51
Les yeux d’Horus se mirent à briller. Il marqua un court silence et ajouta :
– C’est toi, Kevin, qui m’as enseigné le métier des armes.
– Moi ?
– Tu étais mon précepteur, et le plus fidèle ami de mon père. Tu portais à l’époque le nom de Naoh-Varr.
Il se tourna ensuite vers Alexandra.
– Quant à toi, Alexandra, tu étais ma nourrice. La belle et douce Siâ-Kym. C’est toi que j’ai reconnue la première, lors de cette conférence sur l’Égypte, il y a bientôt trois ans, à Sarlat. Cela faisait plus de deux mille ans que j’avais perdu ta trace au fil des réincarnations. J’espère que tu me pardonneras d’avoir pris la liberté de sonder ton esprit afin d’en apprendre plus.
– J’ai… été votre nourrice ?
– Tu me tutoyais, à l’époque.
– Siâ-Kym… murmura-t-elle.
Peu à peu, de nouveaux souvenirs se remirent en place dans l’esprit d’Alexandra : un bébé d’une vigueur peu commune, une femme à la beauté légendaire, celle que l’on appelait la déesse mère, Isis. Mais autour d’eux régnait un climat de danger et de malheur.
– Je me rappelle. Nous devions fuir sans cesse les hordes que Seth lançait à notre poursuite. Il y avait une autre femme avec nous, Nephtys. Une Titanide, elle aussi.
– Qui s’appelle aujourd’hui Sarah Livingstone, compléta Horus.
Bouleversée, Alexandra éclata en sanglots.
– Mais pourquoi ne pas me l’avoir dit lorsque tu m’as retrouvée ?
– Crois-tu qu’une jeune femme de vingt ans, à la fin du XXe siècle, aurait accepté cette histoire sans sourciller ? Tu m’aurais pris pour un fou.
– Tu aurais peut-être pu réveiller ma mémoire profonde…
– Cela ne peut se faire en une fois. Seul mon père, Astyan, est capable de cet exploit sans dommage. Il faut procéder par étapes. J’ai donc décidé de patienter, tout en gardant le contact avec toi. Tu ne t’en es pas aperçue, mais, depuis ce jour-là, j’ai suivi ton évolution. Deux ans plus tard, suite à un cyclone en Floride, j’ai vu arriver Kevin Kramer, qui venait me demander comment j’avais fait pour me trouver à la fois sur mon bateau, à Blowing Rocks, et dans l’Oregon. J’ai d’abord pris cette histoire avec humour, puis je me suis rendu compte que je le connaissais également.
Il prit les mains de Kevin et les serra avec émotion.
– Pardonne-moi, toi aussi, d’avoir pénétré ton esprit après ton départ.
Un nouveau voile se déchira dans la mémoire de Kevin. Il s’appelait Naoh-Varr. Une vision lui montra un petit garçon d’une force surnaturelle, au profond regard noir. Le même que celui de l’homme assis en face de lui.
– Seigneur ! Comment est-ce possible ?
À son tour, Kevin ne put retenir ses larmes. Il se leva et prit Horus dans ses bras.
– Tu étais le meilleur élève que j’ai jamais eu. Puis il éclata de rire.
– Et pourtant, tu m’as joué de bien vilains tours ! Mais pourquoi ne pas m’avoir tout dit dès le début ?
– J’ai voulu te parler. C’est pour cela que je t’ai demandé de revenir le lendemain. Malheureusement, entre-temps, la Sainte Vehme avait réussi à nous localiser, à cause d’un article paru dans la presse de Blowing Rocks.
Le visage de Kevin s’assombrit.
– Et tu as massacré tous ces soldats… Tu aurais pu seulement les mettre hors d’état de nuire. Horus soupira :
– La mort est la seule manière de libérer leur âme. Ces soldats kamikazes ne sont plus des hommes. Les drogues qu’on leur fait absorber effacent leur personnalité.
– Je comprends, soupira Kevin. Mais Sheridan s’est servi de ce massacre pour nous faire croire que vous étiez des monstres. Il a aussi parlé des quatre navires que vous avez détruits dans le Triangle des Bermudes. D’après lui, quatre cents marins ont péri.
– Nous ne sommes pas responsables de ce qui est arrivé à ces marins. Le Triangle des Bermudes est une région extrêmement dangereuse. À cet endroit, il existe, sous le fond de l’océan, des poches colossales de méthane sous pression. Il arrive parfois que des fissures laissent échapper d’énormes quantités de gaz. Il se crée alors un bouillonnement intense à la surface, le méthane est souvent embrasé lorsqu’il remonte des profondeurs, et l’eau ne suffit pas à l’éteindre à cause de la pression. Je vous laisse imaginer ce qui peut se passer lorsque des navires, ou même des avions, se trouvent sur la trajectoire de ces gigantesques bulles de gaz en feu.
Kevin hocha la tête.
– Que s’est-il passé à Rocky Point, après que je me suis évanoui ?
– Nous t’avons porté à l’extérieur, et nous avons détruit notre demeure, afin qu’il ne reste aucune trace de notre passage.
– Que contenaient les galeries souterraines ?
– Des archives historiques. Heureusement, tout était déjà stocké ailleurs. Nous n’avons rien perdu. Nous avons simplement changé de noms et nous avons conservé le contact avec vous. Ces deux rencontres nous avaient bouleversés. Il y avait en effet peu de chances pour que nous vous retrouvions tous les deux à quelques années d’intervalle au milieu de six milliards d’êtres humains. Hathor et moi avons donc décidé de tenter de vous faire découvrir vos « chemins de lumière ». D’après nos investigations, vous étiez prêts à le faire. Il fallait seulement stimuler votre mémoire profonde en vous amenant en différents endroits où vous aviez vécu dans le passé. Dans un premier temps, nous avons provoqué votre rencontre. Depuis des millénaires, vous aviez partagé la plupart de vos existences. Il était évident qu’il allait se passer quelque chose.
– En effet, s’exclama Alexandra. Nous avons eu l’impression de nous reconnaître.
– Et pour cause. Mais la Sainte Vehme ne nous a pas facilité la tâche. Par deux fois, ils ont tenté de te tuer, Kevin. Heureusement, nous veillions sur toi en permanence, et nous avons pu supprimer tes agresseurs.
– Les flics n’ont rien compris ! précisa Alexandra en repensant à la tête de l’inspecteur Mac Dowell.
– En revanche, ceux de la Sainte Vehme se sont doutés que vous me protégiez, ajouta Kevin. Ils ont voulu savoir pourquoi, et ils ont attaché des médiums à nos pas.
– Ceux-ci vous ont suivis sur les sites où nous vous avons envoyés. Chaque lieu avait un rôle bien précis. Le tribunal de la Sainte Vehme, à Lôwenscheid, devait vous faire prendre conscience du phénomène de la réincarnation.
– Ce fut une réussite totale, grommela Alexandra. Je te remercie au passage pour l’expérience de la « Vierge de Fer ». Ce n’est pas comme ça que l’on traite sa vieille nourrice !
– Pardonne-moi, ma douce Siâ-Kym. Mais il fallait un souvenir très fort pour provoquer la première régression. Je voulais aussi te montrer ce qu’avait été réellement la Sainte Vehme. Ensuite, ce fut le tour de Kevin, qui refusait manifestement de croire à la réincarnation. Le retour dans la personnalité de Daniel Dunglass-Home l’a convaincu du contraire, et lui a permis de découvrir certains pouvoirs. La régression suivante, dans la peau d’Isabelle de Tonnay et de Hugues de Molines, vous a fait comprendre que vous aviez partagé d’autres vies.
– Et que Christophe Colomb n’avait pas découvert l’Amérique ! ajouta Kevin.
– Ça, c’était un détail. Nous voulions surtout vous préparer à la découverte de l’île de Xhadan. Mais avant, nous vous avons envoyés au Tibet. Le but était double : vous faire prendre conscience que nous étions immortels, et peut-être tenter à cette occasion de ranimer en totalité votre mémoire profonde. C’est pourquoi le voyage fut si long, et si difficile. Malheureusement, ce ne fut pas le cas.
– Vous êtes donc… vraiment immortels ?
– Pas exactement. Disons que nous avons acquis une telle maîtrise de notre corps que nous avons arrêté en lui l’horloge biologique qui déclenche le vieillissement. De même, nous sommes capables de vaincre n’importe quelle maladie. Cependant, si notre corps est détruit, par exemple dans un incendie ou une explosion, nous mourons. C’est pourquoi la Sainte Vehme n’hésite pas à provoquer des catastrophes pour nous éliminer. Ils s’imaginent alors nous faire disparaître. Mais jusqu’à présent, ils n’ont pu tuer que trois d’entre nous. Et de toute manière, nous nous réincarnons dans des corps que nous avons choisis. Leurs efforts sont donc voués à l’échec.
– Il est donc possible de maîtriser le phénomène de la réincarnation ! C’est ce qu’espérait William Sheridan. Il pensait découvrir ici le secret de l’immortalité.
– Malheureusement pour eux, les gens de la Sainte Vehme ne sont pas près d’y parvenir. Tout au plus pourront-ils repousser l’échéance de la mort à l’aide de quelques manipulations génétiques. Mais la véritable immortalité nécessite un niveau de sagesse qu’ils sont loin d’avoir atteint. Même vous n’y parviendrez pas avant très longtemps.
– Et le manuscrit du lama Tsenring ? demanda Alexandra.
– Nous lui avions demandé de vous remettre cet ouvrage, afin de vous apporter la preuve de notre immortalité. Mais la Sainte Vehme, qui désirait vous faire croire que nous voulions retrouver le secret enfoui dans votre mémoire, devait détruire cette preuve. L’expertise de ce livre aurait révélé son authenticité, et aurait anéanti leur manipulation. C’est pourquoi ils ont provoqué cet incendie. L’autre but de ce voyage à Pemako était de vous révéler l’existence des mondes parallèles. Nous avons complété cette information avec le voyage suivant, l’odyssée de Brendan, qui l’a amené sur ce qu’il appelait l’île des Merveilles.
– Cet endroit était véritablement extraordinaire, s’exclama Kevin, enthousiaste. Mais pourquoi cette île n’apparaît-elle que tous les cent vingt et un ans ?
– Xhadan est ce que l’on appelle une aberration subquantique. L’espace que nous connaissons n’est pas unique. En réalité, il fait partie d’une infinité d’autres univers, imbriqués les uns dans les autres, qui constituent ce que l’on appelle le Plurivers. Ces mondes parallèles se côtoient sans jamais se rejoindre. Il existe ainsi une infinité d’autres planètes semblables à la Terre, à quelques différences près, car, au fil du temps, elles n’ont pas évolué de la même manière. Certaines sont devenues inhabitables, d’autres ignorent l’espèce humaine. Quelques-unes se sont métamorphosées en de véritables paradis, comme la planète Atlantide. Le parallélisme des mondes se situe au niveau subquantique, c’est-à-dire au-dessous des particules élémentaires. Celles-ci – comment dire ? – existent sur une certaine « fréquence » pour un univers donné. Elle est immuable et assure la stabilité de l’univers. Mais il arrive que certaines portions de l’espace possèdent une « fréquence variable ». Alors, elles voyagent d’un monde à l’autre, parfois de manière aléatoire, parfois avec une régularité de métronome. Ainsi en est-il de Xhadan, qui apparaît tous les cent vingt et un ans dans l’océan Atlantique. C’est par elle que nos ancêtres ont découvert la Terre il y a dix-huit mille ans. Cette planète les a étonnés, car, en Atlantide, l’évolution a été plus rapide. L’espèce humaine y est apparue environ six millions d’années plus tôt. Elle a atteint depuis longtemps un niveau supérieur. Lorsqu’ils ont constaté que les Terriens en étaient encore à l’âge de pierre, ils ont voulu les aider à évoluer, et ils ont engendré les Titans, qui ont fondé l’empire atlante terrestre. Cependant, ils avaient conscience de prendre un risque, car, ce faisant, ils privaient l’Humanité du rythme normal de son évolution. Pendant six mille ans, l’Archipel du Soleil fut une sorte de paradis. Mais les hommes n’avaient pas vécu leurs propres expériences. Ils n’avaient pas appris à connaître et à maîtriser les zones obscures de leur esprit. C’était une lacune très grave, qui, peu à peu, se cristallisa dans un univers particulier, celui de la Non-Vie, créant une perturbation dont les Titans ne prirent pas conscience à temps. Des entités contraires prirent forme : les Géants. Ennemis irrémédiables des Titans, dont ils étaient les doubles, ils provoquèrent l’anéantissement de l’empire atlante.
– Que sont-ils devenus depuis ?
– Mon père les a anéantis il y a six mille ans. Mais leur ombre plane encore sur le monde. Elle s’exprime aujourd’hui au travers des actes de la Sainte Vehme. Elle perdurera tant que les hommes n’auront pas appris la sagesse. Alors, ils s’effaceront pour toujours.
– Ils ont détruit l’Atlantide, murmura Alexandra. Le paradis perdu…
– Seule demeura l’île éphémère de Xadhan, dont la mémoire des peuples conserva la légende. C’est par elle que les Terriens qui, comme vous, ont atteint un certain degré de sagesse passent sur la planète Atlantide.
– Mais… est-ce que nous possédons nos propres doubles sur cette planète ? demanda Alexandra.
– Non, bien sûr. Même si elle ressemble beaucoup à la Terre, l’Atlantide est différente.
– C’est elle que nous avons entrevue à Pemako, lors de notre premier voyage…
– Exactement. Ces « passages » transquantiques constituent le seul moyen pour les humains de glisser d’un monde à l’autre. Mais les Titans savent le faire sans l’aide de ces passages. C’est un phénomène plus compliqué que la téléportassions, mais que l’on peut parfaitement maîtriser avec de l’entraînement. Nous vous enseignerons cet art.
– Ainsi, vous pouvez passer d’un monde à l’autre quand vous le désirez…
– C’est ainsi que nous avons pu disparaître de Rocky Point en moins d’une heure. Nous avons emmené nos serviteurs shoshones avec nous, afin qu’ils ne soient pas inquiétés par la Sainte Vehme ou par les autorités locales.
– C’est aussi comme ça que vous nous avez ramenés du Tibet dans le Périgord ? demanda Kevin.
– Non. Nous avons utilisé la téléportassions. Votre voyage a été instantané. Mais Tsenring et Tcheng Lin Piao avaient pris soin de vous faire absorber un somnifère auparavant, afin de ne pas vous effrayer.
– Et ensuite ?
– Après votre voyage en Irlande, nous comptions vous envoyer en Égypte, mais les événements se sont déroulés différemment. La Sainte Vehme vous a contactés directement.
– Sheridan avait soigneusement préparé son entrée en scène, déclara Alexandra. Il vous a présentés comme des Mutants dotés de pouvoirs phénoménaux, dont le but était de contrôler l’économie mondiale et de créer une nouvelle race. En fait, ce sont les propres projets de la Sainte Vehme qu’il nous a décrits. Malheureusement, il a exposé les éléments de l’affaire d’une manière telle que nous l’avons cru, et nous nous sommes méfiés de vous. Nous avons alors commencé à chercher par nous-mêmes, et nous avons découvert les cartes de Piri Re’is, qui nous ont menés aux ruines de son palais, à Istanbul. Ensuite, ce fut Alexandrie et la reine Cléopâtre, puis la Pyramide. Entre-temps, nous avions faussé compagnie à Sheridan. Du moins nous le croyions. En réalité, il nous pistait à l’aide de traceurs dissimulés dans nos montres, et reliés à un satellite d’observation.
Horus hocha la tête.
– Nous ne l’avons appris que bien après. À New York, nous avions beaucoup de mal à vous suivre. La Sainte Vehme avait placé plusieurs médiums autour de vous, afin de nous piéger. Nous étions sans cesse concentrés sur nos écrans mentaux. Ce qui fait que nous avons perdu votre trace, et nous avons su trop tard que vous étiez partis. Nous ignorions votre destination. Pendant plusieurs jours, nous fûmes incapables de savoir ce que vous étiez devenus. Ce fut alors que Stephen Mac Pherson prit contact avec nous. Lui aussi utilisait les services d’un médium, qui était parvenu à nous localiser. Mais, à la différence des autres, il ne dégageait pas d’ondes hostiles. Nous avons donc décidé de le laisser venir. C’est ainsi que nous avons vu apparaître Stephen Mac Pherson. Il s’est d’abord présenté sous le nom de Larry Smith, mais il a très vite jeté le masque. Il désirait que nous lui apportions notre aide. Il avait compris depuis longtemps que nous n’avions rien à voir avec les Mutants redoutés par la Sainte Vehme. Il n’ignorait pas que nous étions vraiment immortels. Mais surtout, il savait où vous vous trouviez, grâce à sa connexion secrète. Il nous a également expliqué la manière dont il avait sauvé Edward Lee, et Karen et Salomée Halden. Nous avons décidé de lui faire confiance.
« À ce moment-là, vous étiez à Dahchour, ce qui fut confirmé par l’initié qui garde aujourd’hui la Pyramide. Il vous a vu utiliser vos pouvoirs contre une horde de fanatiques musulmans. Il nous a aussitôt avertis. Nous avons compris que vous aviez découvert seuls l’emplacement du Labyrinthe, et que vous vous prépariez à vous y rendre. Nous avons donc organisé notre propre expédition, ce qui ne fut guère facile. Nous ne bénéficiions pas de l’appui des militaires égyptiens inféodés à la Sainte Vehme. C’est pourquoi nous sommes arrivés avec quelques heures de retard sur eux. Sinon, ils ne seraient jamais entrés dans la Pyramide.
– Vous êtes arrivés à temps, c’est le principal.
Kevin et Alexandra regardèrent autour d’eux les alignements innombrables d’alvéoles.
– Mais cette pyramide ? demanda la jeune femme.
– Mon père l’a fait creuser il y a six mille ans, lorsqu’il a pris la décision de quitter la Terre. Il voulait qu’elle conserve l’intégralité du savoir des Atlantes, protégé par un champ d’énergie infranchissable, et les découvertes réalisées par les hommes depuis l’aube de l’Égypte. Ces connaissances-là pouvaient rester accessibles, sous la garde d’initiés. Un jour, lorsque les hommes auront acquis une sagesse suffisante, ce savoir immense leur sera de nouveau offert. Mais… il leur reste encore beaucoup de progrès à accomplir.
– Tu ne crains pas que la Sainte Vehme envoie d’autres personnes pour récupérer les documents ?
– Il est probable qu’ils tenteront de le faire. Mais ils ne pourront jamais franchir la barrière d’énergie.
– Et s’ils parvenaient à percer son secret ? objecta Alexandra.
– Cela voudra dire qu’ils auront évolué. Ce champ est de nature psychique. Il ne peut être traversé que par ceux qui ont atteint un certain degré de maturité. Venez.
Il les invita à le suivre jusqu’à la limite de la nappe couleur d’azur. De près, on voyait nettement de fines vaguelettes parcourir sa surface, comme un lac aux eaux transparentes agitées par une brise légère. Horus se tourna vers eux et ajouta :
– Si vous voulez connaître toute la vérité sur vos chemins de lumière, vous devez franchir ce champ.
– Mais nous allons être désintégrés ! s’exclama Alexandra.
– Ma douce Siâ-Kym ! Crois-tu que nous risquerions de te perdre à nouveau ? Ton esprit a évolué, et il est aujourd’hui suffisamment fort pour traverser.
Afin de la rassurer, il franchit lui-même la nappe lumineuse, sans aucun dommage. Katherine Hathor le suivit. Kevin se décida.
– Je n’aurais peut-être pas fait confiance à Paul Falcon, mais Naoh-Varr a foi en son élève, Horus.
Il traversa la surface bleue, créant des rides concentriques autour de lui. Il ne se passa rien d’autre. L’instant d’après, Alexandra les avaient rejoints. L’intérieur de la Pyramide était encore plus beau à partir du treizième niveau. Les alvéoles n’étaient plus taillées dans le gypse, mais faites de marbre blanc veiné de rouge et de vert. Les documents se composaient de disques, de cylindres, de cristaux de toutes tailles, ainsi que de livres.
– En six mille ans, la civilisation atlante terrestre a produit, outre des découvertes scientifiques, médicales ou autres, d’innombrables chefs-d’œuvre. Il nous arrive parfois de nous enfermer ici pendant plusieurs jours pour écouter les mélodies, les chansons et les opéras composés par nos lointains ancêtres, pour lire les poèmes et les récits qu’ils ont écrits. Ils possédaient une diversité d’instruments dont vous n’oseriez pas rêver. Tout cela vous est désormais accessible. Mais il vous faudra plusieurs vies pour redécouvrir la richesse de cette civilisation.
– Redécouvrir ?
– Bien sûr. Tous les deux, vous avez déjà vécu en Atlantide. Vous en avez même été des personnages importants. Toi surtout, Kevin. Lorsque je t’ai dit que tu avais été le plus fidèle ami de mon père, je ne pensais pas seulement à Naoh-Varr. Suivez-moi.
Sur le côté de l’escalier d’angle se trouvait une sorte de plateforme équipée d’un garde-fou. Tous les quatre y prirent place. La plate-forme se mit alors à descendre vers le fond de la pyramide. Kevin et Alexandra eurent l’impression de s’enfoncer au cœur d’un cratère insolite, aux flancs triangulaires inondés de lumière bleue. Enfin, la plate-forme s’immobilisa non loin de l’appareil fait de prismes et de miroirs. Ils s’aperçurent qu’il était beaucoup plus imposant qu’on aurait pu le croire d’en haut. Il devait dépasser les dix mètres, et reproduisait en plus petit la pyramide elle-même. Le fond était un carré d’une trentaine de mètres de côté, d’un bleu foncé translucide. Derrière les prismes et les miroirs se cachait un mécanisme compliqué, vers lequel Kevin se dirigea, interloqué.
– Je connais ça, murmura-t-il. Je connais cette machine. Soudain, il tomba à genoux devant elle, comme frappé d’émerveillement.
– Par les dieux, ce n’est pas possible !
Il se releva et se tourna vers eux, le visage extasié.
– C’est moi qui en ai conçu le principe il y a très longtemps. Je m’appelais Hoggar.
– Un nom que les hommes d’aujourd’hui connaissent encore, précisa Horus, puisqu’il fut donné à un massif montagneux du Sahara. Là où précisément tu avais ton atelier.
– Et c’est cette machine qui, depuis des millénaires, protège ce sanctuaire de la Connaissance.
– Hormis le champ d’énergie psychique, qui fut installé par Astyan lui-même, précisa Horus.
Il prit Kevin par l’épaule.
– Voilà pourquoi tu représentais un danger potentiel pour l’Humanité, Kevin. Le véritable secret n’était pas l’emplacement de la Pyramide. Si des hommes parvenaient jusqu’ici, ils devraient se contenter des connaissances léguées par les peuples de l’Antiquité. Le champ d’azur n’est franchissable que par ceux qui ont atteint un degré de sagesse suffisant. Mais tu portes en toi une énorme somme de connaissances, comme la technologie capable de reproduire ce champ protecteur, et aussi le secret de l’antigravité. Tout cela est en toi, Kevin. Tu n’as pas encore réveillé toutes tes vies.
– Mais elles sont en moi. Je les sens vibrer. Beaucoup d’autres vies…
Il ferma les yeux.
– L’une d’elles, surtout, domine les autres. Je vois… un grand navire blanc. Le plus beau vaisseau que le monde ait jamais connu. J’en étais le commandant.
– Mon père m’a parlé plusieurs fois de ce navire fabuleux, et de cette terrible bataille de Poséïdonia, souffla Horus.
Kevin resta un long moment silencieux, puis il ajouta, tandis que des larmes coulaient sur ses joues :
– Par les dieux, quelle magnifique victoire ce fut ! Je crois que, au plus profond de mon âme, je ne l’ai jamais oubliée. Et je sais aujourd’hui pourquoi j’aime la mer et pourquoi j’ai appelé mon voilier l’Edrenne. J’ai toujours cru qu’il s’agissait d’un nom d’oiseau. En réalité, c’était celui de l’Hedreen, le grand navire blanc. À cette époque, je m’appelais Païdras.
Quelques jours plus tard, Kevin et Alexandra parvenaient à Matrûth, à quatre cents kilomètres à l’ouest d’Alexandrie, en compagnie des Atlantes. Au large, ils aperçurent la silhouette élégante de l’Atalaya. À bord, un homme les attendait avec impatience, Eddy, qui sauta dans les bras de Kevin en lui administrant des claques affectueuses dans le dos.
– Comment ça va, mec ? Je suis fichtrement content de te revoir ! Kevin éclata de rire, puis secoua son ami comme un prunier.
– Espèce de salopard ! Tu m’as laissé croire que tu étais mort ! Tu aurais pu au moins me prévenir.
– Désolé, vieux frère. Notre copain Stephen s’y opposait. S’il y avait la moindre fuite, tout était foutu. Ces fumiers n’auraient pas hésité à me buter, de même que Karen et Salomée. Et cela aurait été dommage.
Il leur présenta une jolie femme et sa petite fille. Karen avait l’air un peu perdue, mais Salomée semblait s’être parfaitement adaptée à la situation. Elle prit la main d’Alexandra et voulut l’entraîner vers le pont arrière.
– Tu verras, c’est super, ici. Il y a même une piscine. Tu veux que je te montre ?
Horus s’agenouilla devant la fillette et dit :
– Je crois qu’Alexandra aura très envie de venir se baigner avec toi tout à l’heure. Mais avant, je dois encore lui dire certaines choses.
– Pas trop longtemps, alors !
– D’accord !
Tandis que Salomée partait en courant vers l’arrière, Horus et Hathor invitèrent Kevin, Alexandra et Eddy à pénétrer dans le salon de réception du navire, où les attendait un homme de forte corpulence.
– Kevin, je te présente Stephen Mac Pherson, alias Larry Smith, déclara Eddy. Mais je crois que vous vous connaissez déjà.
– Nous nous sommes croisés, en effet.
L’ex-sénateur lui serra la main. Comme d’habitude, une barbe de trois jours lui mangeait les joues.
– Je suis heureux de vous revoir, Monsieur Kramer. J’ignore encore quels sont vos liens exacts avec nos amis atlantes, mais j’aurai besoin de votre soutien pour les convaincre de nous aider à démanteler la Sainte Vehme. Ils n’ont pas vraiment l’air d’accord.
Surpris, Kevin se tourna vers Horus. Celui-ci déclara :
– Monsieur Mac Pherson est persuadé que la disparition de la Sainte Vehme apporterait la solution à tous les problèmes du monde.
– Tu ne partages pas son opinion ?… s’étonna Kevin.
– Non. Il y a six mille ans, mon père a décidé que les Atlantes n’interviendraient plus dans les affaires humaines. Et je considère toujours qu’il a agi avec sagesse.
– Mais ils vont s’emparer de l’économie mondiale ! s’emporta Mac Pherson. Ils veulent créer un monopole en faisant disparaître toute concurrence. Ils ont d’ailleurs commencé. Les grands groupes industriels fusionnent afin de faire face à la concurrence. La fabrication est délocalisée dans les pays à faible coût de main-d’œuvre. Cela engendre un chômage énorme dans les pays industrialisés. Si on laisse faire, on assistera à un recul des acquis sociaux, et le fossé se creusera encore plus entre les riches et les pauvres. Les classes moyennes disparaîtront. Les conditions de travail se rapprocheront de celles des pays du Tiers Monde. Mais ce n’est pas le pire. Ils veulent créer artificiellement une race supérieure, et supprimer celles qu’ils estiment inférieures. Tout comme les vieux, les infirmes et les sans-foyers. Leurs laboratoires secrets fabriquent actuellement des virus sélectifs. Et malgré ça, vous comptez les laisser agir ?
– Nous pourrons vous aider à détruire ces laboratoires si cela peut vous rassurer, mais le problème est beaucoup plus profond que ça.
La disparition de la Sainte Vehme ne résoudra pas tout. D’après nos estimations, elle contrôle à peine quatre pour cent de l’économie mondiale. C’est beaucoup, mais il serait illusoire de la rendre responsable de tous les maux dont souffre votre civilisation. La Sainte Vehme n’est pas le seul consortium financier dont les pratiques sont discutables. Tous les grands groupes économiques privilégient le profit et la rentabilité.
« La Sainte Vehme n’est que le symbole de la folie qui s’est emparée de vous. Elle symbolise l’esprit actuel de votre monde. Vous avez élevé l’argent au rang d’un dieu. Il contrôle tout, il dirige tout, il est votre seule motivation. Et il vous rend aveugles aux leçons de vos expériences passées, comme aux conséquences de vos actes présents. Voilà pourquoi nous ne pouvons rien faire pour vous.
Stephen Mac Pherson regarda autour de lui d’un air abattu. Kevin lui-même ne comprenait plus. Cette réaction ne correspondait pas à la générosité de ceux qu’il considérait comme des dieux. Il objecta :
– Tu aurais pourtant le pouvoir d’intervenir, Horus.
– C’est vrai. Mais je n’en ai ni le droit ni l’envie.
– Pourquoi ?
Le Titan laissa passer un long silence, puis déclara :
– Il y a plus d’un demi-siècle, une poignée d’illuminés est parvenue au pouvoir en Allemagne. S’abritant derrière une idéologie dominatrice, ils voulaient fonder un empire qui devait durer mille ans. En vérité, c’était un ramassis de truands sans scrupules, que seules des circonstances exceptionnelles avaient amenés au pouvoir. Leur folie et leur ambition provoquèrent une guerre effroyable, au cours de laquelle plus de cinquante millions de personnes perdirent la vie, dont dix-sept millions en URSS, gouvernée par un tyran qui n’avait rien à envier à ses ennemis. Ce fut à cette époque qu’apparut la notion de génocide. Sur les Juifs, les Tziganes. On éliminait sans aucun scrupule les minorités gênantes, pour des raisons économiques ou plus stupidement idéologiques. Le camp des vainqueurs n’eut rien à envier sur ce plan. Il y eut les cent vingt mille morts de Dresde, où le bitume enflammé des rues coulait dans les abris. On n’hésita pas non plus à utiliser l’arme atomique sur des populations civiles, au Japon. Des dizaines de milliers de personnes périrent en quelques secondes simplement parce que des crétins de militaires et de politiciens avaient éprouvé l’envie de montrer leur puissance au monde.
« Si cette boucherie innommable vous avait servi de leçon, nous aurions peut-être décidé de vous aider. Mais il n’en fut rien. Bien sûr, des voix s’élevèrent un peu partout pour s’écrier : plus jamais ça ! Elles crient encore aujourd’hui. Qui les écoute ? Les massacres se poursuivent encore, au Rwanda, au Tibet, en Chine, en Amérique du Sud, en Indonésie, en Yougoslavie, en Algérie et ailleurs, pour des raisons religieuses ou politiques.
« Vous vous prétendez civilisés, mais pour nous, malgré les impressionnants progrès technologiques que vous avez accomplis, vous êtes d’épouvantables barbares. Vous êtes orgueilleux, arrogants et irresponsables. Vous prônez bien haut la fraternité, la solidarité, la générosité et la tolérance, mais, chaque jour, vos actes démentent vos belles intentions. Votre système économique est une catastrophe. Dans les années quatre-vingt, un patron américain gagnait en moyenne quarante-deux fois le salaire d’un ouvrier. En 2000, ce rapport est passé à plus de quatre cents. Cela n’empêche pas la famine de menacer les pays pauvres. Quatre hommes sur cinq ne mangent pas à leur faim.
« Ce n’est pas tout. Par cupidité, vous détruisez lentement votre monde. Aucune mesure sérieuse n’est prise pour enrayer la pollution. Dois-je vous rappeler les catastrophes de Seveso, de Bhopal ou de Tchernobyl ? Le président des États-Unis ne vient-il pas d’augmenter le taux de cyanure autorisé dans l’eau, parce que la mise aux normes des industries coûterait trop cher ? N’a-t-il pas autorisé des forages pétroliers dans un parc naturel de l’Alaska ? Quelques voix crient au scandale, mais on ne les écoute pas, et personne ne l’empêchera d’agir. Et pour cause : son père, lui-même ancien président, est à la tête de l’un des plus grands groupes pétroliers du monde.
Et ces hommes puissants – que vous avez élus -, osent affirmer sans sourciller qu’ils croient en Dieu ! Mais quel Dieu ? Celui pour lequel on continue d’exhorter les peuples à faire des enfants, malgré la démographie galopante ? La surpopulation étouffe certaines mégalopoles du Tiers Monde : Mexico, où les femmes, à vingt-cinq ans, ont parfois déjà connu dix grossesses, Bombay où les chiens errants dévorent les pauvres dans les rues, Rio de Janeiro, où l’on a formé des milices spéciales chargées d’exterminer les bandes d’enfants sauvages, devenus plus dangereux que des hordes de loups. Les exemples comme ceux-ci se multiplient à l’infini.
– C’est justement pour toutes ces raisons que nous avons besoin de vous ! soupira Stephen Mac Pherson.
– Et pourtant, nous ne vous aiderons pas !
– Mais pourquoi ?
– Parce que ce monde vous appartient. C’est à vous de le transformer en paradis, ou en enfer. Notre action ne pourrait être basée que sur la force. On nous considérerait, à juste titre, comme des envahisseurs. Nombre d’entre vous se dresseraient contre nous. Cela, nous ne le voulons à aucun prix.
« L’aide que vous me demandez, vous seuls pouvez vous l’apporter. Vous devez faire votre propre expérience. Un enfant ne sait pas ce qu’est le feu tant que la flamme ne l’a pas brûlé. Vous demandez notre aide comme un fils appelle son père au secours lorsqu’il rencontre des difficultés. Mais il arrive un moment où les enfants doivent assumer seuls la responsabilité de leurs actes. L’ennui, c’est que vous vous prenez déjà pour des adultes. Vous avez appris à faire tenir trois cubes l’un sur l’autre, et vous pensez avoir compris les secrets de l’architecture de l’univers. Or, le savoir technologique ne représente qu’une partie de la Connaissance. Vous devez prendre conscience de la dimension spirituelle de l’univers, une dimension bien différente de l’image offerte par vos religions. Il vous faut aussi apprendre l’humilité et la sagesse. Au Tibet, on n’admire pas celui qui accomplit des exploits, mais celui dont le savoir n’empêche pas la modestie.
« La Sainte Vehme n’est que le symbole de votre aveuglement. Si nous la détruisons, d’autres organisations la remplaceront. Le changement doit venir de vous, de vous seuls, mais aussi de vous tous, y compris et surtout des dirigeants de ce monde. Ne vous y trompez pas, cela demandera beaucoup de temps. Il faudra encore des catastrophes et d’innombrables victimes. Mais certains signes encourageants sont apparus. Il y a vingt-cinq siècles, avec les philosophes grecs, l’homme a commencé à réfléchir sur lui-même. Cette réflexion se poursuit, les actes de solidarité se multiplient. L’être humain a un réel désir de bâtir un monde meilleur.
– Mais nous, que pouvons-nous faire ? demanda Mac Pherson.
– Poursuivre votre action, chacun à votre niveau. Vous-même, Stephen, portez témoignage des abominations commises par certains financiers. Vous n’êtes pas seul. Partout dans le monde, d’autres hommes se battent contre l’injustice et la tyrannie des groupes économiques, des mafias, des gouvernements. Les femmes jouent un rôle de plus en plus important. Elles connaissent le prix de la vie, puisque ce sont elles qui la donnent. Quant à toi, Kevin, peut-être pourrais-tu écrire un livre, et parler des « chemins de lumière ».
– On ne me croira pas.
– Cela n’a aucune importance. L’idée se répandra.
– J’ai peur que ce livre ne soit qu’une goutte d’eau dans l’océan.
– Ou le battement d’une aile de papillon. Ne dit-on pas qu’un seul de ces battements peut provoquer une tempête de l’autre côté de la Terre ?
Un peu plus tard, Kevin et Alexandra se retrouvèrent à la proue de l’Atalaya. Devant eux, la Méditerranée roulait ses vagues bleues, inondées par un soleil éblouissant. Le vent était tiède, chargé d’effluves marins.
Ils avaient à présent la possibilité de connaître la véritable Atlantide, la planète d’où étaient venus ces lointains ancêtres aux pouvoirs surnaturels. Il leur tardait de s’y rendre. Mais ils savaient déjà qu’après leur voyage dans l’autre dimension, ils reviendraient. Car la Terre était leur véritable patrie. Leurs chemins de lumière s’étaient désormais totalement ouverts, et leur mémoire était devenue presque infinie, remontant bien au-delà de l’Atlantide elle-même, à des époques oubliées où les villes n’existaient pas, où les hommes eux-mêmes n’étaient que des primates évolués vivant de chasse et de cueillette. Ils n’avaient plus d’âge. Ils n’étaient plus un Américain et une Française, mais deux habitants d’une planète qu’ils aimaient et à laquelle ils appartenaient depuis toujours. Un monde d’une beauté extraordinaire…
Mais un monde en danger.
Une seule espèce, la leur, menaçait l’harmonie et l’équilibre de cette planète fabuleuse. Par cupidité, par ignorance, par bêtise. Kevin poussa un profond soupir. Il ne se sentait pas de taille à lutter contre les irresponsables incapables de voir plus loin que leurs intérêts ou leurs idéologies. Mais Alexandra et lui pouvaient proposer une vision différente du monde. Bien sûr, la réincarnation n’était pas une idée nouvelle et elle n’avait pas engendré de révolution. Il était très probable que l’on refuse de les croire. Pourtant, comme l’avait dit Horus, peu à peu, cette idée pouvait faire son chemin. Peut-être les hommes se rendraient-ils compte que tout ne s’arrêtait pas avec la mort, et qu’ils reviendraient inévitablement, sous une autre forme, dans un autre corps, pour continuer à suivre leurs chemins de lumière.
Et retrouver le monde qu’ils auraient contribué à créer…
FIN