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New York…
Perplexe, Eddy contemplait le nouveau dossier sur DVD qu’il venait de recevoir. Comme les précédents, il était accompagné d’une lettre signée de Stephen Mac Pherson, lui demandant de transmettre le disque à Kevin Kramer et Alexandra, dès leur retour. Le « fantôme » savait donc qu’ils n’étaient pas aux États-Unis actuellement.
Un peu inquiet, il chargea le DVD. Celui-ci ne contenait qu’un rapport, établi par le mystérieux « César ». Mais son contenu donna des frissons dans le dos à l’agent du FBI.
« Rapport secret sur les recherches bactériologiques et sur le syndrome d’immunodéficience aggravé (sida).
« Depuis plusieurs années, nous nous inquiétons de la démographie galopante qui frappe l’ensemble de la planète. Ce phénomène engendre de nombreux problèmes. Tout d’abord, les populations du Tiers Monde augmentent bien plus vite que celles de l’Occident, accentuant encore le déséquilibre déjà existant. En ce début du Troisième Millénaire, les pays occidentaux se heurtent à une immigration qui, peu à peu, modifie la structure même de sa société. Ces immigrants viennent chercher dans les pays industrialisés un travail et un confort de vie qu’ils n’ont pas chez eux. L’afflux en masse de telles populations n’est pas tolérable.
« Une guerre à l’échelle planétaire n’apporterait qu’une solution palliative temporaire, et, même dans le cas où elle serait extrêmement meurtrière, elle engendrerait, en contrepartie, un phénomène identique à celui du baby-boom après la Seconde Guerre mondiale.
Il nous faut donc envisager une solution plus radicale, et ayant des effets à long terme.
« C’est pourquoi, depuis une vingtaine d’années, nous avons financé des laboratoires secrets dans lesquels nous mettons au point des armes bactériologiques susceptibles de s’attaquer de manière sélective à certaines franges de population. Les immenses progrès réalisés dans le domaine du code génétique humain ces dernières années nous ont permis des avancées sensibles. Lorsque ces virus seront opérationnels, ils élimineront efficacement les catégories d’individus ciblés, comme les Nègres ou les Sémites, qui encombrent le Moyen-Orient et l’Afrique. Ces pays regorgent de richesses qui ne sont pas exploitées comme elles devraient l’être.
« Cependant, il importe de nous montrer très prudents et de ne pas renouveler la malheureuse expérience du virus du sida. Ce virus existait à l’état latent depuis des siècles et ne s’était jamais révélé offensif. Sa transformation a été provoquée artificiellement par nos laboratoires et il a vite donné des résultats prometteurs dans certains pays d’Afrique où une grande partie des habitants est actuellement contaminée. Malheureusement, à la suite d’une erreur de manipulation, l’un de nos chercheurs l’avait libéré trop tôt. Nous n’avions pas prévu ses mutations successives, qui lui ont permis de s’attaquer également aux populations occidentales. Aujourd’hui encore, la découverte d’un vaccin reste extrêmement problématique. Même si les progrès de la médecine ont permis de l’endiguer momentanément, l’épidémie continue à se développer, et nous ne savons pas comment l’enrayer.
« Aussi, les plus grandes précautions doivent être prises en ce qui concerne les nouveaux virus à l’étude. Ils ne seront diffusés que lorsque nous les maîtriserons parfaitement, et lorsque les vaccins permettant de les combattre seront au point, au cas où ils s’attaqueraient à une catégorie humaine non ciblée. La commercialisation de ces vaccins devrait générer des profits très importants, et justifierait à elle seule une telle opération. Mais le contrôle de la génétique devrait nous permettre surtout de remodeler la population mondiale selon nos intérêts, en éliminant les races parasites et en rétablissant l’équilibre démographique entre le Tiers Monde et l’Occident.
« Nous espérons lancer une nouvelle opération dans un délai de deux ans. Elle débutera en Amérique du Sud. Il est impératif de faire naître les foyers d’épidémie dans des régions pauvres, où il sera loisible d’étudier leur évolution. L’autre avantage consiste à rendre les habitants responsables de la maladie qui les frappe, en accusant la déforestation qu’ils pratiquent à outrance. Il sera alors facile de lancer une rumeur selon laquelle la perturbation du biotope a provoqué la mutation de virus qui dormaient là depuis des millions d’années. On écartera ainsi tout soupçon. »
Partagé entre la colère et l’horreur, Eddy resta un long moment les yeux fixés sur l’écran. Le ton mécanique, glacial, sans âme du rapport rendait son contenu encore plus effrayant. Il se servit un double whisky afin de reprendre ses esprits. Il avait perdu deux amis à cause du sida. Des homosexuels. Certains crétins culs-bénits avaient même osé affirmer qu’il s’agissait là d’une juste vengeance divine. Les triples cons !
Eddy relut une nouvelle fois le rapport. Il était suivi de chiffres, d’éléments précis concernant les populations ciblées et les critères scientifiques qui les définissaient. Il n’y comprit pas grand-chose. Il s’était déjà étonné que l’épidémie du sida ait commencé en Afrique, précisément dans un endroit où avait eu lieu précédemment une campagne de vaccinations. Il avait l’explication sous les yeux. Ces criminels imbéciles avaient joué les apprentis sorciers, et ils avaient déclenché une catastrophe à l’échelle de la planète. Ce qui ne les empêchait pas d’envisager de recommencer.
En ce qui concernait l’Afrique, ils avaient déjà atteint leur but. Car même si l’on découvrait rapidement un vaccin contre le sida, les pays pauvres n’y auraient pas accès, en raison du prix exigé par les laboratoires pharmaceutiques. La lèpre, dont le vaccin existe depuis bien longtemps, n’est toujours pas éradiquée, à cause de la pauvreté et des fonctionnaires locaux corrompus, qui détournent les dons des associations caritatives.
Et puis, qui s’en souciait ? Vingt ans après le début de la pandémie, l’ONU commençait à peine à s’inquiéter du sort du continent noir. Lors des émissions organisées pour collecter des fonds destinés à la recherche, on n’autorisait pas les responsables humanitaires à évoquer le sort des Africains, « parce que cela risquait de faire chuter l’audimat ! »
Venait enfin, comme dans les dossiers précédents, une nouvelle liste d’entreprises ayant monté les laboratoires secrets où l’on mettait au point les virus spécifiques. Encore une fois, il y avait de quoi provoquer un scandale d’une ampleur sans précédent. À condition de trouver un journaliste suffisamment audacieux pour oser diffuser l’information. Mais, même dans ce cas, la révélation de ce génocide n’aurait probablement aucun effet. Ceux qui se cachaient derrière le masque de « César » disposaient sans doute de contacts haut placés qui verrouilleraient l’enquête. Des cohortes d’avocats empêcheraient la justice d’agir et jetteraient le discrédit sur les accusateurs. D’ailleurs, en dehors de ce DVD, il n’y avait aucune preuve.
Eddy hésita. Il devait peut-être informer William…
Mais, une nouvelle fois, il renonça. En brisant le silence imposé, il risquait de tout compromettre. Et Sheridan ne disposait d’aucun moyen d’action.
Mac Pherson avait exigé qu’Eddy conservât tous ces éléments exclusivement pour Kevin et Alexandra. Il devait avoir de bonnes raisons. Il savait qu’ils étaient absents. Cela signifiait qu’il était peut-être au courant de leurs voyages dans le temps. Dans ce cas, peut-être les aventures vécues par le couple allaient-elles permettre de découvrir un moyen de lutter contre la monstrueuse entité économique qui se dissimulait derrière le nom de « César ».