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Kevin et Alexandra eurent peine à reprendre leurs esprits. La transe avait été cette fois plus intense. La mystérieuse Pyramide de la Connaissance gardée par le Labyrinthe sacré restait gravée dans leur mémoire. Elle constituait la preuve irréfutable qu’il avait bien existé, très loin dans le passé, une civilisation possédant des connaissances technologiques supérieures.

Autour d’eux, des ouvriers les contemplaient avec curiosité. Pourtant, personne n’avait osé s’approcher d’eux. Comme à Istanbul, une sorte d’aura semblait les protéger. Ils se levèrent et firent quelques pas pour dégourdir leurs jambes ankylosées. Leur régression avait duré plus d’une heure. Ils se dirigèrent lentement vers la ville, l’esprit confus.

– Je ne crois pas que nous ayons le droit de révéler l’existence de cette pyramide, déclara soudain Kevin. Nous ignorons tout des secrets qui y sont cachés. D’après ce qu’en ont vu Philippe et Diane, il ne s’agit pas simplement de vieux manuscrits égyptiens. La grande majorité des connaissances provient de ce peuple inconnu qui a tracé les cartes utilisées par Piri Re’is. Mais la cartographie n’est qu’un aspect de leur savoir. Rappelle-toi : la base de cette pyramide inversée mesurait plus de trois cents mètres, sa hauteur deux cents. Aucun pilier ne soutenait la voûte. J’aimerais bien qu’on m’explique ce qui retient les millions de tonnes de roche qui sont au-dessus. Et pourtant, tout cela résiste depuis des millénaires, sans le moindre entretien. C’est un défi aux lois de la physique. Quant à l’éclairage, je n’ai jamais rien vu de semblable. On aurait dit que la lumière venait de nulle part. Il n’y avait aucune source, ni lampe, ni rampe. Aegos m’avait montré comment le déclencher, en appuyant légèrement sur la roche. Philippe pensait qu’il s’agissait de la magie des dieux, mais, même aujourd’hui, je n’ai aucune idée du système utilisé. Et je suis prêt à parier qu’il marche encore, deux mille ans après. C’est cela qui me fait peur, Alexandra. Offrir une telle connaissance à l’Humanité me paraît très dangereux. Einstein a découvert l’énergie atomique. Sa première application a été la bombe d’Hiroshima. Alors, avons-nous le droit de prendre le risque de réveiller les puissances inconnues qui sommeillent dans cette pyramide ? Les hommes disposent déjà de suffisamment de moyens pour se détruire. Il est inutile d’en rajouter.

– Tu as raison, c’est la boîte de Pandore. Mais ni les Mutants ni le gouvernement américain ne nous laisseront tranquilles. Dès que nous serons revenus à New York, ils se manifesteront à nouveau.

– Que veux-tu qu’ils fassent ?

– Nous éliminer parce que nous leur serons devenus inutiles, et que nous en savons trop.

– C’est un risque à courir. Mais ils supprimeraient du même coup leur seule chance de parvenir un jour à la pyramide.

Il resta un moment silencieux.

– Je me demande ce que peut contenir cette pyramide qui permettrait aux Mutants de conquérir la Terre, dit-il enfin.

– Nous savons comment retrouver le Labyrinthe. Nous sommes même les seuls à être capables de le faire. Nous pourrions aller sur place. Nous rendre compte par nous-mêmes.

– Ce serait du suicide. Nous n’avons aucune chance de survivre dans le désert.

– Alors, nous rentrons aux États-Unis ?

Kevin regarda la ville, le fleuve, respira longuement les odeurs. Enfin, il demanda :

– As-tu vraiment envie de rentrer ?

– Non ! J’ai l’impression d’être de retour chez moi après deux mille ans d’absence. J’aimerais rester encore un peu.

– Alors pourquoi partir ? Alexandra se jeta dans ses bras.

Évitant les moyens de transport classiques, ils passèrent un accord avec un Égyptien qui accepta de les emmener en felouque en direction du Caire. L’homme, Mustapha, se montra un peu réticent au début, mais leur parfaite maîtrise de l’arabe le troubla. Depuis leur régression d’Istanbul, ils avaient retrouvé le souvenir de cette langue, et se plaisaient à l’utiliser depuis leur arrivée en Égypte, ce qui ne laissait pas d’étonner les indigènes, d’autant plus qu’ils remaillaient curieusement de mots désuets, voire oubliés.

Le temps s’écoulait différemment. Utilisant, comme aux temps anciens, le vent du nord pour remonter le courant, la felouque mit plusieurs jours pour parvenir au Caire. Assis à l’avant, Kevin et Alexandra restaient de longues heures, bercés par le mouvement régulier des vagues et les chants de Mustapha, aidé de ses deux fils.

Le soir, on dormait à la belle étoile, ou chez l’habitant. Le marinier avait très vite compris qu’il n’avait pas affaire à de simples touristes. Il émanait d’eux quelque chose d’étrange, une sérénité, une plénitude, une sagesse qui le déconcertaient. Bien qu’ils ne fussent pas égyptiens, il s’aperçut qu’ils connaissaient le pays bien mieux que lui, qui le parcourait sur le fleuve depuis plus de trente ans. Il les prit un moment pour des historiens européens, ces farfelus qui viennent fouiller dans les vieilles pierres afin de dégager les tombeaux des anciens rois. Mais c’était autre chose. À la manière dont ils parlaient du pays, des lieux, des animaux, des étoiles, il avait l’impression qu’ils avaient déjà vécu ici.

Et c’était vrai. Au fil de leur voyage sur les eaux bleues du Nil, d’anciennes existences s’éveillaient, ranimées par des éléments imprévus, une odeur, un village ignoré posé au bord du fleuve, le vol d’un oiseau rasant les vagues, un chadouf à l’aide duquel un paysan irriguait ses champs. Ils découvrirent qu’ils avaient ainsi partagé d’innombrables existences dans la Vallée sacrée, parfois dans la peau de simples paysans, parfois dans celle d’un prince et d’une princesse, d’un scribe, d’une dame de compagnie, d’un cavalier et d’une esclave. Mais chacune de ces vies avait apporté son enseignement fait d’échecs et de victoires. Peu à peu se dessinait ainsi ce que M. Tcheng avait appelé leurs « chemins de lumière ».

– Je ne regrette pas d’avoir quitté New York et abandonné mes études d’histoire, déclara Alexandra un soir, alors qu’ils partageaient le thé avec Mustapha, le marinier. Ce que je redécouvre chaque jour est bien plus riche que ce qu’il y a dans les livres.

Kevin quant à lui prenait des notes sur le petit ordinateur portable qui ne le quittait jamais.

– Ce sera comme un recueil de souvenirs, disait-il avec enthousiasme.

Tous deux avaient côtoyé quantité de personnages historiques, connus ou ignorés, parfois comme serviteurs, parfois comme membres de la famille royale. Pendant la Seconde Période intermédiaire, au XXIIe siècle avant J. -C., à cette époque où des hordes asiatiques déferlaient sur le Delta, ils avaient même régné sur la Basse Égypte pendant quelques années. Mais ils avaient péri, massacrés par l’envahisseur.

Nombre de périodes restaient néanmoins dans l’ombre. Sans doute avaient-ils aussi vécu ailleurs qu’en Égypte. Et surtout, ils ne parvenaient pas à remonter au-delà de la Troisième Dynastie, durant laquelle ils avaient eu le privilège extraordinaire de vivre aux côtés du roi Djoser et du mage Imhotep.

Enfin, ils parvinrent ainsi au Caire, ville tentaculaire et surpeuplée. Peu désireux de se plonger dans l’atmosphère assourdissante et empuantie de la mégalopole, ils proposèrent à Mustapha de les mener jusqu’à Saqqarâh. Le marinier accepta avec enthousiasme, sans même leur demander de supplément. Au fil des jours, il s’était lié d’amitié avec eux.

Ils délaissèrent donc la capitale et les grandes pyramides de Gizeh pour le plateau sacré où se dressaient le tombeau à degrés de Djoser et le Serapeum, où l’on pouvait admirer des momies de taureaux. Une vive émotion les saisit devant le monument grandiose, le plus vieux et le plus mystérieux de la Vallée sacrée. Ils avaient participé à sa construction, quelque quarante-huit siècles auparavant.

Mustapha les mena ensuite jusqu’à Dahchour, où l’on pouvait admirer les deux pyramides de Snefrou, la rouge et la rhomboïdale. L’un de ses cousins vivait dans un petit village voisin, auquel ils rendirent visite. Ce fut une soirée joyeuse et animée, à laquelle se mêlèrent de nombreux villageois, intrigués et amusés par ces deux étrangers qui parlaient l’arabe avec un accent de nulle part et des expressions venues d’un autre âge.

Djalel, le cousin de Mustapha, était un vieil homme, au visage griffé de rides, qui vivait encore comme aux premiers temps de l’Égypte.

– Le Nil n’est plus que le souvenir de ce qu’il était, se lamentait-il. Depuis que l’on a construit le grand barrage, à Assouan, les crues ont disparu. Ils ont tué le fleuve.

Le vieillard s’étonna de leur parfaite connaissance du pays, ainsi que des lois du Coran, apprises auprès de Piri Re’is. Intrigué, il leur dit :

– Vous n’êtes pas des étrangers comme les autres. Allah a déposé en vous une sagesse telle qu’on n’en connaît qu’aux très vieilles personnes. Mais il vous a aussi doté d’une jeunesse bouillonnante. C’est un trésor inestimable dont il vous a fait présent. Et je m’estime honoré de partager ma modeste demeure avec vous.

Le soir, alors que le soleil se couchait à l’ouest, Kevin et Alexandra firent quelques pas en direction du désert proche. Avec le crépuscule, l’air brûlant de la journée s’était adouci, donnant presque une impression de fraîcheur. Des odeurs merveilleuses flottaient, parfums des fleurs et des sycomores, effluves aquatiques rampant hors des eaux sombres du fleuve, senteurs appétissantes des galettes de blé ou de mil, relents puissants d’un petit troupeau de dromadaires. Ceux-ci, très nombreux autrefois, avaient presque disparu à cause des transports routiers. Même dans le désert, on leur préférait les camions.

Soudain, poussée par une force inconnue, Alexandra saisit la main de Kevin et l’entraîna en direction du désert. Jamais elle n’avait éprouvé une telle sensation de liberté et d’harmonie avec le monde. Une nouvelle idée vibrait en elle, qui trouva un écho immédiat dans l’esprit de son compagnon.

– Nous connaissons déjà le désert, murmura-t-elle.

Peu à peu, comme un pays qui se dévoile, une autre vie se révéla.

– Nous pouvons le traverser, répondit Kevin en écho. Nous l’avons déjà fait plusieurs fois. Nous étions alors des nomades, des Touaregs. Tu t’appelais Djamila ! ajouta-t-il en se tournant vers elle.

– Et toi Karim, compléta-t-elle.

Tous deux avaient sans doute vécu au cœur des sables au début de l’expansion musulmane, car il leur revenait des souvenirs de bataille contre l’envahisseur venu de l’est. Le désert leur avait offert un refuge inviolable, une sécurité et une liberté que ne connaîtraient jamais plus les peuples conquis.

Des images fabuleuses surgissaient en eux, les montagnes arides du Tibesti et du Hoggar, les dunes aux formes innombrables, les oasis qui, pour eux, n’étaient que des lieux de passage, des ports au sein de l’océan de sable. La véritable demeure des Touaregs, c’était le désert lui-même. Une demeure aussi vaste que le monde.

Ils s’assirent sur le sable et restèrent longtemps à observer le magnifique ciel nocturne. Une émotion intense les habitait. Peu à peu, d’autres vies se dessinèrent, comme s’ils avaient ouvert des portes sur un passé encore plus lointain, impossible à situer dans le temps. Curieusement, dans ces visions, le désert avait changé de visage. Des savanes, des forêts le couvraient par endroits. Ils entrevirent également un lac immense, à l’eau salée, une mer intérieure. Un nom surgit dans leur esprit : Tritonis.

– Nous venons de beaucoup plus loin, murmura Kevin. Le désert n’a pas toujours existé. Il y avait quelque chose au cœur des sables. Une civilisation oubliée dont nous avons fait partie.

Pourtant, aucune de ces vies passées ne leur parvenait avec précision, comme si un voile obscur les recouvrait.

– Nous devrions nous rendre jusqu’au Labyrinthe magique, déclara soudain Alexandra. Là se trouve la réponse à toutes nos questions. Tu saurais retrouver la route ?

– Bien sûr ! Les souvenirs de Philippe sont très précis.

Ils passèrent la nuit chez Djalel, qui avait mis sa demeure à leur disposition. Le lendemain, lorsqu’ils s’éveillèrent, ils se rendirent compte que quelque chose n’allait pas. Au-dehors retentissaient des cris et des appels. Ils s’habillèrent à la hâte et sortirent. Djalel et Mustapha étaient aux prises avec une douzaine d’individus barbus aux yeux fiévreux.

– Nous savons que vous abritez des chiens d’étrangers ! s’égosillait celui qui semblait être leur chef.

Une femme affolée rejoignit Kevin et Alexandra. Zaïa, l’épouse de Djalel.

– Ce sont des intégristes ! dit-elle. Ils accusent mon mari de vous avoir offert l’hospitalité. Ils veulent que vous les suiviez. Mais il ne faut pas y aller. Ils vont vous tuer. Ce sont des fous !

Kevin posa la main sur le bras de la vieille femme.

– Ne t’inquiète pas.

L’un des forcenés avait déjà dégainé un long poignard courbe et menaçait Djalel, qui refusait de le laisser approcher de sa maison.

– Que fais-tu des lois de l’hospitalité du Coran ? disait-il.

– Elle ne s’applique pas aux chiens d’étrangers. Écarte-toi, si tu ne veux pas que ta famille soit punie !

Kevin et Alexandra s’avancèrent lentement.

– Ils sont là ! s’écria un jeune homme aux yeux sauvages et luisants de colère.

Sans attendre l’ordre de leur chef, plusieurs individus se précipitèrent vers eux. Mais, avec le temps, Kevin et Alexandra avaient appris à maîtriser la télékinésie. Se concentrant sur le sable, ils firent naître une barrière de tourbillons devant les énergumènes. Ceux-ci, décontenancés, s’arrêtèrent. L’instant d’après, ils s’écroulèrent l’un après l’autre, frappés par une puissante onde mentale. Ils restèrent un instant étourdis, mais le plus excité se releva et franchit la barrière de sable, le poignard haut levé. Il fut stoppé net par un coup d’une rare violence, surgi de nulle part. Le nez et les lèvres éclatés, il tomba à genoux en braillant.

Les tourbillons de sable retombèrent. Interloqués, les intégristes virent les deux étrangers avancer vers eux sans aucune frayeur. Il n’y avait pas dans leur regard intense le mépris, la condescendance et l’arrogance des Occidentaux, mais une autorité impressionnante. Une peur incontrôlable envahit les énergumènes, qui rampèrent sur le sable pour s’écarter.

Kevin s’adressa à eux en arabe ancien. Il n’éleva pas la voix, mais chacune de ses paroles les pénétra comme une lame d’acier.

– Vous êtes une insulte vivante pour la grandeur de Dieu, leur dit-il. Vous avez bafoué l’une des lois les plus sacrées : l’hospitalité ! La honte est sur vous. Partez ! Et ne remettez jamais les pieds dans ce village. Il est placé sous notre protection. Si un seul de ses habitants doit souffrir de vos agissements, redoutez notre colère !

Pour appuyer la menace qu’il venait de proférer, Kevin frappa de nouveau le chef des fanatiques, sans le toucher. L’individu se retrouva sur les fesses, le visage en sang. Une angoisse soudaine saisit les excités, qui détalèrent sans demander leur reste.

Pétrifiés, les habitants du village se demandaient s’ils n’avaient pas rêvé. Enfin, Mustapha et Djalel s’approchèrent.

– Qui êtes-vous ? demanda le vieil homme.

Kevin et Alexandra hésitèrent. Ils n’avaient aucune envie de raconter leur vie en détail.

– Des voyageurs, répondit l’Américain. Seulement des voyageurs.

– Soyez bénis ! Qui que vous soyez, soyez bénis, dit le vieil homme avec émotion. Vos pouvoirs ont évité un drame. Ces gens sont de mauvais musulmans. Ils voient le mal partout.

– Que Dieu ait pitié d’eux, ajouta Mustapha.

Kevin s’adressa à Djalel.

– Nous aurions besoin de trois dromadaires. Sais-tu où je pourrais en trouver ?

Le vieil homme hocha la tête.

– Un homme en possède un troupeau dans le village voisin. Mais méfie-toi, Seigneur. C’est un filou. Il va tenter de te vendre des animaux malades.

– Rassure-toi ! Je saurai reconnaître les bonnes montures !

– Je n’en doute pas, Seigneur ! Si tu l’acceptes, nous t’accompagnerons.

Ils se mirent en route, suivis par la moitié du village, enthousiasmée par ce qui venait de se passer. Ils ne remarquèrent pas, à l’ombre d’un sycomore, un homme qui les observait avec curiosité.

Un peu plus tard, Djalel les présentait à l’éleveur, Rachid. Comme il l’avait prédit, celui-ci tenta de berner Kevin. Mais Alexandra et lui écoutaient à peine ce qu’il disait. Ils passèrent silencieusement au milieu des animaux, observant les dents, les yeux, les pattes, les muscles de chaque bête. Derrière eux, croyant avoir affaire à des touristes crédules, Rachid palabrait, vantait les mérites de ses bêtes, et tâchait de les orienter adroitement vers des méharis âgés. Mais Kevin lui montra trois montures superbes, en parfaite santé.

– Ce sont ceux-là que nous voulons, déclara-t-il en arabe.

L’autre le contempla avec stupéfaction.

– Ah, mon ami, on voit que tu t’y connais. Mais ces bêtes sont très chères.

Il fallut encore discuter pendant trois heures avant de conclure l’affaire. Non que Kevin n’eût pas les moyens de payer les méharis, mais refuser de marchander eût presque été considéré comme une insulte.

Ils acquirent ensuite des selles-bâts, larges et confortables, des peaux de moutons, des couvertures, une tente en peau de chèvre, des vivres, des bidons d’eau.

Le lendemain, ils se levèrent un peu avant l’aube et harnachèrent leurs montures sous l’œil intrigué des villageois qui constatèrent avec stupéfaction qu’ils savaient tous deux comment s’y prendre.

– Vous n’avez fait que ça toute votre vie ! s’exclama Mustapha, enthousiaste. Cet imbécile de Rachid n’aurait certainement pas été aussi rapide.

On prit le temps d’un dernier verre de thé, puis ils firent leurs adieux aux villageois et montèrent sur le dos des méharis.

Devant eux, le désert s’étendait à perte de vue.