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Seule sur le toit de la maison de la 19e Rue, Bree Stone contemplait l’emplacement du corps de Brian Kitzmiller et la flaque de sang qui, sous le soleil, s’était réduite à une tache noire craquelée. Dans sa tête, les questions, les questions dangereuses, se bousculaient. As-tu beaucoup souffert, Kitz ? As-tu été attaqué par surprise ? As-tu au moins eu la possibilité de te défendre ? Sais-tu qui a fait ça ?

Mais, si inévitables soient-elles, si intrinsèquement humaines, ces interrogations ne l’aidaient guère dans son enquête. Il fallait qu’elle se concentre sur les méthodes du tueur, et ne laisse passer aucun indice qu’il aurait pu laisser sur place.

La société Bio-Tec devait venir le soir même pour nettoyer la « maison jaune ». Les propriétaires rentraient le lendemain. Pour Bree, c’était la dernière inspection, la dernière chance de déceler un fragment de piste avant que la vie de tous les jours n’efface tout.

Tout laissait à penser que le tueur était entré en passant par le toit, et qu’il s’était ensuite enfui en utilisant l’échafaudage monté à l’arrière d’un immeuble, deux maisons plus loin. L’autopsie de Kitz avait révélé des traces de frottement sous les bras et la présence de fibres sur la chemise ; on l’avait hissé à l’aide d’une corde de nylon, ou d’un filin. On avait retrouvé dans ses veines de l’hydrate de chloral, pas assez pour que la dose soit mortelle, mais cela signifiait qu’il était inconscient, et c’était la seule bonne nouvelle pour l’instant.

L’examen de l’intérieur de la maison n’avait mis au jour aucune trace de sang significative. Kitz avait été égorgé ici même, sur le toit, peu avant l’arrivée de la police. Le tueur avait sans doute minuté son coup.

Ce salaud voulait jouer avec le feu, songea Bree. Il avait tout calculé. Kitz devait mourir juste après notre arrivée.

Bree se malaxa la nuque. Le mal de tête avec lequel elle s’était réveillée le matin était parti pour durer. Et la chemise noire qu’elle avait eu la mauvaise idée de mettre était déjà détrempée de sueur.

En se dirigeant vers l’échafaudage, d’un toit à l’autre, elle passa devant un endroit jonché de mégots de cigarettes et de grandes canettes de bière à demi écrasées. Elle n’avait rien remarqué la première fois, autrement dit quelqu’un était venu depuis. « Des psychotouristes », comme les surnommait Alex, de pauvres malades fascinés par les scènes de crime. Et, dans le genre, on n’avait sans doute jamais vu quelque chose d’aussi médiatique depuis une dizaine d’années.

Bree regarda en bas. Le parking était quasi vide à cette heure de la journée. C’était là qu’on avait retrouvé la Camry de Kitz, sur un emplacement réservé aux résidents de l’immeuble.

Soit le tueur était reparti à pied, soit un véhicule l’attendait.

Enfin, s’il était reparti.

Ce qui n’est pas sûr, à bien y réfléchir.

Il pouvait avoir choisi de rester sur place, pour faire le plein de souvenirs.

Est-ce que cela faisait partie de ses habitudes ?

Le meurtre lui-même s’était déroulé sans témoins, ce qui était une nouveauté intéressante. Le public était plus important, mais plus abstrait, puisqu’il s’agissait de téléspectateurs. Bree était prête à parier son badge que SW, poussé par un besoin irrésistible, avait donc pris le risque de rester sur place pour voir la foule rassemblée sur la 19e Rue, pour voir son vrai public.

Et sa complice de Baltimore ? Avait-elle participé à ce meurtre, elle aussi ? Et aux précédents ? Quel pacte sanglant avaient-ils signé ? Étaient-ils amants ? Avaient-ils été internés dans le même hôpital psychiatrique ? Qu’est-ce qui les reliait à Kyle Craig ?

Bree s’assit au bord du toit, passa sur l’échafaudage et descendit tout doucement, car elle se sentait un peu vacillante. Trop de stress, pas assez de sommeil, pas assez d’Alex.

Une fois au sol, elle se força à suivre le chemin vraisemblablement emprunté par le tueur. Elle remonta la ruelle jusqu’à A Street et revint vers la 19e.

Tout était calme, surtout après le tumulte de l’avant-veille. Une seule voiture de patrouille était garée devant la maison. Adossé à la portière, côté passager, Howie Pearsall, l’agent qu’elle avait emmené avec elle, attendait. Howie était un type bien, un ami, mais l’ambition ne le dévorait pas.

Il était là par mesure de précaution, mais pour Bree, cette mesure tenait du gag. En cas de problème, on pouvait se demander lequel était le plus à même de protéger l’autre. Dès qu’il la vit arriver, il se redressa et épousseta sa chemise du revers de la main.

— Repos, soldat. Ne vous inquiétez pas. Désolée d’avoir été aussi longue, Howie.

— Alors ? s’enquit le jeune collègue.

— Chou blanc, Howie. Attendez-moi, je reviens tout de suite.

Elle gravit les marches du perron et arracha l’avis de scellé collé sur la porte. Pauvre scène de crime…

— Excusez-moi, inspecteur ?

Le type sur la pelouse, derrière elle, semblait surgir de nulle part. Que lui voulait-il ?

— Je suis Neil Stephens, de l’Associated Press. J’aurais aimé vous poser quelques questions.

En votre honneur
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