J’allais vite me rendre compte que je ne l’étais pas. Enfin, pas encore. Quatre jours s’étaient écoulés depuis le crime du Riverwalk. Je pensais à mes patients, mais j’étais déjà tiraillé. J’essayais vainement de chasser de mon esprit la mort de Tess Olsen et son chapelet d’interrogations : qui était ce tueur sadique, comment pouvait-il me connaître, et surtout, qu’attendait-il de moi…
Inévitablement, je commençai la journée en consultant le site Web du Washington Post. Il ne s’était rien passé depuis, fort heureusement. Pas de nouveaux meurtres, pas d’hécatombe pour l’instant.
Les consultations de la matinée n’allaient pas me laisser le temps de cogiter, en tout cas. C’était ma grosse journée de la semaine, celle que j’attendais avec impatience, mais non sans une certaine appréhension. J’avais toujours l’espoir de faire du bien à quelqu’un, de débloquer une situation douloureuse. Et je pouvais aussi me casser les dents.
À sept heures tapantes, je recevais un pompier de Washington veuf depuis peu, partagé entre ses devoirs de soldat du feu, ses obligations de père de famille et le sentiment croissant que sa vie n’avait plus de sens, ce qui le conduisait à songer au suicide tous les jours.
Une heure plus tard, j’avais rendez-vous avec un ancien combattant ayant vécu l’opération Tempête du Désert qui luttait encore contre les démons ramenés d’Irak. Il m’avait été adressé par ma propre psy, Adele Finally, et j’avais de bonnes raisons de penser que je finirais par réussir à l’aider. Pour l’instant, hélas, nous traversions encore une phase de crise et il était trop tôt pour savoir si nous communiquions réellement.
Ensuite, je reçus une jeune femme qui, suite à une dépression post-natale, nourrissait des sentiments très contradictoires à l’égard de sa petite fille de six mois. Nous parlâmes de son enfant avant d’évoquer, un bref instant, mes propres sentiments à la perspective de voir Damon partir poursuivre ses études dans une école préparatoire. Flic ou psy, mes méthodes n’étaient jamais très orthodoxes, mais j’étais là pour parler aux gens, et le plus souvent je leur parlais tout à fait librement.
Une pause d’une demi-heure me permit d’appeler Bree, puis de consulter encore une fois le site du Washington Post. Rien de neuf, pas de nouvelle agression, rien qui pût expliquer le meurtre de Tess Olsen.
Ma dernière patiente, ce matin-là, était une étudiante en droit de Georgetown dont la mysophobie était devenue si aiguë qu’elle n’hésitait plus à incinérer ses propres sous-vêtements chaque soir.
Sacrée matinée. Assez satisfaisante, curieusement. Et relativement sécurisante – enfin, pour moi.