Les télégrammes étaient arrivés.
— Je veux vous parler, dit la voix
d'Allenby.
— Fozzy ? contrôle entrée.
— Vu, mec.
Un écran s'alluma, envoya l'image d'Allenby, seul,
attendant à l'extérieur de la porte blindée, dans le corridor
d'accès à la salle.
— Ouvre-lui, Fozzy.
La porte s'ouvrit et Allenby entra. Il avait lui
aussi entre les mains une copie des télégrammes. Il dit :
— Elle les a expédiés de Montréal. Nous pouvons
rapidement savoir où elle est allée.
Silence.
D'abord Jimbo ne bougea pas. Puis il se retourna
lentement et répondit d'une voix calme :
— Faites ça et je vous tue.
Il appela Mélanie.
— Mélanie, je veux qu'Allenby s'en aille, lui et
tous ses bonshommes. Je veux qu'ils me laissent seul.
— Tu es peut-être cinglé, mais pas moi. Jimbo,
c'est de la folie.
Jimbo ferma les yeux et jamais sa voix n'avait été
plus douce :
— La vie d'Ann est en jeu, Mélanie.
— Jimbo...
— Dis à Allenby de retirer sa troupe et de partir
pour l'Alaska.
— Non.
Un temps.
— Jimbo, si tu ne crois pas qu'Allenby est à la
hauteur, je vais faire appel au FBI, aux Marines, à n'importe qui.
Mais la solution est la police.
— Un moment, s'il te plaît, dit calmement
Jimbo.
Il se tourna vers Allenby :
— Je ressentirais vraiment un plaisir terrible si
vous foutiez le camp. Fozzy, ouvre-lui la porte et referme-la
derrière lui.
Allenby sortit.
— Mélanie, les Sept ont fait revenir Ann, avec
cette prétendue lettre d'Emerson. C'est de ma faute, j'aurais dû y
penser. Et tu crois qu'il suffirait d'envoyer des flics pour tout
arranger? Ils ont évidemment pensé que nous pourrions le faire.
Faisons-le et nous retrouverons Ann morte. Et si quoi que ce soit
arrive à Ann, je deviendrai vraiment fou, cette fois : je détruirai
Fozzy, je casserai tout, je ferai sauter cette putain de fondation,
et toi avec. Mélanie, fais très attention. Les Sept ont pensé à
tout, tout prévu. Ils m'ont pris Ann et ils veulent que j'aille
là-bas, seul...
— Où est-ce, Jimbo ?
— Et j'irai seul. Sans l'ombre d'un seul flic sur
mes talons, ni de près ni de loin. Que j'en voie un seul, et je
l'abattrai.
Il ouvrit largement la bouche et aspira
profondément, comme quelqu'un au bord de l'asphyxie.
— Mélanie, j'ai créé les Sept. Sans moi, ils
n'existeraient pas. Je les ai aimés, et je les aime et je les
aimerai toujours. Je vais aller les voir, seul.
Silence. Long silence.
Jimbo commanda à Fozzy :
— Ouvre la porte.
Il reprit l'écouteur :
— Mélanie, ordonne à Allenby de me foutre la paix.
Et de me donner une arme.
Mélanie parla à Allenby et Jimbo écouta chaque
mot. Mélanie :
— Jimbo?
Il reprit l'écouteur :
— Oui.
Mélanie martela :
— Après, quoi qu'il arrive, je m'en occuperai
personnellement. Quitte à engager une armée de tueurs
professionnels. Je les écraserai comme on écrase des scorpions.
Merde, après tout ce ne sont que des...
Il raccrocha. Considéra Allenby :
— Vous avez une arme sur vous ?
— Oui.
— Donnez-la-moi. Vous avez entendu Miss
Killian.
Il prit le pistolet, le glissa dans sa
ceinture.
— A présent, nous allons sortir ensemble, Allenby.
Vous annoncerez à vos types que l'opération est terminée. Et pas
d'astuce.
Allenby haussa les épaules :
— D'accord.
Ils sortirent et, de la radio de l'une des
voitures, Allenby donna les ordres nécessaires.
— Revenez avec moi, s'il vous plaît, dit Jimbo. Un
dernier point à régler.
Ils regagnèrent la salle où était Fozzy. Jimbo
sortit le pistolet et le braqua sur Allenby.
— Allongez-vous par terre, là-bas dans le coin.
Sinon, je n'hésiterai pas à vous tirer dessus.
Allenby s'aplatit.
— Fozzy, instruction programmée : interruption des
communications avec l'extérieur et verrouillage des portes et des
ascenseurs pendant six heures. Sauf ordre de ma part avec
utilisation du code spécial. Mise à exécution dix secondes après
mon ordre VERROUILLAGE.
— Ce n'est pas très malin, dit Allenby. Ce que
vous faites est idiot, à mon avis.
A peu près les mêmes mots que ceux utilisés par
Brubacker à Washington quand Jimbo l'avait, lui et ses deux
adjoints, enfermés dans un placard.
Jimbo ne répondit pas. Il revint vers le corridor
d'accès mais sans franchir la porte. Il jeta un dernier regard vers
Fozzy.
— Fozzy, tu m'aimes ?
— Vachement, mec.
— Ça ne va pas être facile.
— Pas de programmation, répondit Fozzy.
Jimbo hocha la tête.
— Répétition de l'instruction programmée, Fozzy
?
— Interruption des communications avec l'extérieur
et fermeture des portes dix secondes après le mot-code
VERROUILLAGE.
La voix de Fozzy était celle de Laurence Olivier
dans « Marathon Man ».
Jimbo posa le pistolet sur le sol. Commanda à
Fozzy : VERROUILLAGE. Il sortit de la salle, dont les portes
blindées se refermèrent sur lui.
Il fut à Boston à la tombée de la nuit.
A Boston, soit à quarante-cinq kilomètres de la
maison perdue sur des rochers noirs, à la pointe sud d'une petite
baie dont le vrai nom sur les cartes était Sea Peach Rock, et
qu'Ann et lui appelaient La Désirade.
Il prit la route.