8
Les télégrammes étaient arrivés.
— Je veux vous parler, dit la voix d'Allenby.
— Fozzy ? contrôle entrée.
— Vu, mec.
Un écran s'alluma, envoya l'image d'Allenby, seul, attendant à l'extérieur de la porte blindée, dans le corridor d'accès à la salle.
— Ouvre-lui, Fozzy.
La porte s'ouvrit et Allenby entra. Il avait lui aussi entre les mains une copie des télégrammes. Il dit :
— Elle les a expédiés de Montréal. Nous pouvons rapidement savoir où elle est allée.
Silence.
D'abord Jimbo ne bougea pas. Puis il se retourna lentement et répondit d'une voix calme :
— Faites ça et je vous tue.



Il appela Mélanie.
— Mélanie, je veux qu'Allenby s'en aille, lui et tous ses bonshommes. Je veux qu'ils me laissent seul.
— Tu es peut-être cinglé, mais pas moi. Jimbo, c'est de la folie.
Jimbo ferma les yeux et jamais sa voix n'avait été plus douce :
— La vie d'Ann est en jeu, Mélanie.
— Jimbo...
— Dis à Allenby de retirer sa troupe et de partir pour l'Alaska.
— Non.
Un temps.
— Jimbo, si tu ne crois pas qu'Allenby est à la hauteur, je vais faire appel au FBI, aux Marines, à n'importe qui. Mais la solution est la police.
— Un moment, s'il te plaît, dit calmement Jimbo.
Il se tourna vers Allenby :
— Je ressentirais vraiment un plaisir terrible si vous foutiez le camp. Fozzy, ouvre-lui la porte et referme-la derrière lui.
Allenby sortit.
— Mélanie, les Sept ont fait revenir Ann, avec cette prétendue lettre d'Emerson. C'est de ma faute, j'aurais dû y penser. Et tu crois qu'il suffirait d'envoyer des flics pour tout arranger? Ils ont évidemment pensé que nous pourrions le faire. Faisons-le et nous retrouverons Ann morte. Et si quoi que ce soit arrive à Ann, je deviendrai vraiment fou, cette fois : je détruirai Fozzy, je casserai tout, je ferai sauter cette putain de fondation, et toi avec. Mélanie, fais très attention. Les Sept ont pensé à tout, tout prévu. Ils m'ont pris Ann et ils veulent que j'aille là-bas, seul...
— Où est-ce, Jimbo ?
— Et j'irai seul. Sans l'ombre d'un seul flic sur mes talons, ni de près ni de loin. Que j'en voie un seul, et je l'abattrai.
Il ouvrit largement la bouche et aspira profondément, comme quelqu'un au bord de l'asphyxie.
— Mélanie, j'ai créé les Sept. Sans moi, ils n'existeraient pas. Je les ai aimés, et je les aime et je les aimerai toujours. Je vais aller les voir, seul.
Silence. Long silence.
Jimbo commanda à Fozzy :
— Ouvre la porte.
Il reprit l'écouteur :
— Mélanie, ordonne à Allenby de me foutre la paix. Et de me donner une arme.
Mélanie parla à Allenby et Jimbo écouta chaque mot. Mélanie :
— Jimbo?
Il reprit l'écouteur :
— Oui.
Mélanie martela :
— Après, quoi qu'il arrive, je m'en occuperai personnellement. Quitte à engager une armée de tueurs professionnels. Je les écraserai comme on écrase des scorpions. Merde, après tout ce ne sont que des...
Il raccrocha. Considéra Allenby :
— Vous avez une arme sur vous ?
— Oui.
— Donnez-la-moi. Vous avez entendu Miss Killian.
Il prit le pistolet, le glissa dans sa ceinture.
— A présent, nous allons sortir ensemble, Allenby. Vous annoncerez à vos types que l'opération est terminée. Et pas d'astuce.
Allenby haussa les épaules :
— D'accord.
Ils sortirent et, de la radio de l'une des voitures, Allenby donna les ordres nécessaires.
— Revenez avec moi, s'il vous plaît, dit Jimbo. Un dernier point à régler.
Ils regagnèrent la salle où était Fozzy. Jimbo sortit le pistolet et le braqua sur Allenby.
— Allongez-vous par terre, là-bas dans le coin. Sinon, je n'hésiterai pas à vous tirer dessus.
Allenby s'aplatit.
— Fozzy, instruction programmée : interruption des communications avec l'extérieur et verrouillage des portes et des ascenseurs pendant six heures. Sauf ordre de ma part avec utilisation du code spécial. Mise à exécution dix secondes après mon ordre VERROUILLAGE.
— Ce n'est pas très malin, dit Allenby. Ce que vous faites est idiot, à mon avis.
A peu près les mêmes mots que ceux utilisés par Brubacker à Washington quand Jimbo l'avait, lui et ses deux adjoints, enfermés dans un placard.
Jimbo ne répondit pas. Il revint vers le corridor d'accès mais sans franchir la porte. Il jeta un dernier regard vers Fozzy.
— Fozzy, tu m'aimes ?
— Vachement, mec.
— Ça ne va pas être facile.
— Pas de programmation, répondit Fozzy.
Jimbo hocha la tête.
— Répétition de l'instruction programmée, Fozzy ?
— Interruption des communications avec l'extérieur et fermeture des portes dix secondes après le mot-code VERROUILLAGE.
La voix de Fozzy était celle de Laurence Olivier dans « Marathon Man ».
Jimbo posa le pistolet sur le sol. Commanda à Fozzy : VERROUILLAGE. Il sortit de la salle, dont les portes blindées se refermèrent sur lui.
Il fut à Boston à la tombée de la nuit.
A Boston, soit à quarante-cinq kilomètres de la maison perdue sur des rochers noirs, à la pointe sud d'une petite baie dont le vrai nom sur les cartes était Sea Peach Rock, et qu'Ann et lui appelaient La Désirade.
Il prit la route.
La Nuit Des Enfants Rois
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