Kyle Craig était enfin de retour à Washington. Génial, non ? Bien reposé, il se sentait prêt à passer à l’action. Toutes les routes convergeaient vers le même point, et il attendait avec impatience le crash final. Ou plutôt, les crashes.
Combien auraient misé sur lui les parieurs de Las Vegas lorsqu’on l’avait enfermé dans son cachot du Colorado ? Et, pourtant, il avait déjoué tous les pronostics. Comme toujours.
Avant d’arriver à Washington, il avait acheté une Buick dans le Maryland. Étonnamment rapide et nerveuse, elle avait l’avantage de passer inaperçue. Les voleurs de voitures de la capitale ne s’y intéresseraient guère, ce qui était un plus.
De très bon matin, de quatre à six heures pour être exact, il sillonna Washington en jouant au touriste et en se rappelant l’époque où il y travaillait comme agent du FBI. Il descendit First Street, passa devant la Cour Suprême, la Chambre et le Sénat, le Capitole, et salua même la statue de la Liberté de Thomas Crawford, sur son dôme. Quelle ville grandiose ! Il l’aimait toujours autant, même si, à ses yeux, elle ne rivalisait pas tout à fait avec Paris. Il avait toujours admiré les Français et leur dédain parfaitement justifié à l’égard des Américains et de tout ce qui pouvait être américain.
Pour finir, il rejoignit Pennsylvania Avenue et passa devant le Hoover Building. Le siège du FBI avait été le théâtre de ses nombreux succès comme agent, puis comme directeur, alors qu’il chassait d’ignobles assassins, avec un goût marqué pour les tueurs en série. Le plus drôle de l’histoire, c’était que personne n’avait égalé son taux de réussite, pas même Alex Cross.
Et voilà qu’il était de retour, le sang plein de ce bon vieux venin, prêt à faire des dégâts, prêt à déchirer la ville. Comme à la grande époque.
Avec son ordinateur portable Sony VAIO, il pouvait accéder à Internet depuis sa voiture. Beaucoup d’innovations techniques avaient vu le jour pendant qu’il croupissait dans sa cellule de l’ADX Florence, et il avait manqué tout cela à cause d’Alex Cross et de quelques-uns de ses collègues, qui avaient participé à la trahison.
Kyle mit son ordinateur en marche.
Puis il écrivit : Je suis à Washington. C’est assez émouvant. Si votre emploi du temps le permet, n’oubliez pas notre rendez-vous samedi soir. Je suis persuadé qu’ensemble nous pouvons faire de grandes choses. Chez X.
Il ne prit pas la peine d’ajouter : Maintenant, c’est vous contre moi. Selon lui, ce devait être une évidence pour SW.
Nous verrons bien, se dit-il. Nous verrons bien.