Au bout de la ruelle, il y avait un petit parking, juste assez grand pour trois véhicules. En descendant de ma voiture, je vis le Highlander noir bloquer la sortie.
La conductrice nous observait, l’air à la fois mystérieux et menaçant. Enfin, était-ce vraiment une femme ? Nous avions été trop souvent abusés pour être certains de quoi que ce soit.
Nous nous approchâmes du bâtiment. La porte métallique verte, en bien mauvais état, était maintenue ouverte par une demi-brique. À l’intérieur, il y avait une cage d’escalier en ciment. J’avais l’impression d’être sur le plateau d’un film d’horreur genre Saw.
— Descendez, nous intima Tyler Bell. Un peu de courage.
Sous une autre porte, au pied de l’escalier, je vis une bande de lumière étrangement vive.
— Bell, qu’y a-t-il, en bas ? Où allons-nous ?
— Refermez la porte derrière vous. Et vous avez intérêt à entrer, sans quoi votre ami va être provisoirement victime d’un terrible accident.
Bree et moi échangeâmes un regard. Si nous voulions renoncer, c’était le moment où jamais, mais pour moi, en tout cas, il n’en était pas question.
— On n’a pas le choix, me chuchota Bree. On y va. Et à la première occasion, on passe à l’action.
Je descendis le premier.
Le mur en parpaings bruts n’était pas équipé de rambarde, et une vague odeur d’acide sulfurique me picotait le bout de la langue. Arrivé en bas, je saisis un bouton rouillé qui refusait de tourner. Une poussée, et la porte s’ouvrit brutalement.
Un projecteur m’aveugla. La main en visière, je vis qu’il y en avait plusieurs, sur trépied, illuminant chaque coin de ce sous-sol humide.
— Ah, voilà notre ami ! s’exclama Bell.
Sampson était assis sur une chaise, les mains liées dans le dos, du ruban adhésif argenté sur les yeux. Lorsqu’il tourna la tête, alerté par le bruit de la porte, je vis l’horrible plaie sur son visage. Le sang n’était pas encore sec, et ce même sang avait servi à inscrire les lettres SW sur le mur, derrière lui. En quantité.
À la droite de Sampson, je vis deux chaises vides, et au pied de chacune d’elles, un rouleau de corde.
Un homme qui devait être Tyler Bell se tenait sur le côté, une caméra dans une main, un pistolet dans l’autre. Il m’était impossible de voir son visage, toujours dans l’ombre. Mais la fin était proche, n’est-ce pas ?
La caméra était reliée à un ordinateur portable posé sur une table – en fait, une simple planche – encombrée de matériel vidéo. Le câble passait par-dessus un chevalet. Sur l’écran du portable, je reconnaissais la page d’accueil du site de SW, avec une différence notable. À la place de la petite télévision sans image, on nous voyait, Bree et moi. En temps réel.
Bell délaissa lentement le viseur de sa caméra pour nous dévisager et lorsqu’il vit que je le regardais, il déclama :
— Bienvenue dans mon studio !