Je pris l’ascenseur jusqu’au troisième étage, frappai à la porte de la suite 3B. Rien ne semblait avoir changé. Toujours cet air délicatement parfumé. Mais Bree portait un jean et un chemisier, alors que je m’attendais à la trouver moins vêtue.
— J’espère que cette spontanéité ne te dérange pas, me dit-elle.
Elle me tendit un verre de vin rouge. Un nez épicé – du zinfandel, peut-être ? Peu m’importait le cépage, peu m’importait la marque.
Je commençai à embrasser Bree, et très vite mes mains glissèrent vers le dos de son chemisier. Ses bras m’enveloppèrent. J’entendis la porte se refermer avec un bruit mat, et il n’y eut plus que le cocon de cette suite aux douces teintes bleu pastel et crème. Bonne idée, me dis-je. Tenons le monde à l’écart, aussi longtemps que possible.
Les rideaux étaient déjà tirés, le lit ouvert comme il fallait, chaque chose à sa place.
— Ce lit est très tentant. Et on y dort bien. Je m’en souviens.
— Déshabille-toi, m’intima-t-elle avec un petit sourire. Et je te préviens : ce n’est pas ce soir que tu vas dormir, Alex.
Je la regardai par-dessus mon verre.
— Tu es pressée, ou quoi ?
— Pas le moins du monde.
Elle s’affala dans un fauteuil club pour m’observer, l’œil pétillant.
— Prends ton temps, si tu veux. Je t’en prie. Je te demande juste d’enlever quelque chose, Alex. Je ne suis absolument pas pressée.
Je fis donc ce qu’elle me demandait de faire. Un bouton, un baiser. Deux jambes de pantalon, deux baisers. Et ainsi de suite.
Puis, brusquement, elle se releva et me prit dans ses bras.
— Ne te méprends pas. Je ne suis toujours pas pressée.
Nous finîmes par basculer sur le lit, toujours aussi confortable.
— Et toi ?
Elle n’avait strictement rien enlevé.
— Je te rattraperai. Tôt ou tard. Pourquoi, tu es pressé ?
Elle tendit le bras, ouvrit le tiroir de la table de chevet. Qu’espérait-elle y trouver ?
Et à ma grande, très grande surprise, elle en sortit deux cordelettes.
Voilà qui promettait. Les battements de mon cœur s’accélérèrent.
— C’est pour toi ou pour moi ?
— Disons, pour nous deux.
Je lui faisais confiance, non ? Ni doutes ni soupçons ? Enfin, là, j’étais tout de même en train de me poser quelques questions. En deux ou trois gestes, Bree m’attacha la main gauche au lit, solidement mais sans me faire mal. Puis elle m’embrassa. Un premier baiser rassurant sur la bouche, suivi d’un autre, plus appuyé. Connaissais-je vraiment Bree ?
— Il commence à faire chaud, ici, ou c’est moi ?
— J’espère qu’il commence à faire chaud, rétorqua-t-elle.
Ensuite, elle m’attacha la main droite. Visiblement, elle savait faire des nœuds.
— C’est pour ça que tu es devenue flic ? Ce qui t’intéresse, c’est de pouvoir exercer ton pouvoir, madame l’inspecteur.
— C’est possible, monsieur le docteur. Nous le saurons bientôt, n’est-ce pas ? En tout cas, là, tu es à croquer.
— À ton tour. Déshabille-toi.
Elle me regarda d’un air enjôleur, avec ses grands yeux noisette. Je me demandais ce qui allait bien pouvoir m’arriver, mais je dois avouer que je commençais vraiment à aimer ça…
— Dis s’il te plaît.
— S’il te plaît. On pourrait peut-être aller plus vite, non ?
— Ah, tu es pressé, donc.
— Un petit peu, maintenant.
— Un petit peu ? Je ne sais pas si le terme petit est vraiment d’actualité.
Elle enleva d’abord son chemisier, lentement, très lentement, puis son jean. Je ne les avais encore jamais vus, ces dessous de dentelle bleu pervenche. Et Dieu que ce soutien-gorge était bien rempli ! Tout cela se mariait délicieusement avec le décor chaleureux de la pièce.
Je voulus toucher Bree, mais les cordelettes m’en empêchèrent.
— Bree, viens m’embrasser. S’il te plaît. Juste un baiser.
— Juste un baiser, hein ? Et tu t’imagines que je vais te croire ?
Elle finit par consentir à m’embrasser, mais uniquement après m’avoir longuement goûté du bout de la langue, partout. Je me contorsionnais, j’entrelaçais nos jambes, mais je ne pouvais rien faire d’autre. Il y avait de quoi devenir fou, mais le fait d’être ainsi immobilisé ne me déplaisait pas entièrement. J’avais très envie de l’inspecteur Bree Stone. Visiblement.
Elle, elle était au spectacle.
— Intéressant, commenta-t-elle. Ça fonctionne encore mieux que je ne le pensais. On devrait venir ici plus souvent.
— Je suis d’accord. Pourquoi pas tous les soirs ?
Enfin, elle s’allongea sur moi. Ses lèvres étaient à deux centimètres des miennes, ses seins me brûlaient le torse, ses yeux étaient magnifiques, si proches.
— Veux-tu que je dénoue ces vilaines cordes, maintenant ?
J’acquiesçai, le souffle court.
— Oui.
— C’est tout ?
Ses ongles me griffèrent doucement la poitrine, puis les jambes, puis entre les jambes. Je frissonnais, sans pouvoir lutter.
— S’il te plaît ! Tu veux me dominer, c’est ça ?
— Non, Dr Cross. Ce n’est pas une question de domination, mais de confiance. As-tu confiance en moi ?
— Je devrais ?
— Ne réponds pas à une question par une autre.
— Oui, j’ai confiance en toi. Je ne sais pas si c’est très malin de ma part.
— Très. Si on veut être ensemble, c’est le seul moyen.
Je me mis à rire.
— Ça tombe bien, j’ai justement envie qu’on soit ensemble. Et tout de suite, d’ailleurs.
— Ah, bon ? C’est vrai ?
— En fait, ton truc, c’est la torture.
Et finalement, en deux gestes, elle tira sur les cordelettes et me libéra les mains. Ses connaissances en matière de nœuds auraient pu m’impressionner, mais j’avais l’esprit ailleurs. Je la retournai, l’embrassai, et la seconde suivante j’étais en elle. Tout au fond d’elle.
— Doucement, murmura-t-elle. Je veux que ça dure.
Je compris plus tard que c’était exactement ce qu’elle recherchait depuis le début. Faire durer le plaisir.
Dans l’histoire, nous étions tous les deux gagnants. Et quel bonheur d’échapper à toute cette folie le temps d’une nuit !
Peut-être étions-nous même prêts à aller plus loin. Peut-être nous restait-il beaucoup de chemin à parcourir. Pour l’instant, rien de tout cela ne comptait.
Nous fîmes l’amour une première fois, et juste après, Bree me dit :
— Il y a le wifi dans la suite. Tout l’équipement nécessaire. Veux-tu qu’on regarde ce qui se passe dans le monde ?
— Pas question… de regarder… quoi que ce soit.