il était toujours conscient.
Il finit par ouvrir les yeux.
Il avait le regard vague. Quand il me vit enfin, il voulut me dire quelque chose. Ses lèvres boursouflées, cloquées bougèrent, mais je n’entendis rien.
— Accroche-toi, lui dis-je. On s’occupe de toi, tu vas t’en sortir. Tiens bon, Kitz.
Il tenta encore une fois de parler, mais seul un son inintelligible s’échappa de sa bouche.
Au prix, semblait-il, d’un immense effort, il abaissa deux fois les paupières. Puis ses yeux se révulsèrent. Les secouristes firent ce qu’ils purent, mais quand la civière arriva, tout était fini.
Kitz était mort, sous l’œil des caméras, comme SW l’avait prévu.
Je me tournai vers Bree, l’esprit en ébullition.
— Kitz a cligné deux fois des yeux. Il y aurait deux tueurs ?