48

Une sensation de fraîcheur les imprégna aussitôt qu’ils pénétrèrent dans la caverne. Comme un rêve qui avait pris forme, ils retrouvèrent le couloir taillé dans le gypse, qui s’enfonçait en pente douce dans les entrailles du désert. Kevin se dirigea sans hésitation sur la paroi de droite, où il eut tôt fait de repérer les aspérités qu’il avait utilisées deux mille ans plus tôt. Il appuya sur certaines selon un ordre donné. L’instant d’après, une luminescence dorée chassa la pénombre, dévoilant une galerie longue de plusieurs centaines de mètres.

– C’est incroyable, remarqua Alexandra. Il n’y a aucune source de lumière. C’est l’air lui-même qui est devenu lumineux.

Ils avancèrent prudemment, envahis par une vive émotion.

– Je me demande s’il existe encore des initiés, déclara Kevin. On dirait que personne n’est venu ici depuis très longtemps.

Une odeur étrange flottait dans l’air, faite de l’âcreté de la pierre, d’un vague relent d’ozone et d’effluves indéfinissables. Enfin, ils parvinrent sur la plate-forme en quart de cercle, ouverte sur les ténèbres. Retrouvant les gestes enseignés autrefois par Aegos, Kevin effleura de nouvelles aspérités rocheuses, et la lumière inonda le sanctuaire. Alexandra ne put retenir une exclamation de surprise devant le gigantisme de l’édifice.

– Je ne me souvenais pas que c’était aussi vaste.

Ils se trouvaient à une extrémité de la base de la pyramide inversée. À angle droit s’étiraient deux rangées d’alvéoles rectangulaires, creusées dans la roche, sur une longueur de plus de trois cents mètres. Des escaliers, intercalés de paliers à chaque niveau, suivaient les quatre arêtes. D’autres les complétaient à intervalles réguliers. La profondeur de la pyramide atteignait sans doute deux cents mètres. Kevin s’avança sur la travée de droite et observa le premier compartiment. Il contenait une bonne centaine de rouleaux de papyrus parfaitement conservés malgré les siècles écoules.

– C’est moi… enfin, c’est Philippe qui les a placés ici, dit-il en caressant doucement l’un des rouleaux.

– Regarde ! Ils ne sont absolument pas abîmés, comme s’ils avaient été déposés hier. Comment est-ce possible ?

– Il doit y avoir quelque chose de particulier dans ce lieu. Un gaz qui élimine les bactéries, peut-être, ou des ondes protectrices, je ne sais pas.

Ils poursuivirent leur exploration. Les rangées de cellules s’étageaient sur une centaine de niveaux. Se livrant à une rapide estimation, Kevin déduisit qu’il devait y avoir plus de trente mille cellules. Si chacune d’elles abritait une centaine de rouleaux ou de livres, c’était donc plus de trente millions d’ouvrages qui dormaient ici depuis des millénaires.

– Mais qui a pu écrire tout ça ? demanda-t-il. Les Égyptiens ?

– Pas seulement. La plupart de ces rouleaux sont rédigés en hiéroglyphes, en hiératique et en démotique, mais certains sont en araméen, en hébreu, et même en cunéiforme, l’écriture sumérienne.

Ils empruntèrent l’escalier d’angle qui partait de la plate-forme d’accès. Mais ils ne purent aller plus loin que le douzième niveau. Les degrés inférieurs étaient toujours gardés par l’étrange voile luminescent. Tout au fond, l’appareil étrange fait de prismes et de miroirs baignait dans son halo couleur d’azur.

– Ce doit être cet engin qui assure l’entretien des lieux, suggéra Alexandra.

– Et il fonctionne toujours au bout de plusieurs millénaires. C’est fantastique. Ce qui est sûr, c’est que ce ne sont pas les Égyptiens qui ont pu construire ce sanctuaire.

– Que crois-tu qu’il se passerait si nous essayions de franchir cette barrière de lumière ?

– Je ne te conseille pas de le faire. Aegos m’a mis en garde. Ceux qui l’ont tenté ont été « punis par les dieux », selon son expression.

Je suppose qu’ils ont été instantanément désintégrés. Il doit s’agir d’un champ d’énergie.

– Mais que contiennent les alvéoles situées au-dessous ?

Ils s’approchèrent au plus près, afin d’apercevoir les cavités situées en contrebas. Malgré la luminescence bleutée, ils distinguèrent clairement ce qui ressemblait à d’autres livres, mais aussi des objets indéfinissables : disques, cylindres, plaquettes à peine plus grandes que des cartes de crédit, machines à l’usage inconnu.

– Tout ce qui est enfermé là-dedans doit provenir d’une civilisation antérieure. Et, d’après ce que je vois, elle avait atteint un niveau technologique bien plus élevé que celui des Égyptiens. Ce doit être pour cette raison que leurs connaissances sont ainsi protégées.

– Alors, c’est sans doute cela que recherchent les Mutants.

– Malheureusement, nous y aurons accès avant eux, clama soudain une voix familière.

Kevin et Alexandra se retournèrent comme si la foudre les avait frappés. Sur la plate-forme d’accès venaient d’apparaître une douzaine d’hommes armés, dirigés par… William Sheridan. D’autres personnages entraient lentement, les yeux exorbités par le spectacle.

– Que faites-vous là ? demanda Kevin, partagé entre la stupéfaction et la colère.

– Nous vous avons suivis, tout simplement.

– Mais c’est impossible !

Une onde d’inquiétude pénétra le couple. Le ton de l’homme du FBI n’était plus du tout le même.

– Je me doutais un peu que la… colère de la demoiselle, à Istanbul, n’était qu’une feinte. Heureusement, nous avions envisagé la possibilité que vous nous faussiez compagnie. Nous vous avons donc laissé partir en simulant notre retour à New York. Le lendemain, vous avez échappé à la surveillance de nos hommes. Mais cela n’avait aucune importance. Dès notre arrivée en Turquie, nous avions profité de votre sommeil pour dissimuler des traceurs miniatures dans vos montres. Ainsi, nous avons pu vous pister par satellite. Ce qui a confirmé notre hypothèse.

– Quelle hypothèse ?

– Nous nous doutions que les Mutants recherchaient un lieu. Si une civilisation technologiquement évoluée avait existé il y a plusieurs millénaires, elle pouvait avoir laissé des traces de ses connaissances dans une sorte de sanctuaire. Un sanctuaire que vous étiez les seuls à pouvoir retrouver. Le fameux secret contenu dans votre mémoire profonde, qui motivait l’intérêt des Mutants à votre sujet.

– Et le vôtre !

– Mais nous sommes arrivés les premiers. Jour après jour, notre satellite nous indiquait votre position. Vous vous êtes arrêtés à Alexandrie, puis vous êtes repartis vers le sud. Lorsque vous vous êtes engagés dans le désert, nous en avons immédiatement déduit que vous aviez localisé le sanctuaire, et nous avons aussitôt mis cette expédition sur pied. Comme pour nous faciliter la tâche, vous aviez choisi de vous déplacer à dos de chameau, ce qui nous a laissé tout le temps nécessaire. Des complicités dans le haut commandement égyptien nous ont permis d’acheminer nos camions jusqu’ici, en vous suivant à quelques heures de distance. Et voilà !

Sheridan regarda tout autour de lui et ajouta :

– C’est vraiment très égoïste de votre part de vouloir garder ce trésor pour vous seuls.

– Nous voulions seulement le protéger. Cette pyramide contient des connaissances trop dangereuses pour l’Homme. Ne jouez pas les apprentis sorciers ! La manipulation de l’atome et de la génétique suffit déjà amplement.

Sheridan éclata de rire. Un rire sarcastique qu’ils ne lui connaissaient pas. Il s’avança vers eux.

– Ce n’est pas à vous d’en juger. Ce qui est ici ne vous appartient pas. Il est désormais la propriété de la Sainte Vehme.

– Quoi ? Vous faites partie de la Sainte Vehme ?

– J’en suis même l’un des hauts responsables. Mon poste de directeur au FBI n’est qu’une couverture officielle.

Kevin dut faire un violent effort pour garder son calme. Il avait toujours accordé sa confiance à Sheridan, et celui-ci l’avait trahi. Il se reprocha son aveuglement. Quant à Alexandra, elle maîtrisa à grand-peine l’envie de sauter à la gorge du félon.

– Ainsi, vous nous avez menti depuis le début, reprit doucement Kevin.

– Vous êtes sous haute surveillance depuis l’affaire de Rocky Point.

– C’est donc bien la Sainte Vehme qui a organisé cette attaque.

– Bien sûr ! Nous éliminons systématiquement les Mutants dès que nous en localisons. Nous avions repéré les Falcon grâce à un article paru dans un journal de Floride.

– L’histoire de Blowing Rocks.

– En effet. Nous sommes à l’affût de tous les phénomènes insolites qui pourraient trahir leur présence.

– Et Larry Smith était là pour coordonner l’action. Voilà pourquoi il m’a interdit de retourner chez les Falcon le lendemain.

– Smith n’a rien à voir là-dedans. Ce n’est qu’un petit flic du FBI. Il avait appris, je ne sais comment, que quelque chose se préparait, et il vous a seulement mis en garde. Pour vous protéger. Vous auriez mieux fait de l’écouter.

– Mais vos kamikazes se sont fait décimer sous mes yeux. Il fallait donc me supprimer, moi aussi. Vous avez tenté de me tuer par deux fois. Sans succès.

– Justement, cela nous a intrigués. Nous ne comprenions pas pourquoi les Mutants vous protégeaient. Nous vous avons donc fait suivre par des médiums. Dans un premier temps, nous avons utilisé les services de Bruce Lebster. Il n’appartenait pas à la Sainte Vehme, mais c’était le meilleur. Il a assisté à ce qui s’est passé à Lôwenscheid, puis à Currie. Nous lui avions dit que vous étiez des terroristes. Mais ce qu’il a découvert n’avait aucun rapport avec ça. Il a compris qu’il s’agissait d’une affaire autrement plus importante. Il a estimé que nous lui avions menti, et il a refusé de continuer de travailler pour nous. Nous l’avons menacé, rien n’y a fait. Et surtout, il a voulu prendre contact avec vous pour vous avouer la vérité. Nous avons dû l’éliminer.

– La vie humaine n’a vraiment aucune valeur à vos yeux, gronda Kevin.

– Il a agi comme un imbécile. Il ne fallait pas que vous soupçonniez l’existence de notre organisation.

– C’était trop tard. Katherine Falcon m’avait déjà averti.

– Mais vous ignoriez ce qu’était la Sainte Vehme. C’est pourquoi nous avons décidé de construire une relation de confiance avec vous. Nous avons profité de la mort de Lebster pour vous envoyer moisir quelques jours dans une cellule de la DST.

– Vous voulez dire… que notre incarcération était calculée ? s’exclama Kevin.

– Évidemment ! Brouillard et Meissonnier font tous deux partie de la Sainte Vehme. Tout cela n’était qu’une mise en scène destinée à préparer mon arrivée en libérateur. Il fallait que je vous inspire de la sympathie.

Kevin et Alexandra frémirent. Ils avaient été manipulés au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer.

– Volontairement, nous n’avons pas exploité cette confiance tout de suite. Nous avons préféré laisser les choses évoluer, car nous ne savions pas encore vers quoi les Mutants voulaient vous diriger.

– Et vous avez attendu notre retour d’Irlande pour prendre officiellement contact avec nous. Mais dites-moi : comment se fait-il que vous n’ayez pu conclure d’accord avec les Mutants ? Vos objectifs sont pourtant proches, non ? Tout comme vous, ils veulent contrôler l’économie mondiale et créer une race supérieure.

– Nous leur avons proposé une alliance. Ils l’ont refusée.

– Pourquoi ?

– Sans doute parce qu’ils ne veulent pas partager.

– À moins qu’ils ne désapprouvent votre projet, rétorqua Alexandra.

– De toute façon, ils n’ont pas le choix. Avec ce que nous allons apprendre ici, nous aurons les moyens de nous débarrasser d’eux.

– Comme vous vous êtes débarrassés d’Eddy ! jeta Kevin d’une voix blanche.

– C’est faux ! Aussi curieux que cela puisse paraître, nous n’avons rien à voir dans cette histoire. Nous avions prévu de le supprimer, c’est certain. Il commençait à devenir un peu trop curieux. Lorsqu’il s’est intéressé au cas de cette Karen Halden, qui aurait dû mourir dans l’accident d’avion de Los Angeles, nous avons pris la décision de l’éliminer. Mais il nous a échappé et s’est réfugié à Cape Cod. Nous avons envoyé une équipe de nettoyeurs sur place. Malheureusement, il était déjà mort, tout comme Halden et sa fille.

– Comment pouvez-vous parler de lui ainsi ? s’insurgea Alexandra. C’était votre ami ! En tout cas, lui vous considérait comme tel.

– Je n’ai aucun ami, Mademoiselle Delamarre ! Mais je ne suis pas responsable de sa mort.

– Alors, qui ?

– Je l’ignore. Sans doute les Mutants. L’incendie rappelait beaucoup celui de Rocky Point.

Un espoir insensé gonfla soudain le cœur de Kevin. Eddy avait peut-être simulé sa mort. Mais dans ce cas, pourquoi ne s’était-il pas manifesté depuis ?

– Tout de même, il y a une chose qui me surprend dans votre histoire, répliqua-t-il. Vous avez connaissance du phénomène de la réincarnation, et pourtant, vous défendez les intérêts de ces crétins qui veulent s’approprier la planète. N’avez-vous donc pas conscience que vous mourrez, tôt ou tard, et que vous ne vous réincarnerez pas forcément dans le corps d’un membre de la Sainte Vehme ? Il vous faudra alors subir toutes les monstruosités qu’ils auront inventées. Imaginez par exemple que vous renaissiez dans la peau d’un Africain condamné à périr grâce à un nouveau virus.

Sheridan ne put s’empêcher de marquer son étonnement. Comment pouvaient-ils être au courant de ça ?

– Quel virus ? demanda-t-il d’une voix où perçait l’agacement.

– Ceux que vous préparez dans vos laboratoires secrets. Ceux avec lesquels vous envisagez de pratiquer de véritables génocides.

Cette fois, Sheridan pâlit.

– Comment savez-vous ça ?

– Nous le savons, c’est tout. La perspective de renaître dans la peau d’une future victime de ces saloperies ne vous donne-t-elle pas à réfléchir ?

Sheridan émit un petit ricanement.

– C’est un risque à courir, en effet. Mais nous espérons bien trouver ici la réponse à ce problème. Voyez-vous, dans ce monde, il n’y a que deux races d’hommes : les vainqueurs et les vaincus. Les vainqueurs seront ceux qui, grâce à leur intelligence, sauront s’approprier les richesses de la Terre. Ce sera bientôt chose faite. Dans quelques années seulement, nous détiendrons un contrôle total sur l’économie et, par voie de conséquence, sur la politique de cette planète. Aucun mouvement religieux ou idéologique ne pourra plus se dresser contre notre puissance. Nous manipulerons les peuples à notre guise, favoriserons l’émergence d’une race supérieure, puissante, qui dominera toutes les autres. « Il restera une étape ultime à franchir : l’immortalité. Une immortalité réservée uniquement à la race des seigneurs. Les recherches que nous menons actuellement sur le génome humain nous permettent déjà d’envisager de repousser l’âge de la mort. Mais le savoir contenu dans ce sanctuaire nous aidera à aller encore plus loin : contrôler l’horloge biologique en maîtrisant les molécules d’ADN correspondantes. Alors, nous serons véritablement les maîtres du monde. Pour toujours ! »

– Vous êtes complètement fous ! explosa Alexandra.

Sheridan haussa les épaules sans répondre. Il s’adressa à ses hommes :

– Commencez à installer le matériel !

– Qu’est-ce que vous allez faire ? demanda la jeune femme.

– Microfilmer les documents contenus dans ces alvéoles.

– Vous allez en avoir pour un moment. Il y a plus de trente millions de livres ici.

– Nous sommes patients.

– Vous serez peut-être mort avant que la réponse soit découverte. Si toutefois elle existe…

– Silence !

Sheridan fit signe à quatre gorilles d’approcher.

– Et bien entendu, vous allez nous supprimer…, intervint Kevin.

– Pas immédiatement. Vous êtes des sujets d’étude intéressants. Vous êtes passés maîtres dans l’art de la régression. Vous avez certainement beaucoup de choses à nous apprendre.

– Il faudrait que nous soyons d’accord.

– Nous ne vous demanderons pas votre avis. Nos savants savent maîtriser les cobayes, humains ou non. Plus tard, il serait intéressant de disséquer votre cerveau pour savoir quelles modifications il a subies.

– Vous pensez peut-être que nous allons nous laisser faire ?

– Vous n’avez pas le choix.

À cet instant, un homme de Sheridan, parvenu au douzième niveau, l’appela.

– Il y a un drôle de truc, ici, chef. Regardez ça !

Il montrait la nappe bleue qui interdisait le passage vers les étages inférieurs. Kevin lui cria :

– À votre place, j’éviterais de franchir cette limite.

– Et c’est toi qui vas m’en empêcher, peut-être ?

Sans écouter, l’homme s’avança résolument vers le voile d’azur ondoyant. L’instant d’après, une lumière éblouissante inondait la Pyramide, tandis que l’individu poussait un hurlement de terreur et de douleur. Kevin et Alexandra détournèrent les yeux. Un grondement de tonnerre roula. Lorsqu’il se calma, la luminescence dorée éclairait doucement les alvéoles, comme si rien ne s’était passé. Mais, à la place où se tenait le garde, il ne subsistait plus qu’un petit tas de cendres blanches.

– Dieu tout-puissant, souffla Sheridan, qu’est-ce que c’était que ça ?

– Un avertissement, répondit Kevin. Les Anciens qui ont construit ce sanctuaire avaient prévu que des individus aussi peu scrupuleux que vous tenteraient de s’emparer de leurs secrets. Ils les ont protégés. Vous ne trouverez au-dessus de cette limite que des documents datant de l’époque égyptienne. Ils sont certainement très intéressants, mais incapables de révolutionner la science. C’est au-delà du voile bleu que se trouvent les plus importants.

– Nous découvrirons un moyen d’annihiler cette barrière.

– Parce que vous vous estimez plus intelligents que les Anciens ! persifla Kevin. Vous risquez d’être déçus.

– Ce n’est pas votre problème, Kramer.

Avant que Kevin ait pu faire quoi que ce soit, Sheridan sortit une bombe de sa poche et la dirigea vers eux. Un gaz anesthésiant jaillit, aveuglant. Kevin s’écroula. Alexandra tenta de s’enfuir, mais trois gardes surgirent, qui la maîtrisèrent. Elle tenta de se concentrer, mais le gaz l’endormit à son tour.

– Emmenez-les dans un camion et attachez-les solidement. Veillez à ce qu’ils reçoivent régulièrement une dose de somnifère. À l’état de veille, ces deux-là sont capables de nous jouer de mauvais tours.

– Bien, chef !

Tandis que l’on emportait Kevin et Alexandra inconscients, Sheridan s’intéressa au travail des photographes qui avaient commencé à opérer. Une fois impressionnés, les microfilms étaient envoyés à l’extérieur, où un relais satellite les expédiait vers le centre d’étude de la Sainte Vehme. L’opération risquait d’être plus longue que prévu. Elle durerait certainement des mois, peut-être un ou deux ans. D’autant plus qu’il faudrait trouver le moyen de neutraliser le champ énergétique. Mais la totalité du contenu de cette Pyramide devait être transférée à la Sainte Vehme. Ensuite, une charge atomique effacerait le sanctuaire. Il était hors de question de courir le risque que d’autres s’emparent des connaissances renfermées ici.

Ils travaillaient depuis quelques heures lorsqu’un garde surgit de la galerie d’accès et s’écria :

– Chef ! Venez vite. Il se passe quelque chose de bizarre dehors.

Sheridan jura et se dirigea vers l’extérieur. Une bouffée de chaleur le saisit après la fraîcheur de la pyramide. Les véhicules tout terrain s’alignaient le long du défilé. Mais le ciel avait disparu, obscurci par une masse sombre et mouvante. Des milliers de griffures lui cinglèrent la peau.

– Imbécile ! Ce n’est qu’une tempête de sable.

Une centaine de gardes armés jusqu’aux dents patrouillaient le long de la file de camions, les armes prêtes à l’emploi, les yeux protégés par d’épaisses lunettes.

– Ce n’est pas une tempête normale, chef, insista l’homme. Elle a surgi de nulle part en quelques instants.

Soudain, un hurlement retentit derrière eux, suivi d’un crépitement de pistolet-mitrailleur.

– Mais sur quoi tire cet idiot ? s’exclama Sheridan.

– Là, regardez !

Incrédule, Sheridan tourna les yeux dans la direction indiquée par le garde. Son sang se glaça.