88

Neil Stephens, de l’AP, jouait des épaules avec ses confrères, en face de la maison jaune où avait été découvert le corps de l’agent du FBI. Tous se battaient pour avoir la photo la plus juteuse possible. Lui s’en fichait, bien sûr. Il avait déjà son cliché à un million de dollars : un joli gros plan du visage de Brian Kitzmiller, les yeux écarquillés, le cou ouvert, pissant le sang comme un cochon égorgé.

— Sacrée scène, hein ? fit un autre photographe à côté de lui, un excité à la peau bien brune. C’est incroyable, cette histoire, hein ? Vous couvrez le truc depuis le début ?

On peut dire ça, songea SW.

— Je viens d’arriver à Washington, répondit-il en veillant à reproduire l’accent légèrement nasillard de Chicago.

Il adorait ces petits détails. C’était ce qu’il y avait de plus magique, et de plus diabolique.

— Je fais un sujet sur les enquêteurs et les experts de scènes de crime. C’est mon angle. Les experts, ils ont vraiment la cote. Ce petit événement n’est qu’un… comment dire…

— Un heureux hasard ?

Le tueur renvoya au type son sourire cynique.

— C’est un peu ça. J’ai de la chance.

— Les voilà ! cria quelqu’un, et, comme les autres, Neil Stephens de l’AP leva son appareil.

De l’autre côté de la rue, la porte s’ouvrit. Les inspecteurs Cross et Stone sortirent les premiers, devant les secouristes qui emmenaient le corps. Ils faisaient tous les deux une tête d’enterrement parfaitement appropriée, qui ressortait très bien au téléobjectif.

Clic ! Sympa, ce petit plan double de l’opposition. En piteux état, certes, mais pas encore tout à fait vaincue. Toujours debout.

Cross avait l’air particulièrement mauvais. On voyait encore le sang de Kitzmiller sur ses mains et sa chemise.

Clic !

Encore une photo d’anthologie.

Les deux flics en rejoignirent un autre, John Sampson, l’ami de Cross, qui attendait sur le trottoir. Bree chuchota quelque chose à l’oreille du grand gaillard – clic ! – qui se mit à secouer la tête d’un air incrédule. Il venait sûrement d’apprendre que c’était Brian Kitzmiller qu’on avait retrouvé sur le toit.

Clic, clic, clic !

Ces photos valaient de l’or.

Le petit mec à côté de lui n’arrêtait pas de parler en shootant. Un vrai moulin à paroles.

— Il paraît que Cross, le type qui est là-bas, est un de nos meilleurs flics. J’ai l’impression que ce coup-ci, il est en train de se prendre un savon.

— On dirait, hein ?

Neil Stephens mitraillait toujours les trois inspecteurs en s’efforçant d’obtenir des plans des visages aussi serrés que possible. Rien d’esthétisant, mais du solide tout de même. On restait ancré dans le réel.

Puis il recula un peu et les prit tous les trois ensemble.

Clic, clic, clic !

Il s’arrêta enfin et regarda leurs visages quelques secondes à travers le viseur du Leica. Était-ce ainsi qu’il les tuerait à la fin ? Tous les trois en même temps, d’un seul coup, dont l’écho ferait le tour du monde ? Ou bien l’un après l’autre, gentiment, calmement ?

Stone.

Sampson.

Cross.

Il n’avait pas encore décidé. Rien ne pressait. Il valait mieux qu’il poursuive sa route tranquillement, en profitant du paysage. De toute manière, cela ne changerait rien au dénouement. Au bout du voyage, il y aurait un mort, deux morts, trois morts. Et il entrerait dans la légende, aux côtés des meilleurs.

Et l’autre, pendant ce temps, qui n’arrêtait pas de jacasser.

— Vous venez juste d’arriver, vous dites. Alors, ça veut dire que vous ne leur avez pas encore parlé, aux flics ?

— Pas encore, répondit Neil Stephen avec son merveilleux accent. Mais j’ai hâte de le faire.

En votre honneur
titlepage.xhtml
cover.html
ident1.html
ident1-1.html
ident1-2.html
ident1-3.html
p1.html
p1chap1.html
p1chap2.html
p2.html
p2chap1.html
p2chap2.html
p2chap3.html
p2chap4.html
p2chap5.html
p2chap6.html
p2chap7.html
p2chap8.html
p2chap9.html
p2chap10.html
p2chap11.html
p2chap12.html
p2chap13.html
p2chap14.html
p2chap15.html
p2chap16.html
p2chap17.html
p2chap18.html
p2chap19.html
p2chap20.html
p2chap21.html
p2chap22.html
p2chap23.html
p2chap24.html
p2chap25.html
p2chap26.html
p2chap27.html
p2chap28.html
p2chap29.html
p2chap30.html
p3.html
p3chap1.html
p3chap2.html
p3chap3.html
p3chap4.html
p3chap5.html
p3chap6.html
p3chap7.html
p3chap8.html
p3chap9.html
p3chap10.html
p3chap11.html
p3chap12.html
p3chap13.html
p3chap14.html
p3chap15.html
p3chap16.html
p3chap17.html
p3chap18.html
p3chap19.html
p3chap20.html
p3chap21.html
p3chap22.html
p3chap23.html
p3chap24.html
p3chap25.html
p3chap26.html
p3chap27.html
p3chap28.html
p3chap29.html
p3chap30.html
p3chap31.html
p3chap32.html
p3chap33.html
p3chap34.html
p3chap35.html
p3chap36.html
p3chap37.html
p3chap38.html
p3chap39.html
p3chap40.html
p4.html
p4chap1.html
p4chap2.html
p4chap3.html
p4chap4.html
p4chap5.html
p4chap6.html
p4chap7.html
p4chap8.html
p4chap9.html
p4chap10.html
p4chap11.html
p4chap12.html
p4chap13.html
p4chap14.html
p4chap15.html
p4chap16.html
p4chap17.html
p4chap18.html
p4chap19.html
p4chap20.html
p4chap21.html
p4chap22.html
p4chap23.html
p4chap24.html
p4chap25.html
p4chap26.html
p4chap27.html
p5.html
p5chap1.html
p5chap2.html
p5chap3.html
p5chap4.html
p5chap5.html
p5chap6.html
p5chap7.html
p5chap8.html
p5chap9.html
p5chap10.html
p5chap11.html
p5chap12.html
p5chap13.html
p5chap14.html
p5chap15.html
p5chap16.html
p5chap17.html
p5chap18.html
p5chap19.html
p5chap20.html
p5chap21.html
p5chap22.html
p5chap23.html
p5chap24.html
p5chap25.html
p5chap26.html
p5chap27.html
p5chap28.html
p5chap29.html
p6.html
p6chap1.html