Nous prîmes un premier avion pour Denver le vendredi après-midi, puis un autre pour Kalispell, Montana, le lendemain matin. Nous repartions de bonne heure le dimanche, ce qui nous laissait à peine une journée pour découvrir tout ce que nous pouvions sur Tyler Bell, sur ce qui s’était passé dans cette région des North Woods, et sur ses projets éventuels.
La route de Kalispell à Babb passait par le Glacier National Park. Moi qui avais toujours voulu le voir, je ne fus pas déçu. Avec ses innombrables lacets, la route de la Montée vers le Soleil nous faisait frôler tantôt la muraille rocheuse, tantôt le précipice. Nous nous sentions tout petits dans ce paysage magnifique, que nous aurions pu également trouver romantique si nous avions eu un peu de temps pour ce genre de choses. À un moment, d’ailleurs, Bree me regarda en me lançant : « Quand on veut… »
Nous arrivâmes à Babb peu après midi, le samedi. L’adjoint Steve Mills accepta de faire le trajet depuis Cut Bank, ce qui nous épargna cent vingt kilomètres de route sinueuse.
Décontracté et d’une grande amabilité, il répondit à notre toute première question sans que nous ayons à la poser.
— J’ai rencontré ma femme alors que j’étais en vacances, nous expliqua-t-il dans son anglais impeccable. Je vivais à Manchester, j’étais venu pêcher. Si, je vous assure. Douze ans se sont écoulés, et je n’ai jamais regretté mon choix. Une fois que cet endroit vous met le grappin dessus, il ne vous lâche plus. Je suis sûr que vous allez vous en rendre compte. Avant, je m’appelais Stephen, pas Steve.
Nous suivîmes Mills sur la 89, en direction du sud, jusqu’à la pointe du Lower St Mary Lake, après la réserve Blackfeet.
Là, il emprunta un chemin de terre sans indications. Deux kilomètres plus loin, un autre chemin envahi par les herbes partait sur la droite.
Deux barrières de police en bois, dont l’une était renversée, en interdisaient officiellement l’accès. Pour décourager les journalistes de CNN et les curieux, j’avais déjà vu mieux…
De grands épis de blé griffaient les flancs de la voiture. Il nous fallut parcourir encore plusieurs centaines de mètres avant d’atteindre une zone dégagée dont la surface devait avoisiner le demi-hectare.
Le chalet de Tyler Bell n’avait rien d’un palace, certes, mais ce n’était pas non plus la cabane misérable de Unabomber. La petite maison, dont les murs de cèdre rouge non traité se fondaient agréablement dans le paysage, était nichée dans le coude d’une petite rivière. Dans le lointain, la montagne offrait un panorama grandiose.
Je voyais très bien un homme s’installer ici, si les contacts humains ne lui manquaient pas. Et si l’assassinat était son gagne-pain…