Le vendredi, dans le petit laboratoire que la
Fondation avait fait aménager pour les Jeunes Génies, Gil «
Geronimo » Yepes mit en route le télétype. Il actionna l'appareil
téléphonique à touches. Il composa le code secret d'accès à la
mémoire centrale de l'ordinateur de William Street. Il était neuf
heures quarante du soir.
Vingt secondes plus tard, le télétype commença à
imprimer les premières lignes : nom et références du propriétaire
des valeurs mobilières, codes des banques et agents de change ayant
opéré les transactions, date et modalités de ces
transactions.
Gil avait demandé à l'ordinateur une première
sélection, basée sur deux critères : d'abord ne retenir que des
valeurs de premier ordre (IBM, Royal Dutch, Hoffman La Roche, ATT,
General Electric, Imperial Chemical, Exxon, etc.) ensuite
n'expédier que le contenu des portefeuilles stables, de
placement.
— Ça va quand même prendre un temps fou, remarqua
Guthrie Cole.
Gil ne broncha pas.
— Environ quatorze heures, dit Hari.
— La nuit ne suffira pas.
— Nous reprendrons dans la nuit de samedi à
dimanche.
C'est pour cette raison d'abord qu'ils avaient
choisi d'opérer pendant le week-end. Les autres jours, ils avaient
des cours de bonne heure.
Liza demanda :
— Et si un gardien ou un informaticien pénètre
dans la salle à New York pendant la transmission et s'étonne de
voir l'ordinateur fonctionner en pleine nuit ?
Guthrie Cole, Wes, Hari, et Liza elle-même,
interrogèrent Gil du regard. Le petit Chicano tourna lentement la
tête et ses grands yeux noirs, pour une fois, s'éclairèrent d'un
sourire timide. Il expliqua :
— J'ai donné, entre autres, un ordre à
l'ordinateur : il cesse de transmettre à la seconde où une lumière
s'allume dans le sous-sol de la banque.
Ce qui se produisit à deux reprises. Une première
fois à minuit et trois minutes, puis vers quatre heures du
matin.
— Le gardien fait ses rondes, sans doute, commenta
Lee.
Chaque fois l'interruption fut de courte durée :
entre quatre-vingts et cent cinquante secondes.
Après lesquelles le télétype se remit en route,
accumulant des kilomètres de liste. Elle devait en fin de compte,
selon les calculs de Wes, fournir une plate-forme de vingt-six
millions d'actions (valeur approximative, à cent dollars près :
dix-neuf milliards de dollars).
Vingt-six millions sélectionnées parmi les 117
millions de valeurs mobilières enfermées dans la mémoire d'un
crétin d'ordinateur à trois cents kilomètres de là.
Les jours suivants, les Sept opérèrent un nouveau
tri.
Ils repérèrent les portefeuilles stables, dont les
détenteurs n'avaient réalisé aucune transaction au cours des
vingt-quatre mois précédents. Ces portefeuilles-là appartenaient à
des gens ne recherchant pas la spéculation mais bien plutôt le
placement. Cela limitait les possibilités d'ordres de vente, et
donc le risque que soient rapidement découverts les
transferts.
Ils connaissaient les conclusions d'un récent
rapport du comité d'enquêtes du Sénat, communiqué à la plupart des
grandes banques, dont celle du père de Wes Cavendish à Boston.
D'après ces conclusions, les risques que soient découverts des vols
sont nuls dans les quatre mois qui les suivent ; ils sont de 2 à 6
% entre quatre et neuf mois après le vol, de 11 % entre neuf et
onze mois, de 21 % de 11 à 24 mois, de 89 % au-delà de deux
ans.
Le tri prit un peu moins d'une semaine aux Sept.
Cinq d'entre eux seulement l'effectuèrent, en l'occurrence Wes,
Liza, Lee, Sammy et Guthrie Cole.
Gil et Hari dans le même temps préparèrent et
écrivirent le programme de transfert.
Autrement dit le mécanisme même du vol.
Les Sept décidèrent de le commettre le plus tôt
possible. Sitôt que serait achevée ce qu'ils avaient appelé
l'opération Tolliver.